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Souveraineté IA au Maroc et en Afrique

L’illusion trompeuse des LLM quand l’algorithme vient d’ailleurs


Par Dr Az-Eddine Bennani

Dans le débat actuel sur l’intelligence artificielle, une idée rassurante s’impose progressivement : un pays pourrait atteindre la souveraineté IA en utilisant des modèles de langage de grande taille (LLM) conçus ailleurs, à condition qu’ils soient open source, hébergés localement et adaptés au contexte national. Cette idée est séduisante. Elle est pourtant profondément trompeuse.

La raison est simple, mais rarement explicitée clairement : un algorithme n’est pas un programme. Tant que cette distinction fondamentale n’est pas comprise, toute stratégie de souveraineté IA repose sur un malentendu de fond.

Un algorithme est d’abord une manière de penser un problème. Historiquement, le terme provient du nom du savant Al‑Khwarizmi, qui a introduit une rupture intellectuelle majeure : avant de calculer, avant d’exécuter, avant de coder, il faut structurer le raisonnement. Un algorithme n’est donc pas du code. C’est une logique, une façon de poser les questions, de découper le réel, d’organiser la pensée.



Le programme informatique arrive ensuite.

Il est la traduction technique de cette pensée : un ensemble d’instructions logiques, écrites dans un langage de programmation, permettant à une machine d’exécuter ce raisonnement.

Autrement dit, l’algorithme définit la manière de penser, le programme permet son exécution. Confondre les deux revient à confondre la pensée et son écriture, le raisonnement et sa mécanisation.

Un LLM n’est pas une intelligence autonome. Il ne comprend pas le monde et ne raisonne pas comme un humain. Il applique mécaniquement une manière de penser conçue en amont par ses créateurs, puis traduite en code informatique et entraînée sur des données sélectionnées selon cette logique.

Lorsqu’un pays adopte un LLM conçu ailleurs, il n’adopte pas seulement une technologie performante. Il adopte une manière de poser les problèmes, une hiérarchie implicite des priorités, une vision du monde, une certaine relation à l’économie, au droit, à l’individu et à la société.

Même si le code est open source, même si les serveurs sont installés localement, la manière de penser reste celle d’origine.

Le cas du Maroc, comme celui de nombreux pays d’Afrique, illustre clairement cet enjeu.

Les réalités locales exigent d’autres manières de penser les problèmes. Un LLM conçu dans d’autres contextes peut être utile, mais il pense le monde à partir d’autres cadres, d’autres priorités et d’autres logiques.

La souveraineté IA commence donc bien avant le code. Elle commence dans la capacité d’un pays à formuler ses propres manières de penser, à construire ses propres algorithmes, puis seulement à les traduire en programmes et à les intégrer dans des systèmes au service de sa société.

Un algorithme est une manière de penser. Un programme est la traduction codée de cette pensée. Un LLM traduit en code une pensée conçue ailleurs.
C’est pourquoi, en matière d’intelligence artificielle, la souveraineté appartient à celui qui pense, pas à celui qui exécute.

Par Dr Az-Eddine Bennani



Jeudi 22 Janvier 2026


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