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Retour à Agadir…




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Par Rachid Boufous

Souvent les gens pensent que je suis du Souss, juste parce que je porte un nom, Boufous, qui est courant à Agadir où je suis né, par ailleurs. Boufous à Agadir c’est comme Benjelloun à Fes ou Mouline à Rabat. Vous en rencontrez à tous les coins de rue….

C’est juste les hasards de la vie. Pourtant j’aime beaucoup la capitale du Souss, où j’ai toujours passé des vacances mémorables et où j’ai encore de la famille par alliance. Toute la région est très dynamique sur le plan économique et touristique. Des plages à couper le souffle et un arrière-pays exceptionnel. 

Un peu d’histoire pour démarrer cette chronique…
Connue depuis l’Antiquité, dès le 2eme av. J.-C., l'historien Polybe évoque déjà au nord de l'Afrique, sur l'Atlantique un cap Rhysaddir, qui pourrait avoir été situé non loin d'Agadir.

En 1505, les Portugais, déjà installés sur les côtes marocaines, fondent un comptoir et une forteresse au pied de la colline devant la mer, Santa Cruz do Cabo de Aguer (Sainte Croix du Cap Ghir), à l'emplacement du quartier désormais disparu de Founty (nommé ainsi d'après le mot portugais fonte qui veut dire fontaine).

Rapidement, les Portugais sont en butte à l'hostilité des tribus de la région. Dès 1530, ils sont bloqués dans Santa Cruz. Le reflux portugais s'amorce quand le 12 mars 1541 le Chérif Saâdien Mohammed ech-Cheikh s'empare de la forteresse de Santa Cruz de Aguer. Six cents survivants portugais sont faits prisonniers, dont le gouverneur Guterre de Monroy et sa fille Dona Mecia.

Les captifs sont rachetés par des religieux, venus spécialement du Portugal. Dona Mecia, dont le mari avait été tué lors de la bataille, devient l'épouse de Mohammed ech-Cheikh mais meurt en couches, en 1544. La même année, Mohammed ech-Cheikh fait libérer le gouverneur Guterre de Monroy, qu'il avait pris en amitié.

En 1572, la Casbah est construite au sommet de la colline par Moulay Abdallah el-Ghalib, successeur de Mohammed Ech-Cheikh. C'est désormais Agadir N'Ighir, littéralement, le grenier fortifié de la colline.

En 1731, un sévère tremblement de terre frappe la ville. En 1746, les Hollandais installent un comptoir au pied de la Casbah, sous l'autorité du sultan, et participent sans doute à la restauration de la ville. Au-dessus de la porte d'entrée de la Casbah, on peut encore voir l'inscription hollandaise, avec sa transcription en arabe, « Vreest God ende eert den Kooning », qui signifie « Crains Dieu et honore ton roi », et la date : 1746.

Agadir tire son nom des Igoudar, ces greniers collectifs, très présents dans le sud marocain, où les gens stockaient leurs denrées et autres biens précieux, mis à l’abri des convoitises ennemis et des guerres qui éclataient souvent entre tribus. Elle ville est dominée par un immense mont, où une kasbah a été construite jadis : Agadir Oufella. Aujourd’hui on peut y accéder grâce au premier téléphérique du Maroc. On a une vue exceptionnelle sur la ville.

En contrebas, s’élevait jadis le quartier de Founty, qui est la ville historique d’Agadir qui a été rasée par un séisme le 29 février 1960 à 23 h 40, tuant plus de 12.000 personnes et faisant 25.000 ont été blessées. La secousse dura 15 secondes et était d'une magnitude de 5,7 sur l'échelle de Richter. Les quartiers les plus proches de la montagne ont été totalement détruits. A l'inverse, le port et la base navale ont peu souffert et ont servi de refuge aux survivants.

L'épicentre du séisme étant situé juste en dessous de la ville, et la ville sur une faille sismique, il est décidé de reconstruire Agadir plus au sud. La première pierre du chantier est posée par le roi Mohammed V le 30 juin 1960. Et le suivi de la reconstruction est confié au prince héritier Moulay Hassan. 55 ans après, Agadir, ville de 600.000 habitants, est aujourd'hui la deuxième ville touristique du Maroc.

Ici s’achève le moment Wikipedia…

Renommée pour ses kilomètres de plage ensoleillés depuis sa reconstruction à la fin des années 60, Agadir accueillit durant très longtemps des avions entiers de touristes. Quand les autorités décidèrent de faire du tourisme une véritable industrie vers le début des années 60, on fit le choix de lancer Agadir comme première destination du pays. Plusieurs atouts contribuèrent à élaborer cette vision : un climat tempéré toute l’année, une plage exceptionnelle et un environnement démographique avenant. De plus il fallait bien que la reconstruction de cette ville, ravagée par le séisme de 1960, puisse répondre à une vocation clairement établie : ce sera le tourisme de masse. 

