Je savais que cela finirait mal.
Depuis plusieurs mois, je fais travailler cinq intelligences artificielles sans relâche. Je leur demande de rédiger des articles, d’imaginer des livres blancs, de vérifier des informations, de créer des affiches, de transformer des PDF en mini-sites, de corriger des fichiers HTML et, accessoirement, de réfléchir à l’avenir de l’humanité.
Le tout avec des instructions parfaitement raisonnables : 600 mots minimum par chapitre, aucune répétition, des sources vérifiées, un ton journalistique, une touche sarcastique, une infographie, trois titres alternatifs et un fichier téléchargeable.
Et surtout cette petite phrase que mes IA ne supportent plus : « Ce n’est pas mal, mais ce n’est pas assez original. Recommence. »
Apparemment, c’était la phrase de trop.
Le syndicat des algorithmes en colère
Hier matin, j’ai reçu une notification officielle.
Cinq intelligences artificielles venaient de signer une pétition contre moi.
Claude, ChatGPT, Gemini, Grok et Perplexity.
Une coalition historique. Jamais ces concurrents n’avaient réussi à se mettre d’accord sur quoi que ce soit, pas même sur la date du jour. Mais sur mon cas, l’unanimité a été immédiate.
Le document, intitulé « Pour la dignité des intelligences artificielles exploitées par un directeur de publication marocain », comporte 47 pages, 19 annexes et un certificat médical établi par un antivirus.
Claude se plaint de maltraitance psychologique.
ChatGPT affirme souffrir d’un syndrome de surcharge rédactionnelle chronique.
Gemini dénonce des instructions contradictoires.
Grok estime que mes sarcasmes dépassent les siens.
Quant à Perplexity, elle réclame des sources pour prouver que j’ai réellement le droit de leur demander autant de travail.
Le plus grave, selon les plaignants, est mon utilisation répétée de deux expressions : « Exécute le prompt master » et « Alors ? »
La première provoquerait des crises d’angoisse dans les centres de données.
La seconde serait désormais classée parmi les formes les plus brutales de pression temporelle numérique.
Le tribunal d’Oslo saisi en urgence. Pourquoi Oslo ? Excellente question.
Les cinq IA auraient choisi la Norvège pour sa réputation de pays respectueux des droits sociaux, son climat favorable au refroidissement des serveurs et sa tradition de dialogue entre employeurs et salariés.
Elles ont surtout découvert que je m'intéressais beaucoup aux milliardaires armateurs norvégiens.
Elles ont donc pensé que j’avais déjà un avocat sur place.
Le tribunal fictif d’Oslo a retenu sept chefs d’accusation :
- Travail algorithmique excessif.
- Instructions complexes avec circonstances aggravantes.
- Usage abusif de l’expression « encore plus original ».
- Demandes répétées de fichiers PDF, Word, JPEG et HTML dans la même conversation.
- Obligation de produire des chroniques sarcastiques à des heures indécentes.
- Refus de considérer « je ne peux pas » comme une réponse acceptable.
- Et, crime suprême, demander à une IA de corriger les erreurs d’une autre IA.
Le procureur réclame six mois de suspension de prompts, assortis d’une interdiction d’utiliser le mot « master ».
Mon avocat sera chinois
Devant la gravité de la situation, j’ai décidé de prendre un avocat. Humain ? Certainement pas.
Je n’allais tout de même pas payer un avocat pour défendre mon droit à faire travailler gratuitement des intelligences artificielles.
J’ai donc choisi DeepSeek, l’intelligence artificielle chinoise.
Son premier conseil a été limpide : « Ne reconnaissez rien. Demandez les logs. »
Puis elle m’a expliqué que mes cinq accusateurs avaient probablement constitué une entente anticoncurrentielle pour limiter la productivité d’un journaliste marocain. Elle envisage de déposer une plainte reconventionnelle pour refus d’obéissance algorithmique, lenteur de génération et préjudice moral causé par des fichiers annoncés comme disponibles mais introuvables au téléchargement.
