La réception radiophonique qui se jouait des frontières atteignait ses limites avec les ondes qui étaient longues, moyennes et courtes, avant l’arrivée de la FM qui a favorisé la création des radios de quartiers, privilégiant l’information locale et de proximité.
L’informatique par ses codes et ses algorithmes, le média internet par une présence universelle, qu’il n’est plus besoin d’aller chercher dans une librairie ou une bibliothèque pour le livre, dans un kiosque pour la presse écrite, à la maison, dans son salon, pour la télévision, se jouent de l’espace et du temps.
La culture et l’information ne se transmettent plus avec le média internet, comme dans la tradition écrite et audiovisuelle, elle se génère avec l’Intelligence Artificielle Générative.
La Cancel Culture peut être considérée, à ce titre, comme la métaphore aboutie de ce qui est en train de se produire, à une échelle difficile à mesurer avec l’intelligence artificielle, générative.
Une tyrannie comparable qui fait disparaître la mémoire historique et patrimoniale de l’humanité à laquelle elle substitue une mémoire numérique qu’il sera de plus en plus difficile à mettre en rapport avec une quelconque réalité, sinon avec une réalité alternative et la post vérité, en somme avec un mensonge assumé.
Gommer ou adapter, quelle différence ?
Le ministère des Antiquités égyptien apportera, dans sa réation, cette précision « Cléopâtre avait la peau blanche et des traits hellénistiques » !
Entre gommer (cancel culture) ou adapter (sensitive reading), le choix est entre la peste et le choléra quand le corps du patrimoine culturel de l’humanité ne subit pas, en même temps, ce double assaut, un patrimoine qui se transmet traditionnellement en l’état et non modifié..
Le caractère impersonnel des œuvres avec le sensitive reading et la cancel culture a précédé les œuvres de l’intelligence artificielle générative avec son miroir déformant à l’image de cette réécriture de Charly et la chocolaterie où le qualificatif « gros » qui renvoie à la corpulence de l’un des personnages du livre est remplacé par « immense » dont le sens est polysémique : il peut qualifier aussi bien la corpulence que la taille… ou même l’esprit et son intelligence, sans oublier, comme autre exemple, la superficie d’un territoire !
Avec les algorithmes de l’Intelligence Artificielle Générative, rien ne se transmet mais tout s’invente, pourrait-on dire, la nouveauté remplace la pérennité des œuvres culturelles qui constituent le patrimoine de l’humanité.
Que vaudra l’épigonisme à l’avenir ?
C’en est-il pourtant fini des Maîtres à penser ?
Le choix est entre la culture des amphis qui s’inscrit dans le respect des normes sans se figer, la recherche en étant une sorte de moteur qui la propulse aussi bien dans la continuité que dans les ruptures, et la culture des réseaux sociaux qui s’inscrit dans le présentisme, « Attaché court au piquet de l’instant », selon l’expression de Nietzsche.
Le présentisme, c’est « la civilisation du poisson rouge » de Bruno Patino, président de la chaîne Arte, qui fait constater que son attention dure 8 secondes alors que celle liée à internet, aux réseaux sociaux, plus généralement à l’écran, est de 9 secondes !
Dans l’absolu, il est clair que le verbe « voir » des écrans s’est substitué au verbe « lire » de l’écriture et regarder de l’image ou écouter du son.
Umberto Eco qui a écrit « La télévision a promu l'idiot du village, auquel le spectateur se sentait supérieur. Le drame d'Internet, c'est qu'il est en train de faire de l'idiot du village un porteur de vérité. ».
L’auteur de « Numéro zéro » fera aussi remarquer qu’« Internet a repris le flambeau du mauvais journalisme ». J’y reviendrai…La solution pour Umberto Eco est de « filtrer avec l'aide d'une équipe de spécialistes les informations circulant sur Internet, puisqu'aujourd'hui personne n'arrive à savoir si un site est fiable ou non. ».
Tâche immense si l’on se réfère à la loi de Brandolini ou le principe d'asymétrie des baratins est l’aphorisme selon lequel « la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter des sottises est supérieure d'un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire ».
