Scholz à Pékin : implosion du bloc occidental ?


La visite de quelques heures effectuée par le chancelier allemand, Olaf Scholz, en Chine, le 4 novembre, marque un tournant dans la lutte géopolitique entre l’hégémon américain et les tenants de la multipolarité.



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De Washington à Bruxelles, c’est une sourde colère qui taraude les thuriféraires de « l’ordre international fondé sur des règles (occidentales) » au spectacle du chancelier allemand, Olaf Scholz, solennellement reçu par le président chinois, Xi Jinping.

Les sanctions imposées par le bloc occidental à la Russie, suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, ont porté un coup sévère à l’appareil productif allemand, très dépendant des fournitures du gaz naturel russe bon marché.

Le 26 septembre, le sabotage des gazoducs Nord Stream I & II a définitivement enterré tout espoir allemand de trouver un terrain d’entente avec la Russie, dans le but de reprendre les approvisionnements en gaz.

Cui bono ?

Alors que les médias occidentaux tentent de faire croire à l’opinion publique mondiale que c’est la Russie qui a détruit l’infrastructure gazière, dont elle est en partie propriétaire, se privant ainsi d’un levier de pression sur l’Europe, la Suède, candidate à l’adhésion à l’Otan, s’est abstenue de publier les résultats de l’enquête qu’elle a menée à ce sujet.

Le 1er novembre, Moscou a formellement accusé Londres d’avoir dirigé et coordonné cette forfaiture, sur ordre Washington. « C’est fait », aurait envoyé par sms l’ex-première ministre britannique, Liz Truss, au chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken.

De toute évidence, Berlin n’est pas dupe, non plus, sur l’identité de la partie à qui profite l’explosion des gazoducs sous-marins reliant la Russie à l’Allemagne.

La première économie d’Europe occidentale voit, depuis lors, les faillites d’entreprises s’enchaîner à un rythme phénoménal et certaines de ses industries, en perte de compétitivité en raison des prix élevés de l’énergie, songer à délocaliser leurs activités aux… Etats-Unis !

Cannibalisme

Depuis la fin de la 2ème guerre mondiale, l’Allemagne, qui a toujours été un docile allié des Etats-Unis, est parvenu à s’ériger en géant économique, tout en demeurant un nain sur le plan politique.

Cette situation de vassalité envers les Etats-Unis ne dérangeait pas outre-mesure les élites allemandes, tant que les affaires marchaient bien.

En condamnant l’Allemagne, ainsi qu’une bonne partie de l’Union européenne, à la désindustrialisation, les Etats-Unis ont brisé une illusion : celle d’un bloc occidental dont les membres ne se dévorent pas entre eux.

Le chancelier allemand, Olaf Scholz, s’est donc trouvé confronté à un dilemme.

Soit privilégier les intérêts des Etats-Unis, en sacrifiant l’économie de son pays. Soit oser l’impensable, il y a encore quelques mois, à savoir prendre la décision souveraine de renouer les relations commerciales avec la Russie, afin de sauver le tissu productif allemand.

L’entente des tellurocraties ?

Cette dernière démarche étant actuellement difficile à entreprendre, en raison des livraisons d’armes allemandes à l’Ukraine pour alimenter son effort de guerre contre la Russie, Scholz a été logiquement amené à chercher l’intermédiation du meilleur allié de Moscou.

La perspective d’une entente entre les trois tellurocraties eurasiatiques, la Russie, la Chine et l’Allemagne, est le pire des cauchemars pour les stratèges des thalassocraties anglo-saxonnes, Etats-Unis et Grande-Bretagne.

Le contexte économique actuel n’est pas, non plus, des plus favorables aux puissances anglo-saxonnes, aux économies ultra-financiarisées.

Le pétrodollar est une monnaie en voie de disparition, progressivement remplacée par le gazo-rouble russe et le pétro-yuan chinois.

Le Quincy a coulé

L’Arabie saoudite ne craint plus la colère des Etats-Unis, du fait de l’inaptitude grandissante de cette dernière à respecter sa part du Pacte du Quincy (pétrole saoudien bon marché contre protection américaine). Ryad ambitionne, désormais, à un avenir alternatif au sein des BRICS.

D’autre part, l’inflation galopante, résultat de plus d’une décennie d’assouplissement quantitatif, menace de graves troubles sociopolitiques aux Etats-Unis comme en Europe.

Quant aux capacités militaires, le trou noir ukrainien absorbe goulument les stocks d’armes et de munitions des pays de l’Otan. Ce qui n’empêche pas le rouleau compresseur russe d’écraser, lentement mais sûrement, l’armée de Kiev portée à bout de bras par l’Occident.

Bien entendu, les pays du Grand Sud surveillent de très près ces évolutions géopolitiques. Et c’est là ou la visite de Scholz à Pékin revêt un caractère symbolique de dimension planétaire.

Le Sud attentif

Les fissures qui lézardent, à présent, l’édifice de l’Occident collectif indiquent aux pays du Grand Sud que l’heure de se soustraire à son hégémonie a enfin sonné.

C’est dans ce cadre que l’annonce d’un accord entre Rabat et Moscou sur la construction d’une centrale nucléaire pour le dessalement de l’eau de mer revêt un aspect éminemment géostratégique, que les médias ont peu soulevé.

Le Maroc, un allié de longue date de l’Occident collectif, mais qui songe d’abord au bien être de sa population, s’est bien gardé de s’embarquer à bord du train des sanctions occidentales contre la Russie.

Qui lui a renvoyé l’ascenseur en s’abstenant de voter contre la dernière résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies relative à l’affaire du Sahara.

Arminius ressuscité

De Dakar à Addis-Abeba et de Bamako à Kinshasa, les Africains, lassés des ingérences occidentales dans leurs affaires intérieures et du pillage de leurs ressources naturelles, n’attendent qu’un pays pionnier pour faire le premier pas hors de la zone d’influence d’un Occident d’autant plus dangereux qu’il se sait mourant.

Dans les annales de l’Histoire, le personnage du chancelier allemand, Scholz, pourrait être rapproché de celui d’Arminius (Hermann en allemand), ce chef de guerre germanique qui a annihilé trois légions de Rome, dont il était, auparavant, un fidèle serviteur.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Samedi 5 Novembre 2022

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