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Sommet Biden-Poutine : la Chine en arrière-plan


Les présidents Joe Biden et Vladimir Poutine ont tenu un sommet très attendu, le 16 juin à Genève. Le contenu de leur discussion n’a pas filtré, mais le ton des médias occidentaux n’est pas à l’euphorie. En arrière-plan, la Chine observe sans se décontenancer.



Sommet Biden-Poutine : "tu laisses tomber les Chinois et on devient copain ?"
Sommet Biden-Poutine : "tu laisses tomber les Chinois et on devient copain ?"
La rencontre au sommet entre les chefs d’Etat américain et russe, Joe Biden et Vladimir Poutine, qui s’est déroulée à Genève le 16 juin, a duré plus de deux heures, mais l’on ne sait pas grand-chose sur ce qui y a été dit.

Le président Biden a insisté sur l’organisation de conférences de presse séparées, au terme de sa réunion avec son homologue russe, ce qui est contraire à la coutume pour ce genre de sommet.

Biden a, en outre, refusé la présence des journalistes russes à la rencontre qu’il a tenu avec la presse pendant quelques 20 minutes.

Le président Poutine, pour sa part, a répondu aux questions des journalistes internationaux pendant 55 minutes.

Il fut une fois l’hyperpuissance

Si le monde peut se rassurer de l’entente entre les Etats-Unis et la Russie sur l’armement nucléaire, dans la perspective du renouvellement de l’accord New Start, il est aussi apparu évident que le sort de la planète ne dépend plus de ces deux seules puissances.

La Chine, dont les Américains cherchent à tout prix de briser l’alliance avec la Russie, est le véritable nouveau challenger sur la scène géopolitique internationale.

Les médias occidentaux sont apparus un peu déçus de la rencontre, dans une atmosphère très détendue, entre Biden et Poutine.

Le président américain a bien tancé la Russie, lors de sa conférence de presse, insistant sur les lignes rouges à ne pas franchir par le Kremlin, sur les cyber-attaques et le sort de l’opposant russe, Alexeï Navalny.
  
Ce n’était, toutefois, pas la ‘mise au pas’ de Poutine par Biden à laquelle s’attendaient les russophobes. Les Républicains n’ont d’ailleurs pas manqué l’occasion de dénoncer un Joe Biden conciliant avec un Poutine qu’il qualifiait pourtant, il n’y a pas encore très longtemps, de ‘tueur’.

Ironie du sort, c’est maintenant au tour de Biden de se faire accuser d’être à la solde des Russes, après que ce soient les Démocrates qui aient collé cette étiquette à Donald Trump lors de son mandat.

L’Ukraine, grande perdante

L’Ukraine ? Le déploiement de force de l’armée russe aux frontières de ce pays candidat à l’adhésion au sein de l’Otan, quelques 100.000 hommes massés en un temps record, a fini par dissuader Washington d’inciter Kiev à tenter de reprendre le Donbass.

Le président Poutine a déclaré que les Etats-Unis s’en tiennent aux accords de Minsk, sachant très bien que les Ukrainiens n’en veulent plus en l’état. La messe est dite.
 
Le président ukrainien Zelensky voit donc sa crédibilité chuter, après avoir mobilisé ses troupes pour reconquérir les régions russophones sécessionnistes.

En attendant l’effondrement de l’économie ukrainienne, quand le gazoduc Nord stream 2 va rendre inutile celui traversant l’Ukraine pour alimenter l’Allemagne en gaz russe.

Il est, d’ailleurs, à noter que l’administration Biden a fini par se montrer plus souple que celle de Trump envers l’installation de ce gazoduc, auquel l’Allemagne n’a nullement renoncé, malgré les multiples pressions dont elle a fait l’objet de la part de Washington.


Le cauchemar eurasiatique

Car si les Etats-Unis veulent à tout prix briser l’alliance entre la Russie et la Chine, perçue comme le principal concurrent géopolitique des Etats-Unis au cours des prochaines décennies, elle tient encore moins à voir l’Allemagne rejoindre l’alliance Chine-Russie.

La constitution d’un bloc continental eurasien a toujours été la hantise des géopoliticiens des thalassocraties anglo-saxonnes, du britannique John Mackinder à l’américain Zbigniew Brzezinski.

C’est avec un certain dépit que certains commentateurs occidentaux ont considérés que la rencontre Biden-Poutine a surtout été utile pour ce dernier.

Inutile de rappeler que la Russie n’est plus la grande puissance que fut l’URSS, malgré ses armes hypersoniques qui calment les ardeurs des faucons de Washington.

La Russie représente moins de la moitié de la population des Etats-Unis et quelque un cinquième de son Pib.
Mais l’alliance de cette réelle puissance militaire à la future première économie mondiale, la Chine, donne des urticaires aux stratèges de Washington.

Diviser pour régner

Ne pouvant venir à bout du duo sino-russe, Washington tente, donc, d’amadouer Moscou en lui faisant reluire une place privilégiée sur la scène politique internationale.

C’est vite oublier que les Russes n’ont jamais avalé de se faire rouler dans la farine par les Américains, qui avaient fait une promesse verbale à Gorbatchev de ne jamais étendre l’Otan jusqu’aux frontières avec la Russie.
La russophobie incurable des médias occidentaux n’améliore pas les choses.

A Washington, la désagréable impression d’incapacité à se faire craindre, ni accordé crédit à ses propos, laisse un amer arrière goût de fin d’empire.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Samedi 19 Juin 2021

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