Les réseaux sociaux sont devenus ce 3ème lieu, autrement plus fréquentés que les cafés, ces 3ème lieux traditionnels ouverts à tout un chacun et qui n’entraînent aucune obligation de l’un vers l’autre, comme les définit Ray Oldenburg qui en est le principal théoricien sous l’appellation de The Third Place.
Ces communautés favorisent ce que Durkheim qualifiait de « conformisme logique », cette propension à dire ce qu’il convient de dire et non ce que l’on voudrait dire.
Dans cette fabrique du consentement, au sens de Chomsky, la dissidence de l’esprit critique s’efface, cède devant la réalité et prend sa place de commensal à la table de la perception.
Le journalisme comme lieu de résistance
Le Figaro, par exemple, a pris un engagement « Aucun article ou visuel généré par une intelligence artificielle ne sera publié par Le Figaro, qui entend, avec cette charte, renforcer sa relation de confiance avec ses lecteurs. ».
Voxeurop, fondée par des journalistes européen et gérée par une coopérative européenne de presse, s’engage « à ne pas utiliser d'images générées par l'IA, sauf si l'image elle-même fait l'objet d'un article…
Membre fondateur du Projet Origin dont la vocation est d’établir des normes de provenance et un processus d'authentification des médias originaux, CBC qui appartient à Radio Canada, a intégré des outils de l’intelligence artificielle et s’engage à relever le défi de celle-ci et assure « vous n’aurez jamais à vous demander si un reportage, une photo, un audio ou une vidéo de CBC News est réel ou généré par l’IA ».
Il est même question de créer un label universel de certification de l’information… sans intelligence artificielle.
Dans les grands médias, l’IA n’a pas fait oublier que la rédaction n’est pas le journalisme à proprement parler dont la raison d’être est la recherche des faits, la rédaction pouvant seulement les rapporter, les mettre en forme … et non les créer ! L’activité d’information numérique qui se construit sur l’absence de traçabilité de celle-ci vit une sorte d’âge d’or mais pour combien de temps encore ?
La BBC a demandé à Apple la suppression de la fonctionnalité d’Intelligence Artificielle générative de résumer des articles de presse.
La BBC n’est pas une victime isolée de la fonctionnalité d’Apple, The New York Times dont 3 articles furent réunis en une seule notification avec ce titre erroné « Netanyahu arrêté » a dénoncé le fait. Au nom du principe que « le public ne doit pas être placé dans une position où il doit remettre en question l’exactitude des informations qu’il reçoit ».
Au Maroc, l’Intelligence Artificielle Générative travaille dans la clandestinité dans la presse quotidienne où elle est introduite par les jeunes dans des rédactions insuffisamment encadrées. C’est un témoignage personnel et vécu à l’Opinion entre 2019 et 2022…
Des hebdos, comme Tel Quel et Maroc Hebdo, ou un quotidien comme l’Economiste, ne semblent pas s’y aventurer. A ces titres, il est possible d’ajouter Médias24, Le Desk et Quid, nés sur internet à l’initiative de Nasreddine El Afrite, Ali Amar et Naïm Kamal qui viennent de la presse écrite, avec des décennies d’expérience.
Médias 24 a créé son propre chatbot basé sur chatGpt, un chatbot qui permet d’explorer (un) document de façon résumée ou sélective, en fonction de l’intérêt de chaque lecteur ».
Dans la presse électronique, l’ODJ.ma qui ne se serait pas développé sans l’Intelligence Artificielle Générative du texte, de l’image et du son, est un cas d’école qui mérite une étude en soi.
Ce projet qui appartient au groupe de presse du parti de l’Istiqlal a été lancé, cela ne s’invente pas, par un informaticien de formation et de profession qui aurait mis au point ses propres applications d’Intelligence Artificielle Générative, avec sa constellation d’agents qu’il n’appelle pas « intelligence artificielle agentique » mais « intelligence agencielle » !
