La visite du leader conservateur allemand Friedrich Merz en Chine marque une étape cruciale dans la redéfinition des relations entre Berlin et Pékin. Dans un contexte géopolitique mondial particulièrement volatil, le chef de la CDU a fait le choix assumé de placer l'économie et le commerce au centre absolu de ses discussions avec les dirigeants chinois. Cette approche pragmatique vise à préserver les intérêts vitaux de l'industrie allemande tout en tentant de rééquilibrer un partenariat devenu asymétrique et politiquement sensible.
Un positionnement politique scruté par l'Europe et Washington
Le déplacement de Friedrich Merz intervient à un moment où l'économie allemande, moteur traditionnel de l'Europe, montre des signes inquiétants d'essoufflement. L'industrie lourde et le secteur automobile, fleurons du "Made in Germany", sont structurellement dépendants du marché chinois, tant pour l'exportation de leurs véhicules haut de gamme que pour l'importation de composants critiques comme les batteries électriques. Face aux dirigeants du Parti communiste chinois, le leader conservateur a plaidé pour un maintien des flux d'investissements bilatéraux et un accès équitable au marché local pour les entreprises allemandes. Il s'agit d'une véritable opération de sauvetage diplomatique visant à rassurer les grands patrons de la Ruhr et de la Bavière, terrorisés à l'idée d'une guerre commerciale ouverte qui ruinerait leurs marges bénéficiaires.
Cependant, cette volonté de préserver les liens économiques se heurte de plein fouet à la nouvelle doctrine européenne du "de-risking", ou réduction des risques. Merz doit naviguer sur une ligne de crête extrêmement étroite. D'un côté, il ne peut ignorer les pressions de Washington et de Bruxelles qui exigent une plus grande fermeté face aux pratiques commerciales déloyales de Pékin et à ses ambitions géopolitiques agressives. De l'autre, il sait qu'un découplage brutal avec la deuxième économie mondiale serait suicidaire pour l'Allemagne. Les discussions ont donc été âpres concernant les subventions d'État chinoises, la protection de la propriété intellectuelle et les récentes menaces de tarifs douaniers européens sur les véhicules électriques chinois, Merz tentant de jouer les médiateurs pour éviter une escalade tarifaire destructrice.
La posture adoptée par Friedrich Merz lors de ce voyage est également éminemment politique sur le plan intérieur allemand. En se positionnant comme le défenseur pragmatique de l'industrie nationale, il se démarque de la ligne parfois jugée trop moralisatrice de la coalition gouvernementale actuelle dirigée par Olaf Scholz. Merz envoie un signal clair à l'électorat économique et patronal : sous sa potentielle future direction, l'Allemagne continuera de dialoguer avec la Chine sans naïveté, mais en privilégiant la realpolitik et la sauvegarde des emplois nationaux sur les considérations purement idéologiques. Ce voyage illustre parfaitement le grand écart imposé aux puissances européennes, contraintes de composer avec un rival systémique devenu un partenaire commercial irremplaçable.












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