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Sur 2M, Abdeljebbar Rachdi dévoile la stratégie de l’Istiqlal pour les législatives


Rédigé par le Jeudi 10 Septembre 2026

À quelques jours des législatives, la campagne électorale est entrée dans sa dernière ligne droite. Les déclarations se multiplient, les alliances sont scrutées et les passes d’armes entre formations politiques occupent une partie de l’espace médiatique. Dans cette agitation, l’Istiqlal semble avoir fait un choix : éviter autant que possible le bruit de la confrontation pour mettre en avant son programme et les préoccupations quotidiennes des Marocain.es.



Le parti de la Balance veut notamment faire du pouvoir d’achat l’un de ses principaux arguments électoraux. Après cinq années marquées par une inflation persistante, la question est devenue difficile à contourner. Pour l’Istiqlal, les revalorisations salariales accordées aux fonctionnaires ou encore certaines mesures fiscales n’ont pas suffi à compenser la hausse du coût de la vie. Les classes moyennes et les ménages les plus exposés à cette pression économique restent au cœur de son discours.


Le parti entend donc agir sur ce qu’il considère comme l’un des principaux problèmes du marché : les marges et la multiplication des intermédiaires. Sur les produits de première nécessité, l’objectif affiché est de mieux maîtriser les circuits de distribution. Le programme istiqlalien prévoit ainsi la création d’agences régionales chargées du stockage et de la distribution des produits alimentaires destinés aux marchés de gros. Une manière, selon le parti, de limiter les abus des intermédiaires et de reprendre davantage le contrôle sur les prix.


Cette logique se retrouve également dans la question des hydrocarbures. L’Istiqlal ne défend pas un retour pur et simple au système de compensation, estimant que celui-ci ne profite pas nécessairement aux catégories qui en ont le plus besoin. Le parti mise plutôt sur l’encadrement des marges et sur la limitation des superprofits des entreprises pétrolières. Une réponse qu’il présente comme plus directement orientée vers la protection du consommateur.


Le parti n’hésite d’ailleurs pas à employer des mots particulièrement forts pour qualifier cette situation. La « cupidité inflationniste » est devenue l’une des expressions de son discours économique. Derrière cette formule, c’est toute une critique du fonctionnement actuel du marché qui se dessine.

La crise des viandes rouges a constitué, à cet égard, un moment révélateur. L’Istiqlal avait publiquement dénoncé les pratiques des « fraqchiya » et pointé du doigt les grands importateurs, allant jusqu’à mettre en cause leur rôle dans la perturbation du marché. Une prise de position qui avait quelque peu bousculé les équilibres au sein de la majorité gouvernementale, sans toutefois provoquer de véritable rupture.


Une campagne qui évite la confrontation

Cette manière de faire résume assez bien la stratégie que le parti semble avoir adoptée pour cette campagne. Plutôt que de multiplier les attaques contre ses adversaires, l’Istiqlal veut donner l’image d’une formation qui cherche d’abord à parler des problèmes concrets.


Invité sur le plateau de 2M dans l’émission « Heure de vérité », M. Abdeljebbar Rachdi, président du Conseil national du parti, a défendu cette orientation. Selon lui, les querelles politiques et les affrontements entre formations ne servent ni les électeurs ni la qualité du débat démocratique. Les citoyen.nes, estime-t-il, attendent surtout des réponses aux difficultés auxquelles ils sont confrontés.


Le discours est d’autant plus intéressant que l’Istiqlal se trouve lui-même dans une position politique particulière. Le parti souhaite aujourd’hui arriver en tête et aspire à diriger le prochain Exécutif, alors qu’il a participé pendant cinq ans au gouvernement d’Aziz Akhannouch. Il lui faut donc défendre son bilan sans donner le sentiment de renier totalement son passage au sein de la majorité.


Les Istiqlaliens revendiquent d’ailleurs avoir respecté leurs engagements au sein de la majorité jusqu’au bout. Mais cette loyauté n’a pas empêché le parti de faire entendre sa propre voix sur plusieurs dossiers sensibles. C’est cette ligne de crête que le parti semble vouloir conserver : ne pas rompre avec son expérience gouvernementale, tout en affirmant qu’il existe une autre manière de répondre aux difficultés du pays.

M. Rachdi assume cette singularité en rappelant que l’Istiqlal est avant tout un parti porté par une identité et une histoire politiques propres. Le refus de transformer la campagne en duel de personnes s’inscrit, selon lui, dans cette volonté de privilégier les convictions et le projet politique.


Pas question, non plus, de courir derrière les transfuges

Autre sujet qui anime la campagne : les changements de couleur politique. Alors que le « mercato » électoral bat son plein, l’Istiqlal assure ne pas avoir fait de la récupération de personnalités venues d’autres partis une stratégie électorale.


Pour M. Rachdi, rejoindre une autre formation relève en principe de la liberté politique. Le problème se pose davantage lorsque des élus, notamment à l’échelle locale, changent d’étiquette tout en restant liés au mandat obtenu sous les couleurs d’un autre parti. Le responsable istiqlalien considère alors qu’une question d’éthique se pose, en particulier lorsqu’un élu se retrouve à défendre successivement deux formations différentes.


Cette prudence vis-à-vis de la transhumance contraste avec le choix revendiqué de renouveler les candidatures. Le parti affirme que 45 % de ses candidats sont de nouveaux visages. Leur sélection aurait été soumise à un examen portant notamment sur la probité et la conduite des candidats par une commission d’éthique.

Pour l’Istiqlal, le renouvellement ne doit donc pas uniquement se mesurer au nombre de nouveaux noms sur les listes. Il doit également passer par la qualité des profils présentés aux électeurs.


Arriver premiers, mais sans changer de nature

Derrière cette campagne relativement maîtrisée se trouve finalement une ambition beaucoup plus importante : arriver en tête du scrutin. M. Abdeljebbar Rachdi ne s’en cache pas. L’objectif est assumé et s’inscrit dans la dynamique enclenchée depuis le dernier congrès du parti, qui avait reconduit Nizar Baraka à sa tête.


L’Istiqlal veut ainsi transformer son expérience gouvernementale en argument électoral, tout en capitalisant sur les limites qu’il identifie dans l’action de l’Exécutif. Son pari consiste à apparaître à la fois comme un parti expérimenté, capable de gouverner, et comme une formation disposant d’une offre différente sur les questions qui préoccupent directement les ménages.


Famille, pouvoir d’achat, lutte contre la corruption, souveraineté : le parti met en avant plusieurs priorités autour desquelles il entend construire son discours. Le défi sera désormais de convaincre les électeurs que ces engagements peuvent dépasser le stade des promesses électorales.

À l’approche du scrutin, l’Istiqlal semble donc avoir choisi une stratégie assez claire : moins de duel politique, davantage de programme ; moins de polémique, davantage de réponses aux préoccupations sociales. Reste à savoir si cette campagne maîtrisée lui permettra de transformer son ambition affichée en première place dans les urnes.






Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 10 Septembre 2026

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