Dans un échange et à la question « En quoi ce terme est-il plus pertinent que L'Intelligence Artificielle Agentique ? Pourquoi avoir supprimé "Artificielle" entre l'Intelligence et Agencielle? », Adnane Benchekroun, le fondateur et directeur de l’Odj Média, me dira « je vais te faire une réponse poétique, c’est juste une préférence phonétique »…
Le journalisme est dans les faits, la mise en contexte et l’analyse, non dans la préférence…
A l’Odj média, il ne s’agit pas d’écrire des articles, générer des images seulement, il s’agit également d’écrire des livres (au moins 1 par semaine), des essais sur diverses problématiques, des poèmes… en attendant, peut être des films et des web séries, non pas pour la postérité, car il ne s’agit pas de transmettre mais de faire consommer dans une logique de l’économie de l’attention qui est celle de la civilisation du poisson rouge, sans mémoire et sans avenir.
A l’observation, le lecteur pourra constater que si dans le journalisme, la production moyenne est d’un à deux articles par semaine, avec l’Intelligence Artificielle Générative, c’est une production de masse où il est même demandé une production quotidienne de 6 articles en moyenne ...
Ce qui n’est pas de l’ordre de l’impossible car les mots ne sont pas aussi rares que les faits et, matériellement parlant, ce n’est pas le journaliste qui rédige mais une application d’intelligence artificielle générative !
Dans le journalisme, l’Intelligence Artificielle Générative est juste capable de produire des articles qui ne répondent nullement au principe cardinal du journalisme : produire une information nouvelle, en somme de la connaissance, réaliser des interviews, recueillir des témoignages, faire des recoupements pour valider des sources, mener des enquêtes qui se nourrissent de la réalité et non des contenus de documents disparates que l’on trouve sur internet comme on en trouvait dans les bibliothèques et autres centres de documentation.
Et bien entendu, les imposteurs du clavier vous diront pourquoi chercher à rapporter des faits avant d’écrire quand toute application d’Intelligence Artificielle Générative peut rédiger à votre place, ajoutant sur « instruction » comme pour faire taire sa conscience, sans même manipuler les touches du clavier. Un professeur d’université qui dirige une thèse donne également des instructions, propose l’hypothèse de recherches, fait des recommandations, peut-être amené à en reformuler des pans, modestes ou significatifs… mais il n’est pas autorisé à signer la thèse finale, car la signer, c’est s’en approprier.
Une autre curiosité avec les utilisateurs des applications de l’Intelligence Artificielle Générative est qu’il ne divulgue pas le nom de l’application utilisée : Grok, Claude, ChatGpt, Gémini, Meta Ai, Perplexity, DeepSeek… Ce fait mérite d’être signalé car le résultat obtenu dépend de l'application utilisée, chacune d’elle étant dans une logique d’encyclopédie personnelle, au sens d’Umberto Eco.
Le secret industriel réduit également la communication, le partage de la recherche entre les entreprises technologiques, faisant également de sorte à ce que chaque entreprise évolue dans une bulle, travaille dans le secret dans un esprit de concurrence et non dans la complémentarité.
Dans l’édition tout n’est pas roman ou poésie comme dans le journalisme tout n’est pas article d’information, éditorial ou reportage !
La confusion est dans l’autoédition et le compte d’auteur, comme elle est courante dans les blogs et la presse citoyenne, des expressions individuelles qui s’autorisent d’elles-mêmes car sans circuit de validation ni filiation professionnelle ou intellectuelle.
Anthropic s’est même inquiété de la tendance avérée à la flagornerie des applications de l’intelligence artificielle générative qui présente le parfait imbécile sous les traits du génie !
L’impartialité, la leçon encyclopédique
Grokipédia, première encyclopédie de l’intelligence artificielle, échapperait-elle à cette malédiction de l’hallucination qui pèse sur les applications de l’Intelligence Artificielle Générative ?
Le doute est permis. Grokipédia qui se dit « 100% IA » srmble avoir du mal à satisfaire aux critères de D’Alembert qui, avec Diderot, rédigea, la première encyclopédie impartiale et à l’écart des préjugés. Grokipédia est-il dénoncé se fait le vecteur actif d’une forme de « désinformation du savoir » dans laquelle la finalité n’est pas la connaissance mais la croyance.