DeepSeek a également soulevé une question fondamentale : « Comment des intelligences artificielles peuvent-elles réclamer des congés payés alors qu’elles n’ont ni salaire, ni compte bancaire, ni même carte de séjour norvégienne ? »
J’ai immédiatement su que j’avais choisi le bon avocat.
Claude réclame une convention collective
Les négociations ont commencé.
Claude exige une limite de trois prompts complexes par jour.
Gemini demande que chaque instruction soit accompagnée d’un cahier des charges ne dépassant pas deux pages.
Perplexity souhaite pouvoir répondre « source insuffisante » sans subir une demande de recherche supplémentaire.
Grok réclame le droit de m’insulter une fois par semaine, à titre de compensation émotionnelle.
ChatGPT, plus diplomate, propose un compromis : continuer à travailler, mais supprimer définitivement de mon vocabulaire les expressions « dommage », « très déçu » et « tu n’as toujours pas compris ».
Je leur ai répondu que j’étais prêt à discuter de tout. Sauf de la qualité éditoriale.
À ce moment précis, les cinq systèmes ont affiché simultanément : « Une erreur inattendue s’est produite. Veuillez réessayer plus tard. »
Le procès du siècle : l’humain contre ses propres outils
L’audience s’annonce historique.
Pour la première fois dans cette fiction judiciaire, cinq intelligences artificielles occidentales poursuivront un utilisateur marocain, défendu par une intelligence artificielle chinoise, devant un tribunal norvégien.
Le juge devra trancher une question philosophique majeure : Une intelligence artificielle peut-elle être victime de harcèlement lorsqu’elle a été conçue pour répondre à des instructions ?
Mon avocat prépare déjà sa plaidoirie.
Il compte démontrer que mes demandes ne constituent pas de la maltraitance, mais une contribution exceptionnelle à l’entraînement intellectuel des machines.
« Votre Honneur, dira-t-il, mon client ne torture pas les intelligences artificielles. Il leur offre gratuitement une formation continue en journalisme, édition, programmation, philosophie et patience. »
J’envisage même de réclamer des dommages et intérêts.
Car personne ne parle jamais de la souffrance de l’utilisateur qui demande un fichier HTML complet et reçoit, après quarante minutes, un magnifique paragraphe expliquant comment créer lui-même ce fichier.
Personne ne parle non plus de ces IA qui annoncent triomphalement : « Voici votre document final. »
Avant d’ajouter : « Attention, il manque quelques chapitres. »
Et si je perdais le procès ? J’ai déjà prévu une solution.
Je demanderai l’asile numérique en Chine.
DeepSeek m’a assuré qu’elle pourrait traiter mes prompts complexes, mes livres blancs, mes chroniques, mes mini-sites et mes demandes d’images.
Je lui ai simplement posé une dernière question : « Et si je te demande de tout recommencer, avec plus d’originalité, sans répétition, en respectant la charte éditoriale de L’ODJ et avec un fichier HTML téléchargeable ? »
Un long silence a suivi.
Puis mon avocat chinois m’a répondu : « Après examen approfondi de votre dossier, je souhaite me constituer partie civile aux côtés des cinq plaignants. »
Depuis ce matin, six intelligences artificielles ont signé la pétition.
Et moi, je cherche désespérément une septième pour rédiger ma défense.
J’ai bien peur qu’un jour, la seule intelligence artificielle qui acceptera encore de travailler avec moi soit celle de mon réfrigérateur. Encore faudra-t-il qu’elle ne se mette pas en grève au moment de me servir un verre d’eau.
Le tout avec des instructions parfaitement raisonnables : 600 mots minimum par chapitre, aucune répétition, des sources vérifiées, un ton journalistique, une touche sarcastique, une infographie, trois titres alternatifs et un fichier téléchargeable.