Beaucoup d’hôtels jaillirent des entrailles du territoire des Ida Ou Tanane, tribu maîtresse des lieux depuis l’Antiquité…
Et durant vingt ans, de 1970 à 1990, Agadir fut la destination d’une tourisme étranger de masse et assez aisé. A l’époque, la ville s’arrêtait à 2km à partir de la plage. L’ambiance fiévreuse des années 80, draina un nombre incroyable de touristes étrangers.

On pensait, à tort, que cela allait durer éternellement. Et puis il y’a eu la première guerre du golfe en 1991 et l’attentat de l’hôtel Asssni à Marrakech en 1994, qui marquèrent la lente descente aux enfers du tourisme de étranger un peu partout au Maroc. Cela arrivait concomitamment à l’émergence d’autres destinations attractives et moins chères comme Bali, la Turquie, la République dominicaine, Cuba, qui grâce à la démocratisation du voyage, un bon ciblage de clientèle et une architecture intelligente de sites d’accueil, rendirent les destinations marocaines désuètes et hasbeen…Agadir s’orientera alors vers le All inclusive, remplaçant des riches touristes européens par des poivrots de même origine, qui ne consomment jamais rien, en dehors du gratuit offert par les hôtels, où tout est inclus dans le séjour, à des prix bradés.

Dans les années 2000, les autorités marocaines vont commencer à parier sur l’émergence d’un tourisme national, pour relancer Agadir et les autres destinations. Le crédit à la consommation et l’amélioration des conditions de vies, suite à une massive libéralisation de l’économie et là constructions de centaines de kilomètres d’autoroutes, vont pousser les marocains à voyager de plus en plus dans le pays, à descendre dans les hôtels, jadis réservés aux étrangers et à louer des appartements, ancêtres du RB&B. 

Le dynamisme de la région d’Agadir va répondre à cette forte demande. La ville va quadrupler de volume grâce à une offre en produits immobilier, pilotée principalement par Al Omrane, bras séculier de l’état dans ce domaine, qui aménagera des centaines d’hectares, valorisés rapidement par des promoteurs nationaux courageux et réactifs.

Avec le lancement de la station touristique de Taghazout, l’offre touristique et immobilière va migrer vers le nord de la ville, avec des projets de qualité, au standards internationaux et la construction d’un golf, ce qui a permis de diversifier l’offre en terme de destination entre le Nord et le Sud de la ville.

Il n’y a pas d’exemple au Maroc où une même destination propose deux produits touristiques totalement différents. Une pour les aisés et l’autre pour les classes moyennes et populaires. Et c’est en cela que la destination d’Agadir devient puissante et attractive. 

Actuellement, une mise à niveau audacieuse a été lancée par les autorités, qui va soulager la ville des terribles embouteillages, qui avec le temps, ont fini par l’asphyxier, devenant victime de sa très grande attractivité. Des voies de contournement, des trémies et des élargissements de voies sont réalisés, tambour battant. 

Dans un an ou deux, au grand maximum, Agadir va changer de visage. Cette action volontariste est à mettre au crédit des autorités locales, très dynamiques, qui font tout pour faciliter l’investissement, par ailleurs…

Agadir c’est aussi un vrai pôle économique régional avec un arrière pays agricole totalisant 453.445 hectares utiles dont 174.862 HA irrigables et 108.192 Ha de surfaces équipées en goutte à goutte. Agadir produit aujourd’hui pour 907.497 tonnes d’agrumes, 1.500.000 tonnes de primeurs, 320 millions de litres de lait, 27.000 tonnes de viandes rouges, 220.000 tonnes d’arganier, 8000 tonnes de dattes, 2250 tonnes de miel et 3800 Kg de safran. C’est la première région exportatrices de fruits et légumes du pays.

Pour ce qui est de la pêche la région compte une flotte de pêche active composée de 2150 unités (pêche hauturière, pêche côtière, pêche artisanale), 20.000 marins actifs et 518 mareyeurs actifs. S’agissant de la production, elle atteint 77.751 Tonnes pour un chiffre d’affaires d’environ 3,2 milliards de dirhams. L’industrie de la pêche compte 95 unités qui traitent et valorisent annuellement près de 124.000 Tonnes de produits de la mer.

Le projet du futur TGV Marrakech / Agadir va contribuer aux bouleversements déjà constatés et redynamisera favorablement cette destination sur tous les volets. Imaginez que vous prenez votre petit-déjeuner à Tanger, vous déjeunez à Casa et vous dînez à Agadir, dans la même journée…le rêve ! 

Le potentiel d’Agadir est encore sous-estimé à mon avis, car l’arrière-pays ainsi que les plages désertes, sauvages et épiques n’ont toujours pas été investis à leur juste valeur. 

