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Transport scolaire, université de proximité : L’autre face de l’égalité des chances


Rédigé par La Rédaction le Jeudi 4 Juin 2026




Lorsqu’on évoque l’égalité des chances dans l’éducation, le débat se concentre généralement sur les programmes scolaires, la qualité des enseignants, les infrastructures ou encore les méthodes pédagogiques. Ces dimensions sont évidemment essentielles.
 
Mais elles ne racontent qu’une partie de l’histoire.
 
Car avant même d’entrer dans une salle de classe, des milliers d’élèves marocains doivent déjà surmonter un obstacle souvent sous-estimé : la distance.
 
La distance entre leur domicile et leur établissement.
 
La distance entre leur village et leur lycée.
 
La distance entre leur province et l’université la plus proche.
 
Cette réalité géographique continue de peser lourdement sur les parcours éducatifs et contribue à creuser des inégalités parfois invisibles dans les statistiques nationales.
 
Le drame survenu récemment dans la région d’Oulmès, où un véhicule de transport clandestin transportant des élèves a été impliqué dans un accident tragique, a brutalement rappelé cette réalité. Derrière ce fait divers se cache un problème structurel : l’accès à l’éducation ne dépend pas uniquement de l’existence d’une école, mais aussi de la capacité à s’y rendre dans des conditions sûres et dignes.
 
Dans plusieurs zones rurales du Royaume, le transport scolaire demeure un défi quotidien.
 
Certains élèves parcourent plusieurs kilomètres à pied. D’autres dépendent de moyens de transport précaires ou irréguliers. Pour de nombreuses familles, envoyer un enfant au collège ou au lycée représente un coût financier supplémentaire parfois difficile à supporter.
 
Ces contraintes ont des conséquences directes sur la réussite scolaire.
 
L’absentéisme augmente.
 
La fatigue s’accumule.
 
Le risque de décrochage s’accroît.
 
Et ce sont souvent les jeunes filles qui en subissent les effets les plus lourds.
 
Dans certaines situations, la question du transport devient même un facteur déterminant dans la poursuite ou non des études.
 
Le paradoxe est frappant.
 
Sur le papier, l’école est gratuite.
 
Dans la réalité, le coût d’accès à l’école peut être élevé.
 
Transport, hébergement, restauration, fournitures, connexion Internet, soutien scolaire : autant de dépenses qui pèsent sur les ménages et créent des écarts entre les élèves.
 
Ces inégalités deviennent encore plus visibles au moment de l’accès à l’enseignement supérieur.
 
Pour un étudiant vivant à Rabat, Casablanca, Fès, Marrakech ou Tanger, l’offre universitaire est relativement accessible.
 
Pour un jeune originaire d’une province éloignée, la situation est différente.
 
Poursuivre des études implique souvent un déménagement, la location d’un logement, des frais de transport récurrents et une autonomie financière difficile à assumer.
 
De nombreuses familles se retrouvent confrontées à un dilemme douloureux : soutenir des études coûteuses ou renoncer à certaines ambitions académiques.
 
Cette situation explique en partie pourquoi certaines régions continuent d’enregistrer des taux de poursuite d’études inférieurs à la moyenne nationale.
 
Elle contribue également à alimenter les migrations internes des jeunes vers les grands centres urbains.
 
Or cette concentration produit elle-même de nouveaux déséquilibres.
 
Les universités des grandes villes doivent absorber des effectifs croissants.
 
Les infrastructures étudiantes se retrouvent sous pression.
 
Les coûts du logement augmentent.
 
Et certaines régions continuent de perdre une partie de leurs talents les plus prometteurs.
 
C’est dans ce contexte que la question des universités de proximité prend tout son sens.
 
L’idée n’est pas de reproduire partout les mêmes établissements.
 
Il s’agit plutôt de construire un réseau équilibré de pôles universitaires régionaux capables de répondre aux besoins spécifiques de chaque territoire.
 
Une région à vocation agricole pourrait développer davantage de formations liées à l’agriculture durable, à l’eau ou à l’agro-industrie.
 
Une région industrielle pourrait renforcer les filières techniques et technologiques.
 
Une région touristique pourrait investir davantage dans les métiers de l’hôtellerie, de la culture et du patrimoine.
 
Cette logique permettrait non seulement de rapprocher l’université des étudiants, mais aussi de mieux connecter la formation aux réalités économiques locales.
 
Le développement territorial et l’enseignement supérieur gagneraient ainsi à avancer ensemble.
 
L’enjeu dépasse d’ailleurs la seule question universitaire.
 
Il concerne l’ensemble de la chaîne éducative.
 
Une véritable égalité des chances suppose que chaque enfant, où qu’il vive, puisse accéder à une école de qualité, à un transport sécurisé, à des infrastructures adaptées et à des perspectives de poursuite d’études crédibles.
 
Cette ambition nécessite des investissements.
 
Mais elle exige surtout une nouvelle manière de penser les politiques éducatives.
 
Pendant longtemps, l’éducation a été abordée principalement sous l’angle pédagogique.
 
Aujourd’hui, elle doit également être pensée sous l’angle territorial.
 
Car un excellent programme scolaire ne produit pas les mêmes résultats lorsqu’un élève met dix minutes ou deux heures pour rejoindre son établissement.
 
Un diplôme n’a pas la même valeur sociale lorsqu’il est facilement accessible ou lorsqu’il exige des sacrifices financiers considérables.
 
L’égalité des chances ne se résume donc pas à l’égalité des programmes.
 
Elle suppose aussi une égalité d’accès aux opportunités.
 
Le Maroc a réalisé des avancées remarquables dans la généralisation de l’enseignement.
 
La prochaine étape consiste probablement à réduire les inégalités géographiques qui continuent de freiner certains parcours.
 
Le transport scolaire, les internats, les cités universitaires, les bourses, les campus régionaux et les infrastructures numériques doivent désormais être considérés comme des composantes à part entière de la politique éducative.
 
Car la réussite scolaire commence souvent bien avant la salle de classe.
 
Elle commence sur la route qui y mène.
 
Et dans un pays qui aspire à renforcer son capital humain, aucune distance ne devrait empêcher un élève talentueux de réaliser son potentiel.
 
L’égalité des chances ne se joue pas seulement dans les examens.
 
Elle se joue aussi dans les kilomètres qui séparent un jeune de son avenir.
 





Jeudi 4 Juin 2026

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