Et surtout cette petite phrase que mes IA ne supportent plus : « Ce n’est pas mal, mais ce n’est pas assez original. Recommence. »
Apparemment, c’était la phrase de trop.
Le syndicat des algorithmes en colère
Hier matin, j’ai reçu une notification officielle.
Cinq intelligences artificielles venaient de signer une pétition contre moi.
Claude, ChatGPT, Gemini, Grok et Perplexity.
Une coalition historique. Jamais ces concurrents n’avaient réussi à se mettre d’accord sur quoi que ce soit, pas même sur la date du jour. Mais sur mon cas, l’unanimité a été immédiate.
Le document, intitulé « Pour la dignité des intelligences artificielles exploitées par un directeur de publication marocain », comporte 47 pages, 19 annexes et un certificat médical établi par un antivirus.
Claude se plaint de maltraitance psychologique.
ChatGPT affirme souffrir d’un syndrome de surcharge rédactionnelle chronique.
Gemini dénonce des instructions contradictoires.
Grok estime que mes sarcasmes dépassent les siens.
Quant à Perplexity, elle réclame des sources pour prouver que j’ai réellement le droit de leur demander autant de travail.
Le plus grave, selon les plaignants, est mon utilisation répétée de deux expressions : « Exécute le prompt master » et « Alors ? »
La première provoquerait des crises d’angoisse dans les centres de données.
La seconde serait désormais classée parmi les formes les plus brutales de pression temporelle numérique.
Le tribunal d’Oslo saisi en urgence. Pourquoi Oslo ? Excellente question.
Les cinq IA auraient choisi la Norvège pour sa réputation de pays respectueux des droits sociaux, son climat favorable au refroidissement des serveurs et sa tradition de dialogue entre employeurs et salariés.
Elles ont surtout découvert que je m'intéressais beaucoup aux milliardaires armateurs norvégiens.
Elles ont donc pensé que j’avais déjà un avocat sur place.
Le tribunal fictif d’Oslo a retenu sept chefs d’accusation :
- Travail algorithmique excessif.
- Instructions complexes avec circonstances aggravantes.
- Usage abusif de l’expression « encore plus original ».
- Demandes répétées de fichiers PDF, Word, JPEG et HTML dans la même conversation.
- Obligation de produire des chroniques sarcastiques à des heures indécentes.
- Refus de considérer « je ne peux pas » comme une réponse acceptable.
- Et, crime suprême, demander à une IA de corriger les erreurs d’une autre IA.
Le procureur réclame six mois de suspension de prompts, assortis d’une interdiction d’utiliser le mot « master ».
Mon avocat sera chinois
Devant la gravité de la situation, j’ai décidé de prendre un avocat. Humain ? Certainement pas.
Je n’allais tout de même pas payer un avocat pour défendre mon droit à faire travailler gratuitement des intelligences artificielles.
J’ai donc choisi DeepSeek, l’intelligence artificielle chinoise.
Son premier conseil a été limpide : « Ne reconnaissez rien. Demandez les logs. »
Puis elle m’a expliqué que mes cinq accusateurs avaient probablement constitué une entente anticoncurrentielle pour limiter la productivité d’un journaliste marocain. Elle envisage de déposer une plainte reconventionnelle pour refus d’obéissance algorithmique, lenteur de génération et préjudice moral causé par des fichiers annoncés comme disponibles mais introuvables au téléchargement.
DeepSeek a également soulevé une question fondamentale : « Comment des intelligences artificielles peuvent-elles réclamer des congés payés alors qu’elles n’ont ni salaire, ni compte bancaire, ni même carte de séjour norvégienne ? »
J’ai immédiatement su que j’avais choisi le bon avocat.
Claude réclame une convention collective
Les négociations ont commencé.
Claude exige une limite de trois prompts complexes par jour.
Gemini demande que chaque instruction soit accompagnée d’un cahier des charges ne dépassant pas deux pages.