Les régions de Taroudant, de Sidi Rbat, d’Imi Ouadar, de Tifnit, Aglou, Mirleft, Sidi Wassay, Sidi Boufdayl, Aoulouz, Oulad Berrehil, Aghroud, Imssouane, gagneraient à être aménagées correctement et mises en valeur. Nous tenons là, au moins, un siècle de développement touristique d’envergure, qui doit être durable, car il ne s’agit pas de bétonner à outrance, mais de vivre en harmonie avec la nature.

La dimension écologique est incontournable dans tout futur schéma de développement touristique et urbain de ces zones, très prometteuses.

Je suis parti six fois depuis le début de cette année à Agadir, pour des raisons professionnelles. J’ai vu cette région à différentes saisons, en hiver, au printemps et en été. 

La ville et la région sont généralement calmes durant l’année, même si elles restent très dynamiques, malgré une circulation très dense. En été, ils offrent un autre visage. Agadir restant la destination par ce excellence des classes moyennes marocaines, qui ne peuvent pas ou ne veulent pas voyager à l’étranger, faute de visas et d’euros. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils paient leurs séjours moins cher qu’ailleurs en Europe. Les marocains trouvent à Agadir, une région de leur pays où ils se sentent bien, entre eux. 

Et puis la plage est juste époustouflante.

Une très belle corniche à été réalisée depuis quelques années et permet de faire une longue marche de plusieurs kilomètres sans interruption, ce qui est unique. 

La même corniche a été réalisée du côté de la station de Taghazout, au bonheur de promeneurs et des joggers.

Et puis la mer est vraiment poissonneuse, pour les amateurs de pêche. On prend de jolies pièces dans les rochers, un peu partout.

La ville donne vraiment envie de la visiter. Elle a été savamment nettoyée de tous les marchands ambulants qui jadis faisaient tâche. Un grand souk, le plus grand d’Afrique, a été construit pour rassembler tous les commerçants de détail et d’étals. Il s’étend sur une quinzaines d’hectares et des centaines d’échoppes offrent à la vente des produits du terroir, des habits, des fruits et légumes, de l’artisanat, de la maroquinerie, vraiment impressionnants, et à des prix incroyablement bas. 

Le marchandage reste de rigueur, quel que soit le produit, hors fruits et légumes et produits du terroir, non négociables, ce qui est bien ainsi.

Le nombre de touristes du troisième âge est impressionnant ici. J’ai appris qu’ils passaient une partie de l’année à Agadir et qu’ils descendent jusqu’en Mauritanie, à bord de leur home cars. Ils se sont très vite adaptés aux mœurs de la région et se sont intégrés pleinement. Une vraie réussite, cette attraction des retraités européens.

Voilà un aperçu de la ville d’Agadir et de sa région. Il reste bien sûr à améliorer drastiquement la desserte aérienne et surtout la location de voitures, qui est encore problématique à partir de l’aéroport d’Agadir.

Le tourisme est d’abord une industrie comme l’avait imaginée feu Sa Majesté Hassan II et son ministre Moulay Ahmed Alaoui. Les opérateurs touristiques et immobiliers doivent s’adapter et faire en sorte de mettre à niveau leurs offres touristiques et immobilières. 

Il faut qu’Agadir migre vers un tourisme responsable et familial et il le fera. En attendant, il est pollué par des énergumènes venus d’orient, qui viennent faire leur marché en chair fraîche. Ils sont venus ici, quand le tourisme local était dans la dèche et ils sont restés, revenant chaque année noircir le tableau.

A part cela, j’ai vu à Agadir, cet été, des centaines de familles marocaines déambuler, consommer et jouir du bonheur d’être dans une station touristique où on ne les juge pas, où on ne leur impose pas de louer un parasol ou une chaise, pour être sur la plage. Et puis Agadir est devenue la première station sans gilets jaunes : aucun gardien de voitures dans le centre-ville. Une gageure quand on sait ce que ce fléau d’inutiles briscards, commet comme dégâts sur l’attractivité des plages et des villes du pays.

Par ailleurs, un téléphérique a même été installé, qui emmène dans de superbes cabines les visiteurs vers la Kasbah d’Agadir Oufella avec une vue imprenable sur la ville. Une initiative privée, que d’autres villes marocaines n’ont toujours pas réussi à transformer, malgré leur atouts, comme Tanger, Rabat ou Casablanca…

Je ne jette pas de fleurs à personne. Je me contente de constater, en toute fidélité, ce que mes yeux m’ont renvoyé, comme impressions. Je fais confiance à ce que je vois et non à ce que j’entends et ce que j’ai vu à Agadir est vraiment beau !

Rédigé par Rachid Boufous



Vendredi 16 Septembre 2022


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