Se méfier du tigre blessé


La provocation que constitue pour la Chine la visite de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis à Taïwan ne fait que de fédérer les Chinois autour de leur direction politique.



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Visite controversée de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pélosi, à Taïwan
Visite controversée de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pélosi, à Taïwan
Nancy Pélosi, présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, s’est donc rendu, les 2 août, à Taïwan, malgré les avertissements de Pékin.

Faute d’avoir pu empêcher ce voyage, comme de hauts responsables chinois avaient menacé de le faire, la Chine en a été profondément humiliée.

Les médias occidentaux ont aussitôt moqué le « tigre en papier » que serait en réalité la Chine, sans se rendre compte qu’ils stimulent de la sorte les peurs et démons endormis dans l’inconscient collectif chinois.

Pékin a bel et bien lancé des manœuvres aéronavales à proximité de l’île de Taïwan, mais de l’avis de tous les experts militaires, la marine chinoise n’a pas les moyens d’affronter l’Us Navy, qui garde sur elle une longueur d’avances, en termes de sous-marins entre autres.

Subir et temporiser

La Chine a historiquement été une tellurocratie, c'est-à-dire une puissance militaire terrestre. La décision de la dynastie des Ming de tourner le dos à l’océan, au début du 15ème siècle, fait que les Chinois manquent cruellement d’expérience dans le domaine navale militaire. Un déficit que Pékin veille à combler à grands pas.

En attendant d’être de taille à affronter l’Us Navy au Sud de la Mer de Chine, Pékin est bien obligée de faire profil bas et de continuer à avaler des couleuvres du genre que vient de lui faire ingurgiter Nancy Pélosi.

Mais est-ce vraiment un succès pour les Etats-Unis ? Sur le plan de la communication, c’est en effet, une éclatante victoire. Washington a nargué Pékin, qui n’a pas pu relever l’affront.

Succès virtuel

En termes pratiques, la visite du 2 au 3 août de Nancy Pélosi à Taipeh, n’a strictement aucun impact stratégique sur l’équilibre des forces dans la région.

Elle ne fait que de rendre les tensions géopolitiques dans cette partie du monde encore plus graves.

Il va sans dire que les pays limitrophes de la Mer de Chine, à savoir le Japon, les deux Corées, les micro-Etats insulaires du Pacifique et les pays du Sud-est asiatique, nourrissent de grandes inquiétudes au sujet de la crise entre Pékin et Taipeh, volontairement envenimée par Washington.

Le résultat le plus certain de cette escapade de Nancy Pélosi à Taipeh est d’attiser la colère du peuple chinois, qui n’a jamais avalé les humiliations que lui ont fait subir les puissances coloniales occidentales à la fin du 19ème et jusqu’à la moitié du 20ème siècle.

En lieu et temps choisis

De fait, plus les Chinois feront de reproches à leurs dirigeants pour ne pas voir réussi à empêcher Nancy Pélosi de poser pied à Taïwan, plus ces derniers en seront renforcés dans leur détermination à repousser l’influence américaine de l’autre côté de l’océan Pacifique.

Les stratèges américains, disciples de Carl Von Clausewitz et de son concept de guerre totale, salivent de voir la marine chinoise avances ses pions sur leur échiquier, afin de la mettre en échec.

C’est vite oublier que les stratèges chinois, qui s’inspirent plutôt de Sun Tzu et de son concept de « vaincre sans combattre », évitent autant que possible les grands affrontements avoir d’avoir amené leur ennemi au lieu et au moment qu’ils auront eux-mêmes choisi pour mener bataille.

Dans le traité de stratégie chinois, « les 36 stratagèmes », il est écrit : « jouer l’idiot en conservant son sang froid ». Car, desdits 36 stratagèmes, le meilleur est la fuite, qui vaut toujours mieux que la défaite.

Montée en puissance navale

Et ce en attendant l’occasion propice de priver définitivement Washington de son levier de pression taïwanais. La Chine, 1ère puissance navale et 3ème puissance aérienne mondiale, compte 355 bâtiments de surface et submersibles, selon le département de la défense américain, et devrait porter ce chiffre à 460 à l’horizon 2030.

La marine chinoise dispose, par ailleurs, de trois porte-avions, dont le dernier vient d'être mis à l'eau, et de cinq sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. 

Après avoir testé leurs limites technologiques, tactiques, opérationnelles et stratégiques face à la Russie dans les affrontements terrestres en Ukraine, les Etats-Unis cherchent à sauver la face en remportant une victoire symbolique contre la Chine.

Un fier service rendu à Pékin, en mettant la population au diapason de ses dirigeants.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 3 Août 2022

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