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Sauve-qui-peut en Afghanistan


Le départ des forces américaines de l’Afghanistan ressemble de plus en plus à une fuite pure et simple. Les Talibans gagnent du terrain au pas de course.



Sauve qui peut ! Les Talibans arrivent...
Sauve qui peut ! Les Talibans arrivent...
Dans la nuit du 2 au 3 juillet, les forces américaines qui tenaient l’aéroport de Begrâm, en Afghanistan, se sont discrètement éclipsées. Ils n’ont, toutefois, pas oublié de couper le courant électrique.

Le lendemain matin, les soldats afghans se sont retrouvés tous seuls, effarés de constater que les soldats américains avaient tout simplement déguerpis.

« Nous avons entendu des rumeurs selon lesquelles les Américains avaient quitté Begrâm... et finalement, à sept heures du matin, nous avons compris qu'il était confirmé qu'ils avaient déjà quitté Begrâm », a déclaré le général Mir Asadullah Kohistani, commandant afghan de la base.

La surprise était telle que voyant des individus s’être infiltrés dans l’aéroport, les soldats afghans n’ont pas osé réagir, croyant qu’il s’agissait des Talibans.

Ce n’était, en fait, que des pillards qui ont commencé à désosser le matériel abandonné par les Américains.

Tombeau des empires

Il est à préciser que Begrâm, l’antique ‘Alexandrie du Caucase’, n’est éloignée de la capitale afghane, Kaboul, que de 60 kilomètres.

C'est-à-dire qu’à moins d’une heure de route de la capitale, il n’existe plus aucune défense pour repousser, ou du moins stopper, la marche victorieuse des Talibans.

Après 20 ans de guerre en Afghanistan, les Etats-Unis ont déclaré forfait. Ce n’est pas une surprise, dans le sens ou les Américains ne sont que les derniers d’une longue liste de conquérants étrangers déboutés : Britanniques, Soviétiques…

L’Afghanistan n’a pas usurpé sa réputation de « tombeau des empires ».

La différence va plus se situer dans la durabilité du régime afghan installé par les Etats-Unis face aux assauts des Talibans, en comparaison avec celui que les Soviétiques avaient laissé derrière eux.

Top chrono

Soldats afghans : Une, deux... fuite au pas de course !
Soldats afghans : Une, deux... fuite au pas de course !
Après le départ de l’armée rouge, en février 1989, le régime du président Mohammad Najibullah a pu tenir tête aux ‘moujahidines’ afghans pendant un peu plus de trois ans.

Il s’est écroulé en avril 1992, quand Moscou a cessé d’envoyer des aides militaires.

Tout indique que l’armée afghane formée par les Américains ne va pas tenir aussi longtemps.

Au Nord de l’Afghanistan, ou les Talibans mènent actuellement une offensive de grande ampleur, les districts tombent les uns après les autres, le plus souvent sans la moindre résistance de la part des soldats afghans.

C’est d’autant plus étonnant que les districts du Nord de l’Afghanistan, auparavant fief du célèbre Commandant Ahmed Shah Massoud, sont peuplés de Tadjiks et d’Ouzbeks, alors que les Talibans sont des Pachtounes.

Les tribus du Nord étaient foncièrement anti-Talibans, ayant même été les premières à se ranger au côté des Américains pour chasser les Talibans du pouvoir, en novembre 2001.

Aujourd’hui, ils accueillent leurs ennemis d’hier en libérateurs.


Maquiller la défaite

Dans leur volonté de maquiller leur départ précipité d’Afghanistan pour qu’il ne ressemble pas à la défaite totale qu’il est, les Américains ont demandé aux Turcs d’assurer la sécurité de l’aéroport de la capitale, Kaboul, avec l’évidente ambition de continuer à utiliser ce pays d’Asie centrale comme base arrière pour leurs opérations de déstabilisation dans cette partie du monde.

Les Talibans ont, cependant, clairement fait comprendre aux Turcs qu’aussi musulmans qu’ils sont, ils ne deviendraient pas moins une cible légitime s’ils venaient à s’installer à l’aéroport de Kaboul.

Même le redéploiement des mercenaires de Daech de Syrie et d’Irak en Afghanistan n’a pas donné les résultats escomptés.

La greffe ‘califale’ de Daech n’a pas pris auprès des populations afghanes et les Talibans les ont férocement combattus, d’ailleurs avec beaucoup de succès.

Tâche d’huile

30 avril 1975 : les Américains fuient Saïgon à bord d'hélicoptères posés sur le toit de l'ambassade US
30 avril 1975 : les Américains fuient Saïgon à bord d'hélicoptères posés sur le toit de l'ambassade US
Les Etats-Unis ont fait tout ce qu’il fallait pour échouer dans la stabilisation de l’Afghanistan.

Après avoir perdu quelques 2.400 soldats, outre les 20.000 blessés, et dépensé plus de 800 milliards de dollars, les Américains ont découvert que mettre au pouvoir et soutenir un régime politique corrompu jusqu’à la moelle n’est pas une bonne stratégie.

Lors d’une discussion avec un officier du Pentagone, en juillet 2006, portant sur la stratégie contre-insurrectionnelle française dite de la « tâche d’huile », je m’étais imaginé que les Américains ont enfin compris que gagner les cœurs était tout aussi important, sinon plus, qu’occuper du terrain.

Les Américains ont fait exactement le contraire.

Syndrome vietnamien

Les plus de 800 milliards de dollars consentis par les contribuables américains pour le financement de cette guerre sont allés soit au complexe militaro-industriel, soit dans les poches de politiciens afghans véreux.

Les districts ruraux d’Afghanistan ou les soldats américains pouvaient parader de jour, la nuit tombée, passaient sous le contrôle des Talibans.

Promouvoir, par ailleurs, les ‘valeurs’ du marxisme culturel, parmi lesquelles celles des LGBTQI+, au sein de la société ultraconservatrice afghane n’était pas vraiment une bonne idée.

Aujourd’hui, le départ des troupes américaines d’Afghanistan ressemble étrangement à celui du Viêt-Nam, il y a 46 ans.

Les soldats ‘High-techs’ US prennent la poudre d’escampette, pourchassés par des guérilleros en sandales armés de vieux AK47.






Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 8 Juillet 2021

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