Russie vs Occident : la « dédollarisation » en marche


L’expulsion de certaines banques russes du réseau Swift (réseau de messagerie interne de 11.000 banques dans 200 pays), certainement très douloureuse pour Moscou, a été, également, très mal reçue par les milieux financiers en Occident. Jamie Dimon, Pdg de la banque JP Morgan, estime qu’elle pourrait avoir des « conséquences inattendues ».



Un article de Bloomberg, date du 25 février, considère que « l’éviction de la Russie de ce système mondial essentiel – qui traite 42 millions de messages par jour et sert de lien vital à certaines des plus grandes institutions financières du monde – pourrait se retourner contre nous, en faisant grimper l’inflation, en rapprochant la Russie de la Chine et en soustrayant des transactions financières aux regards de l’Occident.

Cela pourrait également encourager le développement d’une alternative à Swift qui pourrait à terme porter atteinte à la suprématie du dollar américain ».

La « dédollarisation » de la vente du gaz naturel russe à l’Europe « marquera le début de la désintégration de l’hégémonie du dollar », a déclaré Hong Hao, directeur général de la Bank of Communications au quotidien anglophone chinois Global Times.

Quête d’alternative au Swift

« Dédollarisation », c’est justement là le mot clé de la stratégie de l’axe Moscou-Pékin, un processus que ne manquerait pas de rejoindre les Etats déclarés « paria » par l’Occident, tel l’Iran et le Venezuela, également soumis à des sanctions économiques très sévères.

La Russie a déjà crée son propre système de transfert de messages financiers, le SFPS, relié au système de paiement interbancaire transfrontalier, le CIPS, lancé par la Chine, qui relie 400 banques.

C’est encore modeste par rapport au Swift, mais l’Inde et des pays de l’Union économique eurasienne s’y sont déjà greffés.

En fait, nombres d’Etats du Sud adhéreraient de gaieté de cœur à un système de paiement interbancaire alternatif au Swift, ne serait-ce que pour éviter l’extra-territorialité de la législation des Etats-Unis à travers l’utilisation du dollar comme monnaie d’échanges.

Peu d’infrastructure pour le gaz liquéfié

La Russie a exporté pour quelques 388,4 milliards de dollars, à 53,8% du carburant et de l’énergie, au cours des dix premiers mois de 2021. Comment vont faire les Européens pour payer leurs importations de gaz russe, qui représente 40% de leur consommation ?

Plus prosaïquement, en se privant ainsi du gaz russe, comment compte faire les pays européens pour couvrir leurs besoins ? Le gaz naturel liquéfié ? C’est plus facile à dire qu’à faire.

Ecoutons un véritable expert du domaine, le Pdg de TotalEnergies, Patrick Pouyanné : « Pour alimenter l'Europe en gaz, soit on a des tuyaux, soit on a des terminaux de regazéification où on amène du gaz naturel liquéfié.

Or, ils sont tous pleins en ce moment, et on n'a pas assez de terminaux en Europe pour regazéifier le gaz liquéfié afin de remplacer les 40% de gaz russe…Il faut 2 à 3 ans pour construire un terminal… Et donc, quand on me dit "comment vous faites si les 40% de gaz russe disparaissent", alors là je peux vous dire que je ne sais pas faire.

Je saurai faire dans 2-3 ans, si on construit des terminaux, car on a du gaz, mais il faut pouvoir l'amener. On a là un problème d'infrastructure ».

L’insatiable appétit de la Chine

Et question infrastructure, la Chine a récemment signé un accord avec la Russie pour la construction d’un gazoduc, le « Soyouz Vostok », d’une capacité de 50 milliards de m3, c'est-à-dire le même volume que le gazoduc Nord Stream 2 débouchant en Allemagne, mais dont la certification à été gelée en raison de la guerre en Ukraine.

La construction du « Soyouz Vostok » sera entamée en 2024. Un nouvel apport de gaz naturel russe à l’insatiable appétit de la Chine, qui viendra renforcer le flux actuel de 38 milliards de m3, coulant, depuis 2019, à travers le gazoduc « Power of Siberia ».

Jusqu’à présent, c’étaient les pays de l’Union européenne qui recevaient 85% des 650 millions de m3 d’exportations du gaz naturel russe, soit le quart du commerce mondial de ce produit stratégique.

Cette situation va forcément changer, mais pas dans l’immédiat. Car ni la Russie ne peut rapidement réorienter les flux de gaz naturel vers la Chine, ni l’Europe de se doter avec célérité d’installations de reliquéfaction de gaz importé des Etats-Unis ou du Qatar. Chacune des deux parties aura besoin de deux à trois années pour ce faire.

Aveuglement idéologique et faux calculs

D’ici là, les spéculateurs sur les marchés internationaux de l’énergie vont se faire pas mal de blé. En fait de blé, la Russie et l’Ukraine, c’est 25% du marché mondial des céréales. Renchérissement du coût de la vie, en avant toute !

Ce qui est également évident, c’est que la compétitivité des produits européens va décliner du fait de la hausse des prix des intrants, un coup dur porté par les Etats-Unis à leurs alliés otanesques-concurrents économiques du vieux continent.

La Chine, qui a absorbé, à elle seule, quelques 112,4 milliards de dollars de produits russes (dix premiers mois de 2021), est non seulement le meilleur client de la Russie, mais aussi un allié stratégique, qui n’a nulle intention d’appliquer une quelconque sanction à son encontre.


Son Excellence le Yuan

La Chine est le véritable vainqueur de la guerre qui se déroule actuellement en Ukraine. Non seulement la crédibilité des Etats-Unis sera remise en question par ses alliés dans le Pacifique, du fait de sa non-intervention militaire directe pour venir en aide à l’Ukraine, mais l'industrie chinoise va également se régaler des matières premières russes qui n’iront plus alimenter l’appareil productif des pays occidentaux.

C’est qu’il n’y a pas que le gaz naturel en provenance de Russie qui va faire défaut aux industriels européens, mais aussi le cobalt, le palladium, le nickel, l’aluminium… Ainsi que les 160 millions de consommateurs des marchés russes et biélorusse.

L’ère du règne du dollar prend fin, celle du yuan commence.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Dimanche 6 Mars 2022

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