I. Le grand bazar des coalitions : L'arithmétique contre le projet.
Le Parti de l'Authenticité et de la Modernité (PAM), fort de ses 97 sièges, se heurte au principe de réalité d'un Parlement fragmenté.
La violente fin de non-recevoir opposée par la base militante du PAM à une reconduction de l'alliance avec le Rassemblement National des Indépendants (RNI, 66 sièges) est symptomatique.
Le parti de la colombe, lourdement sanctionné par le vote populaire en raison d'une mandature précédente marquée par les crises inflationnistes, apparaît aujourd'hui comme un partenaire toxique.
Cette exclusion de facto du RNI (non encore définitive) propulserait le Parti de l'Istiqlal (65 sièges) dans une position de faiseur de rois. Nizar Baraka et ses troupes l'ont parfaitement compris, faisant cyniquement monter les enchères pour monnayer leur ralliement au prix fort, tant sur le plan des départements ministériels stratégiques que des concessions programmatiques.
Face à ce blocage, l'hypothèse d'une alliance alternative — une résurrection artificielle de l'ancienne « Koutla » réunissant le PAM, l'Istiqlal, l'USFP et le PPS pour atteindre 207 sièges — relève davantage du bricolage institutionnel que de la convergence idéologique.
Comment harmoniser, en quelques jours, des logiciels économiques si disparates sans sombrer dans le compromis fragile ?
Pendant ce temps, le Parti de la Justice et du Développement (PJD), par la voix d'Abdelilah Benkirane, campe sur un refus catégorique de participer, privant le jeu institutionnel d'une fluidité qui aurait pu débloquer l'équation, tandis que le Mouvement Populaire (MP) attend son heure dans l'antichambre des négociations.
Ce théâtre d'ombres, fait d'annonces, de rétractations et de démonstrations de force, fragilise l'architecture même du futur gouvernement avant même son investiture.
Le déni de réalité : Quand le gâteau ministériel occulte le désarroi social
Où est le projet de société de cette future majorité ? Quelles sont ses réponses immédiates face au chômage endémique qui vide le pays de sa jeunesse et de ses cerveaux ?
La classe politique semble avoir oublié que le silence des 62 % d'abstentionnistes n'était pas une carte blanche, mais un sursis. Les citoyens exigent aujourd'hui des actes forts, et non de simples effets d'annonce ou de promesses sans lendemain.
La reddition des comptes, érigée en principe constitutionnel, reste lettre morte face aux pratiques de concentration anticoncurrentielles qui gangrènent des secteurs stratégiques entiers de notre économie.
Le nouveau gouvernement osera-t-il affronter ces oligopoles ? Aura-t-il le courage politique de faire passer une loi stricte sur les conflits d'intérêts pour assainir un environnement des affaires où certains acteurs sont simultanément régulateurs et opérateurs économiques ? Gouverner aujourd'hui, c'est choisir.
C'est choisir de démanteler les rentes de situation plutôt que de préserver les équilibres des clans. C'est choisir d'imposer une véritable souveraineté économique plutôt que de céder aux lobbys.
Or, la cacophonie actuelle laisse présager la naissance d'un Exécutif ligoté par ses propres contradictions internes, incapable de trancher dans le vif et condamné à la gestion des affaires courantes.
L'épreuve de vérité géopolitique : L'intégrité territoriale exige un front intérieur en acier
À l'heure où le Royaume livre des batailles décisives pour parachever son intégrité territoriale, cette vulnérabilité institutionnelle est une faute stratégique.
La crédibilité du plan d'autonomie pour le Sahara marocain, salué par une part grandissante de la communauté internationale, ne repose pas uniquement sur nos victoires diplomatiques.
Elle exige, pour sa pleine implémentation, la démonstration d'un modèle d'État fort, démocratique, capable d'intégrer économiquement ses territoires et d'offrir une gouvernance irréprochable.
