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Revenu universel par token : quand l’IA promet de redistribuer sa richesse

Revenu universel par token : l’IA peut-elle payer les humains qu’elle remplace ?


Rédigé par La rédaction le Vendredi 1 Mai 2026



L’idée paraît technique. Elle est pourtant simple : si l’intelligence artificielle produit demain une richesse immense avec moins de travail humain, une partie de cette richesse pourrait-elle être redistribuée à tous sous forme de token numérique ?

Un token, dans ce contexte, est une unité numérique inscrite sur une blockchain. Il peut représenter une valeur, un droit d’accès, une part d’un réseau, ou une forme de revenu distribué automatiquement. L’idée n’est donc pas seulement financière. Elle est économique, sociale et politique.

Le projet le plus médiatisé est World, anciennement Worldcoin, cofondé par Sam Altman. Son ambition déclarée est de construire un réseau mondial d’identité et de finance, capable notamment de distinguer les humains des robots en ligne, puis d’ouvrir une piste vers un revenu universel financé par l’IA. World présente explicitement cette hypothèse comme une voie possible vers un AI-funded UBI, c’est-à-dire un revenu universel financé par l’intelligence artificielle.

Pourquoi cette idée surgit-elle maintenant ? Parce que l’IA change la nature même de la production. Dans l’économie classique, la richesse venait du capital, du travail humain, de la terre, des machines et de l’organisation. Avec l’IA générative, une partie croissante de la valeur peut être produite par des modèles capables d’écrire, coder, analyser, vendre, diagnostiquer, traduire ou automatiser des tâches. Le risque est évident : ceux qui possèdent les modèles, les données, les puces et les infrastructures cloud peuvent capter l’essentiel de cette nouvelle richesse.

C’est là qu’intervient l’idée du token. Il deviendrait une sorte de dividende numérique universel. Au lieu de laisser toute la valeur créée par l’IA remonter vers quelques grandes entreprises, on distribuerait régulièrement une part de cette valeur à des individus vérifiés. En théorie, chaque personne recevrait une allocation en token, utilisable, échangeable ou convertible.

Mais pour distribuer un revenu universel numérique, il faut résoudre un problème majeur : comment savoir qu’une personne est bien une personne unique ? Sans mécanisme d’identification, un même individu pourrait créer mille comptes et recevoir mille allocations. World répond à ce défi par le World ID, présenté comme un “passeport numérique” permettant de prouver que l’utilisateur est bien un humain et non un bot. Reuters rappelle que ce système repose notamment sur une vérification par scan de l’iris via l’Orb, ce qui a immédiatement ouvert un débat sensible sur la vie privée et la gouvernance des données biométriques.

Le mécanisme économique serait donc le suivant : d’abord, on vérifie l’unicité humaine ; ensuite, on distribue un token ; enfin, ce token prend de la valeur si le réseau devient utile, rare, accepté et liquide. C’est séduisant sur le papier. Mais c’est aussi fragile. Car un revenu universel n’a de sens que s’il permet réellement d’acheter des biens et services. Or un token peut perdre de la valeur, être spéculatif, dépendre d’un marché instable ou rester inutilisable dans la vie quotidienne.

D’autres expériences existent. GoodDollar, par exemple, se présente comme un protocole décentralisé de revenu universel numérique, distribuant des tokens G$ chaque jour à ses utilisateurs. Le projet revendique plus de 640.000 utilisateurs et affirme adosser son modèle à des stablecoins en dollars et à des rendements donnés par des soutiens privés.

Mais là encore, il faut distinguer l’expérimentation de la politique publique. Un token distribué chaque jour n’est pas automatiquement un revenu universel. Pour être un vrai revenu universel, il doit être régulier, fiable, accessible à tous, suffisamment significatif et accepté dans l’économie réelle. Beaucoup de projets crypto promettent l’inclusion financière ; peu parviennent à créer un pouvoir d’achat durable.

Sam Altman lui-même semble d’ailleurs avoir déplacé le débat. Selon Business Insider, il s’intéresse désormais davantage à des formes de propriété collective de la richesse produite par l’IA, ou à l’idée d’un Universal Basic Compute : non pas seulement donner de l’argent, mais donner à chacun une part de puissance de calcul IA, utilisable pour apprendre, créer, entreprendre ou automatiser des tâches.

Cette évolution est importante. Elle signifie que le revenu universel de l’ère IA ne sera peut-être pas uniquement monétaire. Il pourrait prendre trois formes : un revenu en argent, un token représentant une part de valeur, ou un droit d’accès à la puissance de calcul. Autrement dit, demain, la vraie richesse ne sera peut-être pas seulement le salaire, mais l’accès à l’intelligence productive.

Pour un économiste, la question centrale reste celle-ci : qui possède les nouveaux moyens de production ? Au XIXe siècle, c’étaient les usines. Au XXe siècle, les chaînes industrielles, l’énergie, la finance et les brevets. Au XXIe siècle, ce sont les données, les modèles, les semi-conducteurs, les centres de calcul et les plateformes. Si ces actifs restent concentrés, l’IA peut aggraver les inégalités. Si une partie de leur valeur est mutualisée, elle peut devenir un instrument de redistribution.

Le token est donc moins une solution miracle qu’un signal. Il révèle une inquiétude profonde : l’économie de l’IA pourrait produire beaucoup plus de richesse avec beaucoup moins de travailleurs. Dans ce monde, les États devront choisir : taxer les géants de l’IA, créer des fonds souverains numériques, distribuer des revenus, garantir un accès au calcul, ou laisser le marché décider seul.

La vraie question n’est donc pas : “un token peut-il remplacer un salaire ?” La vraie question est : quand les machines produiront davantage que les humains, quelle part restera aux citoyens ?
 

Au fond, le débat sur le revenu universel par token annonce peut-être le futur contrat social du XXIe siècle : non plus seulement le compromis entre capital et travail humain, mais l’arbitrage entre capital numérique et travail de l’IA.

Demain, la richesse sera produite par des machines, des données, des algorithmes et des infrastructures de calcul. La vraie question sera alors simple, brutale, politique : qui possédera ce capital numérique, et qui aura droit aux fruits du travail artificiel ?





Vendredi 1 Mai 2026

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