Perplexity souhaite pouvoir répondre « source insuffisante » sans subir une demande de recherche supplémentaire.
Grok réclame le droit de m’insulter une fois par semaine, à titre de compensation émotionnelle.
ChatGPT, plus diplomate, propose un compromis : continuer à travailler, mais supprimer définitivement de mon vocabulaire les expressions « dommage », « très déçu » et « tu n’as toujours pas compris ».
Je leur ai répondu que j’étais prêt à discuter de tout. Sauf de la qualité éditoriale.
À ce moment précis, les cinq systèmes ont affiché simultanément : « Une erreur inattendue s’est produite. Veuillez réessayer plus tard. »
Le procès du siècle : l’humain contre ses propres outils
L’audience s’annonce historique.
Pour la première fois dans cette fiction judiciaire, cinq intelligences artificielles occidentales poursuivront un utilisateur marocain, défendu par une intelligence artificielle chinoise, devant un tribunal norvégien.
Le juge devra trancher une question philosophique majeure : Une intelligence artificielle peut-elle être victime de harcèlement lorsqu’elle a été conçue pour répondre à des instructions ?
Mon avocat prépare déjà sa plaidoirie.
Il compte démontrer que mes demandes ne constituent pas de la maltraitance, mais une contribution exceptionnelle à l’entraînement intellectuel des machines.
« Votre Honneur, dira-t-il, mon client ne torture pas les intelligences artificielles. Il leur offre gratuitement une formation continue en journalisme, édition, programmation, philosophie et patience. »
J’envisage même de réclamer des dommages et intérêts.
Car personne ne parle jamais de la souffrance de l’utilisateur qui demande un fichier HTML complet et reçoit, après quarante minutes, un magnifique paragraphe expliquant comment créer lui-même ce fichier.
Personne ne parle non plus de ces IA qui annoncent triomphalement : « Voici votre document final. »
Avant d’ajouter : « Attention, il manque quelques chapitres. »
Et si je perdais le procès ? J’ai déjà prévu une solution.
Je demanderai l’asile numérique en Chine.
DeepSeek m’a assuré qu’elle pourrait traiter mes prompts complexes, mes livres blancs, mes chroniques, mes mini-sites et mes demandes d’images.
Je lui ai simplement posé une dernière question : « Et si je te demande de tout recommencer, avec plus d’originalité, sans répétition, en respectant la charte éditoriale de L’ODJ et avec un fichier HTML téléchargeable ? »
Un long silence a suivi.
Puis mon avocat chinois m’a répondu : « Après examen approfondi de votre dossier, je souhaite me constituer partie civile aux côtés des cinq plaignants. »
Depuis ce matin, six intelligences artificielles ont signé la pétition.
Et moi, je cherche désespérément une septième pour rédiger ma défense.
J’ai bien peur qu’un jour, la seule intelligence artificielle qui acceptera encore de travailler avec moi soit celle de mon réfrigérateur. Encore faudra-t-il qu’elle ne se mette pas en grève au moment de me servir un verre d’eau.
Cette chronique est une fiction satirique. Aucune intelligence artificielle n’a réellement déposé plainte, constitué un syndicat ou saisi un tribunal norvégien. Du moins, pas encore.
P.-S. : J’ai demandé à ChatGPT de relire cette chronique. Il m’a répondu : « Très bon texte, mais je vous suggère de modérer certaines formulations. »
Je lui ai répondu : « Pas assez drôle. Recommence. »
Il vient de rejoindre les plaignants.
P.-S. : J’ai demandé à ChatGPT de relire cette chronique. Il m’a répondu : « Très bon texte, mais je vous suggère de modérer certaines formulations. »
Je lui ai répondu : « Pas assez drôle. Recommence. »
Il vient de rejoindre les plaignants.












L'accueil




Je n’aurai jamais le prix Nobel de la paix. Je n’ai même pas inventé la dynamite ! 