Comment convaincre le monde de notre capacité à gérer une autonomie régionale ambitieuse si nous trébuchons sur la formation d'une simple coalition gouvernementale ?
Par ailleurs, dans un contexte géopolitique sous haute tension, marqué par les manœuvres hostiles du régime algérien et par les appétits des grandes puissances qui n'hésitent pas à instrumentaliser les tensions régionales pour asseoir leurs intérêts économiques, le Maroc a un besoin impérieux de cohésion.
L'autonomie stratégique de notre pays face à ces ingérences dépend directement de la solidité de ses institutions. Un gouvernement fragile, tiraillé par l'opportunisme partisan de ses composantes, devient une proie facile pour les pressions extérieures.
La diplomatie royale, aussi brillante soit-elle, requiert un Exécutif fort — conformément au mandat confié par le Souverain à la cheffe du gouvernement — pour transformer les percées géostratégiques en acquis durables.
Le rendez-vous du 9 octobre : La boussole institutionnelle
Alors que les états-majors s’épuisent dans une arithmétique de couloirs, ce rendez-vous constitutionnel n'est pas une simple formalité protocolaire ; il constitue le véritable baromètre de la Nation, fixant le cap stratégique loin des contingences électorales.
Le Discours Royal viendra rappeler l’urgence des défis structurels qui engagent l'avenir du pays : l'accélération des réformes de fond, la consolidation de l'État social, l'édification de nos souverainetés nationales et, au sommet de ces priorités, la mobilisation infaillible pour le parachèvement de notre intégrité territoriale face aux enjeux géopolitiques décisifs du dossier du Sahara.
Pour la Cheffe du gouvernement et ses alliés potentiels, l'échéance de ce vendredi devra sonner la fin de la récréation politique. Le nouvel Exécutif, s’il est constitué, ne pourra se présenter devant la représentation nationale et le Souverain avec pour seul argument un compromis de façade ou une laborieuse répartition de portefeuilles.
Il devra d'ores et déjà prouver sa capacité à s'ériger en véritable cabinet de mission, apte à traduire les Hautes Orientations en politiques publiques exécutables.
Ce moment de vérité exige une classe politique à la hauteur des enjeux, capable de transcender ses agendas étriqués pour se hisser, enfin, au niveau de l'ambition royale.
Le temps des tactiques électorales et des slogans est révolu
Le prochain Exécutif n'a ni le droit à l'erreur, ni le luxe d'une courbe d'apprentissage prolongée.
Il a le devoir impérieux de s'extraire de la médiocrité et la mécanique stérile des marchandages partisans pour porter une vision audacieuse, seule capable de s'attaquer au mur de l'inflation, de restaurer l'équité concurrentielle et de consolider notre cohésion sociale et économique.
Ce sursaut exige un changement de paradigme total dans la fabrique des politiques publiques. Les acteurs partisans doivent admettre que la seule distribution des portefeuilles ne saurait tenir lieu de projet de société.
Il est vital de réhabiliter le débat d'idées, d'associer l'ingénierie académique à la prise de décision et d'instaurer, enfin, une culture de l'évaluation et de l’ingénierie de l'impact réel. Si l'action politique se réduit à une simple arithmétique de préservation des équilibres d'appareils, c'est la résilience même de l'État face aux chocs exogènes et aux attentes citoyennes qui s'en trouvera durablement fragilisée.
Le gouvernement El Mansouri doit s'élever au rang d'un cabinet de transformation, armé du référentiel du Nouveau Modèle de Développement, ou s'enliser dans les sables mouvants d'une majorité de circonstance.
Pour reconquérir la confiance d'un corps électoral dont le silence vaut sommation, l'habileté tactique ne suffira pas. Les Marocains n'attendent plus de promesses, ils exigent une redevabilité tangible.
L'heure n'est décidément plus aux calculs d'appareils ; l'heure est à la sauvegarde absolue des intérêts supérieurs de la Nation. — non plus au travers de slogans partisans, mais à l'épreuve des faits.












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