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Russie - Ukraine - Occident : Derrière les missiles, une nouvelle guerre mondiale de la puissance !


La guerre en Ukraine n’est plus seulement une guerre d’Ukraine. Elle est devenue le révélateur brutal d’un basculement historique : le retour de la puissance militaire comme instrument central de la politique internationale, la fragilisation des équilibres économiques mondiaux et la reconstitution de blocs qui se regardent désormais moins comme des partenaires que comme des adversaires potentiels.



La guerre n’est plus aux portes de l’Europe, elle est déjà dans l’économie mondiale :

Ce conflit est souvent présenté comme une confrontation entre Moscou et Kiev. C’est exact sur le terrain. Mais sur le plan stratégique, il s’agit d’un affrontement beaucoup plus large entre une Russie déterminée à préserver sa profondeur stratégique et un bloc occidental qui refuse qu’un changement de frontières par la force devienne une nouvelle norme européenne.

La difficulté tient précisément à cette superposition des enjeux.

Pour l’Ukraine, la guerre est existentielle. Elle concerne son territoire, sa souveraineté, sa sécurité et son avenir politique. Pour la Russie, elle touche à son statut de grande puissance, à sa perception de l’encerclement stratégique et à sa relation historique avec l’espace post-soviétique. Pour l’Europe, elle est devenue une question de sécurité continentale. Et pour les États-Unis, elle s’inscrit dans une compétition mondiale plus large où la crédibilité des alliances compte presque autant que le terrain ukrainien lui-même.

C’est pourquoi la paix demeure si difficile.

Une guerre cesse généralement lorsque les adversaires considèrent que le coût de sa poursuite devient supérieur aux gains espérés. Or, aujourd’hui encore, chacun pense pouvoir améliorer sa position.

La Russie parie sur l’endurance. L’Ukraine parie sur le soutien occidental. L’Europe accélère son réarmement et reconstruit une industrie de défense longtemps négligée. Les États-Unis cherchent à préserver un équilibre délicat entre soutien militaire, contraintes budgétaires et compétition stratégique avec la Chine.

La guerre est ainsi devenue une gigantesque machine d’adaptation.

Les armées apprennent en temps réel. Les drones ont profondément transformé le champ de bataille. Les systèmes de défense aérienne sont devenus aussi importants que les avions. Les missiles à longue portée modifient la notion même de front. Le renseignement satellitaire, l’intelligence artificielle, la guerre électronique et les communications sécurisées jouent désormais un rôle déterminant.

Mais derrière cette sophistication technologique réapparaît une réalité presque archaïque : les guerres modernes consomment énormément de matériel.

Des munitions, des missiles, des véhicules, des systèmes de défense, des pièces détachées.

L’Europe découvre ainsi qu’elle avait parfois confondu supériorité technologique et capacité à soutenir une guerre longue. Produire quelques équipements extrêmement performants ne suffit pas lorsqu’il faut remplacer des milliers de matériels et reconstituer rapidement des stocks.

Cette guerre est donc aussi une guerre industrielle.

Et c’est peut-être là que se produit l’un des changements géopolitiques les plus importants.

Pendant trois décennies, une grande partie de l’Europe a considéré que l’économie pouvait progressivement remplacer la puissance militaire. Les chaînes de valeur mondiales, le commerce et l’interdépendance devaient rendre les conflits majeurs trop coûteux.

L’Ukraine rappelle brutalement que l’interdépendance peut elle-même devenir une arme.

Le gaz peut être une arme. Le pétrole peut être une arme. Les sanctions financières peuvent être une arme. Les composants électroniques peuvent être une arme. Les systèmes de paiement, les technologies, les minerais stratégiques et même les infrastructures numériques deviennent des instruments de puissance.

La frontière entre guerre économique et guerre militaire devient de plus en plus floue.

Les sanctions imposées à la Russie illustrent cette transformation. Elles cherchent à réduire les capacités financières, technologiques et industrielles de Moscou sans confrontation militaire directe entre puissances nucléaires.

Mais leur efficacité doit toujours être analysée avec prudence. Une grande économie dispose de capacités d’adaptation, de circuits commerciaux alternatifs et de partenaires disposés à contourner certaines restrictions. Les sanctions peuvent affaiblir progressivement une économie sans provoquer nécessairement son effondrement.

L’autre conséquence majeure concerne l’industrie mondiale de l’armement.

Les budgets militaires augmentent. Les carnets de commandes se remplissent. De nouvelles usines apparaissent. Des alliances industrielles se reforment.

 

Le vrai danger n’est peut-être pas la guerre elle-même, mais le monde qu’elle est en train de fabriquer !

Cette réalité peut paraître cynique, mais elle fait partie de l’économie politique de la guerre. Un conflit long crée ses propres intérêts industriels. Il ne signifie évidemment pas que les industriels décident des guerres, mais il rappelle que la prolongation des conflits entraîne une redistribution considérable de ressources publiques vers la défense.

Et pendant ce temps, les sociétés paient la facture.

Inflation énergétique, incertitudes commerciales, augmentation des budgets militaires, pression sur les finances publiques, déplacements de populations et fragilisation de certaines chaînes d’approvisionnement.

Les guerres du XXIe siècle ne restent jamais enfermées dans leurs frontières.

Le Maroc doit observer cette guerre avec lucidité

Pour le Maroc, la première leçon est justement de ne pas regarder l’Ukraine comme un conflit lointain.

Le Royaume importe de l’énergie, des céréales, des équipements et de nombreuses matières premières. Toute perturbation majeure du commerce mondial peut donc avoir des effets directs sur les prix, les finances publiques et le pouvoir d’achat.

Mais cette crise rappelle surtout une autre évidence : un pays réellement souverain doit identifier ses dépendances stratégiques.

Souveraineté énergétique, sécurité alimentaire, industrie de défense, cybersécurité, stockage stratégique, infrastructures critiques et diversification des fournisseurs deviennent des questions aussi importantes que les indicateurs traditionnels de croissance.

Le Maroc doit également préserver ce qui constitue l’un de ses principaux avantages diplomatiques : la capacité à maintenir des relations solides avec des partenaires différents sans transformer chaque rivalité internationale en choix idéologique automatique.

Dans un monde qui se polarise, la politique étrangère la plus intelligente n’est pas forcément celle qui choisit le camp le plus puissant.

C’est celle qui protège ses intérêts sans perdre sa liberté de décision.

La guerre en Ukraine nous annonce peut-être le monde qui vient : un monde plus militarisé, plus transactionnel, plus technologique et plus instable.

Il serait dangereux de le regarder uniquement à travers les cartes militaires.

Car la véritable bataille se déroule désormais simultanément dans les tranchées, les usines, les marchés financiers, les laboratoires, les câbles sous-marins et les alliances diplomatiques.

Et la leçon finale est presque paradoxale : plus les États se préparent à la guerre, plus ils devraient investir dans les instruments permettant de l’éviter.

La paix n’est jamais simplement l’absence de guerre.

Elle est le résultat d’un équilibre dans lequel aucun acteur ne croit pouvoir gagner davantage par la violence que par la négociation.

 
Aujourd’hui, cet équilibre n’a pas encore été retrouvé.



Mercredi 12 Août 2026

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