C’est l’effet ciseaux : énergie plus chère, engrais plus chers, crédit agricole plus tendu, marges sous pression, arbitrages douloureux avant les semis
Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un couloir du pétrole et du gaz. C’est aussi une artère invisible de l’agriculture mondiale. Selon l’IFPRI, jusqu’à 30 % du commerce mondial des engrais aurait transité par Ormuz en 2024, en plus d’environ 20 % du gaz naturel liquéfié, matière première essentielle pour produire l’ammoniac et l’urée. L’UNCTAD rappelle que les flux d’engrais maritimes de la région du Golfe sont dominés par l’urée, suivie du phosphate diammonique.
C’est là que le choc devient systémique. Le pétrole cher renchérit le transport. Le gaz cher renchérit l’ammoniac. L’ammoniac cher renchérit l’urée. L’urée chère renchérit la production agricole. Et quand l’agriculture devient chère, ce ne sont pas seulement les marchés financiers qui tremblent : ce sont les ménages, les États importateurs, les budgets publics et la paix sociale.
La Banque mondiale anticipe déjà une hausse de 31 % des prix des engrais en 2026, tirée par un bond de l’urée, dont le prix pourrait augmenter de 60 %. Elle observe aussi une flambée récente : entre février et mars 2026, l’urée aurait bondi de près de 46 % en un mois. Ce n’est plus un simple bruit de marché. C’est un signal d’alerte alimentaire.
Les États-Unis sont concernés, même s’ils ne sont pas les plus vulnérables. Leur agriculture dispose d’une base industrielle importante, mais elle reste dépendante d’importations pour certains engrais. Cette dépendance a augmenté depuis 2021 : la part importée du phosphate serait passée de 9 % à 16 % en 2025, tandis que celle de l’azote serait montée de 12 % à 13 %. Les États-Unis importeraient aussi environ un tiers de leurs produits phosphatés finis, dont une partie significative depuis l’Arabie saoudite.
Le risque américain n’est donc pas l’effondrement immédiat. C’est l’effet ciseaux : énergie plus chère, engrais plus chers, crédit agricole plus tendu, marges sous pression, arbitrages douloureux avant les semis. Un agriculteur qui réduit ses doses d’engrais ne réduit pas seulement ses coûts. Il prend le risque de réduire ses rendements. Et quand cette décision se répète à grande échelle, elle devient un problème national.
Le danger est encore plus grave pour les pays pauvres, les pays importateurs nets de nourriture et les économies déjà fragilisées par la dette. Là, la crise des engrais peut devenir plus violente que la crise énergétique. On peut différer un trajet. On peut consommer moins d’essence. Mais on ne peut pas différer longtemps le pain, la farine, l’huile ou le lait. Quand les prix alimentaires montent, la politique descend dans la rue.
Autre inquiétude : la Chine resserre ses contrôles sur les exportations d’engrais afin de protéger son marché intérieur. Reuters indique que les inspections douanières se sont intensifiées, notamment autour de l’urée, de la potasse et du sulfate d’ammonium. Autrement dit, au moment où Ormuz se grippe, d’autres grands fournisseurs verrouillent aussi leurs sorties.
Cette crise révèle une vérité dérangeante : la mondialisation agricole repose sur quelques goulets d’étranglement. Le pétrole a ses détroits. Le blé a ses mers. Les engrais ont leurs ports, leurs gazoducs, leurs terminaux et leurs décisions politiques. Il suffit qu’un maillon se tende pour que toute la chaîne alimentaire mondiale commence à tousser.
Pour le Maroc, l’affaire doit être lue avec lucidité. Le Royaume est une puissance phosphatière, mais il reste exposé au coût de l’énergie, au transport maritime, aux prix mondiaux et aux tensions sur les engrais azotés. Cette crise peut être une menace, mais aussi une fenêtre stratégique : renforcer la souveraineté agricole, sécuriser les intrants, accélérer l’innovation agronomique, mieux cibler l’irrigation et repenser les dépendances alimentaires.
La leçon d’Ormuz 2026 est simple : la sécurité alimentaire ne commence pas dans les silos. Elle commence dans les mines, les usines d’ammoniac, les ports, les détroits et les contrats d’approvisionnement. Après le Covid-19, le monde avait découvert la fragilité des masques et des médicaments. Après Ormuz, il découvre peut-être celle des engrais.
