Révolution de couleur ratée au Kazakhstan


La Russie s’est-elle fait piéger en envoyant ses troupes soutenir le pouvoir en place au Kazakhstan, récemment théâtre de violentes émeutes ?



Les observateurs de la scène politique en Asie centrale sont allés de surprise en surprise concernant la situation au Kazakhstan.

Personne n’y a vu venir l’insurrection armée qui a éclaté le 4 janvier, suites aux manifestations populaires enclenchées le 2 janvier contre la hausse des prix du carburant dans un pays producteur et exportateur de pétrole et de gaz.

Encore moins prévisible était la réaction rapide et ferme de la Russie, qui s’est dépêchée d’envoyer ses soldats au Kazakhstan, sous couvert de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC*), à laquelle à fait appel le président Kazakh.

Cette intervention militaire est une première du genre dans le cadre de l’OTSC, qui engage Moscou dans un pays de l’ex-URSS plongé dans une profonde crise politique, après trois décennies de gouvernance quasi-mafieuse.

Particularités kazakhs

Parmi les bizarreries du système politique kazakh, l’ex-président Noursoultan Nazabaïev, démissionnaire en mars 2019 suite à un soulèvement de la population, a néanmoins gardé le titre de « premier président », ainsi qu’une partie des pouvoirs, et dirigé le Conseil de sécurité nationale kazakh.

L’explosion actuelle de violences au Kazakhistan a, toutefois, permis au nouveau président, Kassym Jomart Tokaïev, de se débarrasser définitivement de l’influence de son prédécesseur sur les rouages de l’Etat, ce qui est, d’ailleurs, une revendication des manifestants.

Autre victime de la purge menée actuellement par le chef de l’Etat kazakh, suite aux émeutes, le chef des services de renseignement, Karim Massimov, que l’on dit proche du président turc Recep Tayep Erodgan.

Nombre d’observateurs n’ont pas manqué de faire le rapprochement entre la mise à l’écart du patron des services de renseignement kazakhs et la présence de combattants jihadistes dans les rangs des émeutiers alléguée par le pouvoir en place.

Un chat n’y retrouverait pas ses petits

Dans un tel imbroglio, même les médias russes ne savent plus sur quel pied danser. S’agit-il, comme le prétend Astana, d’une tentative de coup d’Etat manigancé par le clan Nazabaïev, qui cherche à reprendre le pouvoir ?

Ou serait-ce un coup tordu de Tokaïev, qui aurait fomenté ces troubles pour éliminer le clan de son prédécesseur de la scène politique kazakh ?

La guerre des oligarques pour s’accaparer le pouvoir dans ce pays d’Asie centrale de 19 millions d’habitants riche en hydrocarbures n’est pas une nouveauté, mais les révolutions de couleur téléguidées par les Etats-Unis dans les républiques ex-soviétiques non plus.


Relents jihadistes

20.000 combattants armés et entraînés, parmi lesquels des étrangers, qui auraient infiltrés les manifestations de colère contre la hausse des prix du carburant, selon les autorités kazakhs, des policiers abattus et ensuite décapités, l’assaut simultané donné contre des aéroports et des édifices publics, saccagés et incendiés, cela n’a rien d’une révolution spontanée.

La réaction rapide de Moscou montre aussi que les Russes savaient déjà à quoi s’attendre et s’y étaient préparés.

Le soir même de l’appel au secours du président Tokaïev à l’OSTC, donc à la Russie, un pont aérien a commencé à acheminer au Kazakhstan des troupes d’élites russes : 98ème division aéroportée de la Garde, 31ème brigade d’assaut aéroportée de la Garde, ainsi que des unités de la 45ème brigade des forces spéciales.

La mobilisation opérationnelle d’une telle force de frappe et des moyens logistiques et de transport aérien pour la déployer sur le terrain ne saurait se faire en un tournemain.

Bilan des pertes

Toujours est-il que le bilan de cette semaine de violences au Kazakhstan est plutôt lourd : 164 morts, près de 2.000 blessés et 5.800 arrestations opérées.

Le 7 janvier, le président Tokaïev avait donné ordre aux forces de sécurité de « tirer pour tuer ».
Les dégâts matériels se chiffrent à quelques 175 millions d’euros.

Face à un tel déferlement de violence au Kazakhstan, le variant omicron passe désormais là bas pour un piètre assassin.

*L’Organisation du traité de sécurité collective, créée en 2002, comprend la Russie, le Kazakhstan, l’Arménie, le Kirghizstan, la Biélorussie et le Tadjikistan.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Lundi 10 Janvier 2022

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