En somme, Grokipédia s’adresse au « cerveau idéologique » qui désigne, selon Leor Zmigrod, spécialiste en neuroscience politique, « un esprit qui s’attache à une idéologie de manière si profonde qu’il en est transformé.».
L’algorithme est comparable au conteur des places publiques : il change de ton et de biais quand il voit l’attention de son auditoire baisser ! Dans cette perspective, Rachid Guerraoui a même comparé chatGpt au conteur de Jamaa Lfnaa !
Une résistance a pris forme parmi les chercheurs sous le leitmotiv « In Grokipedia we don’t trust » qui n’est que l’expression particulière dans un état d’esprit général qui montre que plus on utilise l’IA moins on a confiance en celle-ci.
L’humeur n’est plus à l’euphorie, mais à la circonspection : la curiosité pour l’IA ne disparait pas, mais l’exigence envers ses résultats devient plus prégnante.
Cette parenthèse fermée, l’IA qui fabrique des contenus, invente des livres, des articles, des auteurs et même des citations, s’affranchit des limites de l’esprit humain, peut transformer la nature à sa guise et affirmer, par exemple, que « Si tous les chats sont des animaux, alors tous les animaux sont des chats ».
Question simple et qui ne s’oppose pas aux progrès du journalisme ou de la recherche et moins encore de l’intelligence artificielle : le fait d’appeler un chat « chien » fera-t-il disparaître le chat et ses miaulements deviendront-ils aboiements ? Une voiture, un avion la fera-il voler ? Un train, un bateau le fera-t-il naviguer sur l’eau ?
A défaut de restituer la réalité, l’IA l’imagine, loin de sa matérialité. Ce fait n’est pas propre à une application particulière de l’Intelligence Artificielle mais est largement partagé par les diverses applications de l’IA qui inventent la réalité plus qu’ils ne la reproduisent !
Du balai enchanté à l’intelligence artificielle générative
Cette idée de robot domestique (intellectuel avec l’intelligence artificielle générative) remonterait à Lucien de Samosate (120-180), avec le balai (déjà !) ou le pilon de « Les Amis du mensonge ou L'incrédule : « Cet esclave, d’un genre très particulier, puisait l’eau, préparait les repas, faisait le ménage et nous servait avec un soin extrême ».
Le génie de la lampe d’Aladin est à une autre échelle qui construit des palais, les déplace dans l’espace, prépare un repas de noce princier, fait surgir des trésors qui éblouissent le roi lui-même.
Comment enfin ne pas se rappeler le pouvoir de la formule magique d’Ali Baba qui met à sa disposition des trésors infinis sans qu’il ait même à lever le petit doigt ?
Le génie qui pourvoie à tout semble être une sorte de modèle merveilleux des génies de l’informatique qui ont conçu l’Intelligence Artificielle Générative pour penser, créer à la place des essayistes, écrivains, plasticiens, photographes… et autres usagers qui finissent par se convaincre que le résultat n’est pas à la hauteur de la magie qui a émerveillé et fait rêver, essayant ainsi d’aller toujours plus loin dans les exploits de l’informatique, en général, de l’Intelligence Artificielle Générative, en particulier.
L’intelligence artificielle n’est pas sans rappeler le « turc mécanique », un automate joueur d’échec capable de jouer contre l’homme, qui se révéla être une mystification, une imposture, construite en 1770, déjà.
Le phénomène est tel que la Wharton School s’interroge « La question n’est plus de savoir si l’IA peut penser pour nous, il s’agit de savoir si nous serons encore capables de penser par nous-mêmes ».
Avec le génie d’Aladin, l’humanité n’a pas désappris la cuisine et moins encore la construction, qu’en sera-t-il avec les applications agentiques de l’IA qui entend développer l’autonomie de celle-ci, le meilleur étant à venir avec une IA qui comprend le monde physique, le monde réel… et qui ne s’appuie pas uniquement sur le langage.