Et c’est peut-être cela, la vraie alerte : une crise énergétique fait peur parce qu’elle est spectaculaire. Une crise des engrais fait plus peur encore parce qu’elle est silencieuse. Elle ne coupe pas seulement les moteurs. Elle menace les récoltes.
C’est là que le choc devient systémique. Le pétrole cher renchérit le transport. Le gaz cher renchérit l’ammoniac. L’ammoniac cher renchérit l’urée. L’urée chère renchérit la production agricole. Et quand l’agriculture devient chère, ce ne sont pas seulement les marchés financiers qui tremblent : ce sont les ménages, les États importateurs, les budgets publics et la paix sociale.
La Banque mondiale anticipe déjà une hausse de 31 % des prix des engrais en 2026, tirée par un bond de l’urée, dont le prix pourrait augmenter de 60 %. Elle observe aussi une flambée récente : entre février et mars 2026, l’urée aurait bondi de près de 46 % en un mois. Ce n’est plus un simple bruit de marché. C’est un signal d’alerte alimentaire.
Les États-Unis sont concernés, même s’ils ne sont pas les plus vulnérables. Leur agriculture dispose d’une base industrielle importante, mais elle reste dépendante d’importations pour certains engrais. Cette dépendance a augmenté depuis 2021 : la part importée du phosphate serait passée de 9 % à 16 % en 2025, tandis que celle de l’azote serait montée de 12 % à 13 %. Les États-Unis importeraient aussi environ un tiers de leurs produits phosphatés finis, dont une partie significative depuis l’Arabie saoudite.
Le risque américain n’est donc pas l’effondrement immédiat. C’est l’effet ciseaux : énergie plus chère, engrais plus chers, crédit agricole plus tendu, marges sous pression, arbitrages douloureux avant les semis. Un agriculteur qui réduit ses doses d’engrais ne réduit pas seulement ses coûts. Il prend le risque de réduire ses rendements. Et quand cette décision se répète à grande échelle, elle devient un problème national.
Le danger est encore plus grave pour les pays pauvres, les pays importateurs nets de nourriture et les économies déjà fragilisées par la dette. Là, la crise des engrais peut devenir plus violente que la crise énergétique. On peut différer un trajet. On peut consommer moins d’essence. Mais on ne peut pas différer longtemps le pain, la farine, l’huile ou le lait. Quand les prix alimentaires montent, la politique descend dans la rue.
Autre inquiétude : la Chine resserre ses contrôles sur les exportations d’engrais afin de protéger son marché intérieur. Reuters indique que les inspections douanières se sont intensifiées, notamment autour de l’urée, de la potasse et du sulfate d’ammonium. Autrement dit, au moment où Ormuz se grippe, d’autres grands fournisseurs verrouillent aussi leurs sorties.
Cette crise révèle une vérité dérangeante : la mondialisation agricole repose sur quelques goulets d’étranglement. Le pétrole a ses détroits. Le blé a ses mers. Les engrais ont leurs ports, leurs gazoducs, leurs terminaux et leurs décisions politiques. Il suffit qu’un maillon se tende pour que toute la chaîne alimentaire mondiale commence à tousser.
Pour le Maroc, l’affaire doit être lue avec lucidité. Le Royaume est une puissance phosphatière, mais il reste exposé au coût de l’énergie, au transport maritime, aux prix mondiaux et aux tensions sur les engrais azotés. Cette crise peut être une menace, mais aussi une fenêtre stratégique : renforcer la souveraineté agricole, sécuriser les intrants, accélérer l’innovation agronomique, mieux cibler l’irrigation et repenser les dépendances alimentaires.
La leçon d’Ormuz 2026 est simple : la sécurité alimentaire ne commence pas dans les silos. Elle commence dans les mines, les usines d’ammoniac, les ports, les détroits et les contrats d’approvisionnement. Après le Covid-19, le monde avait découvert la fragilité des masques et des médicaments. Après Ormuz, il découvre peut-être celle des engrais.
Et c’est peut-être cela, la vraie alerte : une crise énergétique fait peur parce qu’elle est spectaculaire. Une crise des engrais fait plus peur encore parce qu’elle est silencieuse. Elle ne coupe pas seulement les moteurs. Elle menace les récoltes.












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