Ce déplacement du centre de gravité de l’intelligence, du cloud vers le terrain, n’est pas anodin.
Dans l’atelier du Maâlam, le savoir ne se transmet pas à distance. Il s’incarne dans le geste, dans l’observation, dans la capacité à ajuster en temps réel. L’intelligence y est située, contextualisée, frugale.
Elle s’adapte aux contraintes de la matière, du client, de l’environnement. Elle ne cherche pas à maximiser la puissance, mais à optimiser le résultat. L’edge AI s’inscrit dans cette logique.
En rapprochant le traitement des données des usages, elle réduit les délais de réponse, améliore la confidentialité et permet une meilleure adéquation aux réalités locales. Elle rompt avec une vision extractive de la donnée, où tout remonte vers des plateformes lointaines, pour proposer une intelligence distribuée, ancrée dans les territoires.
Ce mouvement est particulièrement stratégique pour des pays comme le Maroc.
La souveraineté numérique devient alors un objectif difficile à atteindre. L’edge AI offre une alternative.
En permettant de traiter les données localement, elle renforce la maîtrise des informations sensibles, limite les transferts inutiles et ouvre la voie à une souveraineté cognitive, où la connaissance produite reste au service des acteurs locaux. Mais cette approche impose aussi une discipline.
Les ressources disponibles en périphérie sont limitées : moins de puissance de calcul, moins de mémoire, moins d’énergie. Il ne s’agit plus de faire toujours plus, mais de faire mieux avec moins.
C’est ici que la notion d’intelligence artificielle frugale prend tout son sens.
Le défi n’est plus seulement de développer des modèles toujours plus puissants, mais de les rendre pertinents, efficaces et soutenables dans des contextes variés. L’edge AI met également en évidence la nécessité de penser l’intelligence artificielle comme un système.
Entre les objets connectés, les infrastructures locales et les centres de données, se dessine un continuum où chaque niveau joue un rôle spécifique. Le local pour l’action immédiate, le régional pour la coordination, le global pour l’apprentissage.
Cette approche systémique rejoint les travaux sur l’alignement stratégique et le paradoxe de la productivité. L’introduction de technologies avancées ne garantit pas en soi des gains de performance.
Ceux-ci dépendent de la capacité à aligner les outils, les organisations et les usages.
Une IA mal intégrée peut complexifier les processus sans créer de valeur. À l’inverse, une IA bien située, proche des besoins, peut améliorer concrètement l’efficacité. Mais le véritable enjeu reste la gouvernance.
Qui contrôle les infrastructures d’edge computing ? Qui définit les règles d’accès aux données ? Qui garantit que les bénéfices de cette intelligence distribuée profitent aux territoires et aux citoyens ? Sans une vision claire, l’edge AI pourrait reproduire, à une autre échelle, les déséquilibres du cloud.
Avec une gouvernance adaptée, elle peut au contraire devenir un levier de développement équilibré, en soutenant des écosystèmes locaux d’innovation.
Pour le Maroc, cette opportunité est majeure.
Une IA qui ne se contente pas d’importer des modèles, mais qui se construit à partir des réalités locales, des savoir-faire et des contraintes du terrain.
Dans cette perspective, l’intelligence artificielle ne doit pas être une nouvelle forme de dépendance, mais un outil d’émancipation. Wald Maâlam nous rappelle que la modernité ne se mesure pas à la puissance des machines, mais à la capacité d’un système à rester au service de l’humain.
L’edge AI, en rapprochant l’intelligence des territoires, ouvre une voie possible vers une technologie plus sobre, plus responsable et plus souveraine. Encore faut-il savoir la penser, l’organiser et la gouverner.
Par Dr Az-Eddine Bennani.












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