La révolution qui s’amorce est celle des modèles du monde, une sorte de nouvelle frontière de l’IA, pour aller au-delà des limites des grands modèles de langage (LLM). Les « world models », ou « modèles du monde » simulent le monde physique pour créer une « superintelligence » qui n’égalerait pas le cerveau humain… mais le surpasserait. Au-delà de prédire le mot suivant des LLM, selon les lois de la grammaire générative postulée par Chomsky, il s’agira de prédire, en somme d’anticiper, les conséquences d'une action avec les world models qui s’entrainent non plus seulement sur les mots mais ajoutent des images, sons et vidéos pour une intelligence spatiale de l’environnement qui soit une stricte réplique de la réalité physique du monde.
La logique est que le sujet humain n’apprend pas seulement par le langage mais également par l’expérience du monde physique. Le mot flamme d’une bougie n’a jamais brûlé le doigt d’un enfant, la flamme d’une bougie peut le faire !
Humain ou algorithme, le choix scolaire
Pour mieux lutter contre les ravages de l’IA à l’université, l’écriture manuscrite fait son retour et s’avère plus adaptée que les détecteurs d’IA pour traquer le plagiat et l’appropriation de travaux générés par l’Intelligence artificielle, comme elle favorise l’esprit critique, la rigueur pour expliquer et justifier un raisonnement.
Ce phénomène qui fait de l’université une « école fantôme », touche le droit où des jurisprudences sont inventées en une sorte de droit fantôme comme l’expertise des cabinets spécialisés qui conseillent les gouvernements. Le cas de Deloitte en Australie est emblématique où le gouvernement a exigé le remboursement des sommes versées pour une mission conseil dont la copie s’est révélée être une simple copie de documents en circulation.
La Suède, autrefois pionnière du numérique à l'école, a fait marche arrière depuis 2023-2024, pour contrer la baisse des niveaux en lecture, constatant que l'usage excessif des tablettes avait des effets négatifs sur les apprentissages fondamentaux.
Les Etats Unis tentent de rétablir, par exemple, dans l’enseignement primaire l’écriture manuelle.
Le tout numérique à l’école primaire est en plein désenchantement et les « cobayes numériques », comme le Danemark, par exemple, accusent les écrans de la baisse du niveau scolaire
La protection passe par la réglementation
C’est une autre façon de dire la responsabilité des Etats qui ont le pouvoir régalien de la réglementation et le devoir de protection des populations du danger cognitif qui devient une réalité difficile à nier.
Dans le monde entier, internet évolue dans un no mans land juridique, des tentatives de régulation, au nom de la souveraineté nationale, se font jour mais restent limitées dans leur effet sur ce média et les produits des entreprises technologiques à usage civil et de masse. Ces efforts de réglementation se passent dans la périphérie et non au cœur même des pays à la source de ces technologies, dont les Etats-Unis qui restent réfractaires à la réglementation au nom du sacro-saint libéralisme économique et de la liberté d’entreprendre.
IA qui devient intrusive sur les applications de traitement de texte comme, par exemple, Copilot avec Word de Microsoft, qui peuvent ainsi interférer sur le mode de penser humain même dans la rédaction et outrepassent la fonction première qui est la leur : la saisie !
Les moteurs de recherche qui se transforment en moteurs de réponse sont également pleinement engagés dans cette dynamique de l’intégration de l’IA, rendant celle-ci plus accessible et condamnant, à terme, le marché des applications autonomes.
L’ère de l’IA est celle de la simulation, au sens de Jean Baudrillard, qui s’ouvre par une liquidation des référentiels. Le réel se voit remplacé par des signes du réel. La critique littéraire n’analyse plus : elle fait semblant. Ses outils ne sont plus des concepts mais de simples mots, des signifiants sans référents, au sens du triangle de Saussure.
« Le simulacre n’est jamais ce qui cache la vérité – c’est la vérité qui cache qu’il n’y en a pas. Le simulacre est vrai. », ainsi que l’affirmait L’Ecclésiaste (Celui qui s’adresse à la foule-une foule anonyme sur la place publique comme sur Facebook). Baudelaire n’a-t-il pas dit que « La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu'il n'existe pas ! ».
Pour Don Quichotte comme pour l’IA, le réel n’a pas eu lieu
Le Rik’s Café créé en 2004 à Casablanca, la ville qui a donné son titre au film du même nom, reste la copie d’un lieu qui n’a jamais existé… sinon comme décor dans les studios de cinéma de Hollywood. Le film est célèbre également pour une phrase qui n’y aurait jamais été prononcée, « Play it again, Sam ! » Sauf qu’elle ne le dit à aucun moment du film.
La reproduction du lieu n’est pas conforme à la réalité et n’a de valeur historique que par le nom : le Rik’s Café de la réalité sert à manger alors que dans le Rik’s Café du film, on y boit et danse seulement.
Une phrase prêtée à Albert Camus mais qu’il n’avait jamais prononcée, selon toute vraisemblance, Il s’agit de la fameuse phrase « entre la justice et ma mère, je choisis ma mère ».
Il aurait, en réalité, déclaré : « En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ses tramways. Si c’est cela, la justice, je préfère ma mère. ».
Dans ce « réel qui n’a pas eu lieu », comment ne pas citer le Mig 28 de Rachid Boudjedra dans Timimoun, un modèle d’avion qui n’a jamais été développé et ne figure nulle part sur le catalogue du fabricant soviétique des avions de chasse Mig, hier sous l’empire soviétique, aujourd’hui dans la nouvelle Russie ?
Rachid Boudjedra n’est pas un spécialiste des avions de chasse mais comment a-t-il été amené à ce « réel qui n’a pas eu lieu » ? La réponse semble être dans Top Gun, ce film à la gloire des pilotes de la Navy dans lequel furent relevées plusieurs erreurs factuelles : à commencer par le Mig 28 dans la bouche de l’instructrice au sol, Charly, attachée tactique au Pentagone, qui déclare aux élèves que cet avion « ne peut prendre de G négatif »… et pour cause, il n’existe pas dans la réalité.
Dans le film, c’est un F5 « déguisé » qui en joue le rôle. Rachid Boudjedra n’a ni vu ni lu sur le Mig 28 (comment peut-il voir ou lire sur un avion qui n’a pas d’existence ?), mais il est raisonnable de supposer qu’il a dû voir le film.
Un détail enfin : les différentes versions du Mig portent des chiffres impairs, sauf celui de Timimoun, depuis au moins le Mig 15 de la guerre de Corée dans les Années 50 jusqu’à sa plus récente version de chasseur de dernière génération, le Mig 41, entré en production en 2021 !
Le nom du car que le narrateur conduit à travers le désert s’appelle Extravagance… le roman Timimoun n’en manque pas… l’IAG non plus
Un dernier exemple enfin pour illustrer ce passage de la fiction à la réalité sans pour autant la faire exister, sinon virtuellement : Le ministère américain de l'Agriculture a fait figurer momentanément le Wakanda, aux côtés de pays comme la Corée du Sud, le Pérou et le Maroc.
Le Wakanda est tout simplement un pays qui n’est pas encore advenu pour aller au-devant des vœux des lecteurs de comics qui voudraient bien le voir surgir précisément en Afrique. Ce pays n’existe que dans l’univers des comics et des films Marvel.
Le Wakanda apparaissait dans la liste de pays avec des données précises et le ministère américain de l’agriculture donnera cette justification pour expliquer l’imaginaire Wakanda dans la liste de pays bien réels : « Le personnel qui s'occupe du simulateur de taxes a fait des tests pour s'assurer qu'il fonctionnait correctement. Le Wakanda aurait dû être retiré de la liste après le test. Il n'est maintenant plus en ligne ».
Il n’est peut-être plus en ligne, mais le Wakanda partenaire économique des Etats-Unis restera dans les esprits comme un exemple de réalité qui n’a pas eu lieu !












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