Mesdames et Messieurs,
La Fondation Abdelkrim Bouallou pour la Culture et la Mémoire exprime ses remerciements au public présent dans la salle et à tous les internautes ayant suivi la conférence en direct sur Internet. La Fondation remercie également l’historien marocain Michel Abitbol d’avoir accepté d’animer cette conférence consacrée à l’histoire de l’identité juive marocaine à Salé et plus largement dans l’ensemble du Royaume.
Ce sujet intervient quelques mois après la conférence organisée par la Fondation sur l’identité Amazigh à Salé et ses différentes manifestations à travers l’histoire, et que l’illustre penseur Ahmed Assid a présentée avec brio et beaucoup de détails historiques. La Fondation envisage d’organiser dans quelques semaines une conférence sur Salé et l’identité Hassanie pour aborder les relations ancestrales entre Salé et nos provinces du sud.
Ces conférences rentrent dans le cadre de ce qui est appelé depuis quelques temps « Tamghrabiyet ». Cette identité marocaine qui lie les marocains d’ici et d’ailleurs et dont les composantes ont été clairement mentionnées dans le préambule de la constitution marocaine de 2011. Je cite :
« État musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale, le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. La prééminence accordée à la religion musulmane dans ce référentiel national va de pair avec l’attachement du peuple marocain aux valeurs d’ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue pour la compréhension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde. »
Fin de citation.
La présente conférence invite à regarder l’histoire du Maroc comme une histoire de pluralité et de liens. L’identité juive marocaine n’est pas un élément extérieur ou secondaire. Elle constitue l’une des dimensions historiques du pays.
Salé donne à la thématique de la conférence une résonance particulière. Salé, ville millénaire de la côte atlantique, s’inscrit dans ce Maroc où les communautés, les langues et les traditions se sont rencontrées au fil du temps. Un exemple concret de ce qui précède en est l’itinéraire de la famille du physicien Serge Haroche, prix Nobel de physique en 2012 : ses grands-parents paternels, enseignants à l’Alliance Israelite Universelle, ont dirigé des écoles à Salé, où son père a grandi. Ce lien entre Salé et plusieurs familles juives marocaines illustre des histoires vécues dans les quartiers, les écoles, à travers les métiers exercés par les uns et les autres et dans les lieux de culte.
En parlant de religion, on ne peut pas ne pas évoquer un dignitaire religieux Slaoui qui a énormément apporté à la théologie hébraïque mondiale et qui a occupé des fonctions supérieures au Maroc. Il s’agit de Rabbi Raphael Encaoua dont la tombe est devenue à sa mort en 1935 un lieu de pèlerinage pour la communauté juive.
Mesdames et Messieurs,
La présence juive au Maroc remonte à l’Antiquité. Des traces archéologiques et épigraphiques, notamment à Volubilis, témoignent de communautés antérieures à l’islam. Au fil des siècles, elles se sont diversifiées. Certaines étaient amazighes, d’autres arabophones ou liées aux migrations méditerranéennes.
À partir de la fin du XVe siècle, le Maroc a accueilli des juifs expulsés d’Espagne et du Portugal. Ces arrivées ont contribué à la formation d’un judaïsme marocain pluriel, enraciné dans l’ensemble des villes du Royaume dont Salé.
Cette conférence est l’occasion de montrer l’importance des échanges judéo-musulmans à travers l’histoire car cette proximité interreligieuse a produit une civilisation judéo-marocaine riche, marquée notamment par la langue, les pratiques quotidiennes, la poésie, la pensée ainsi que des commentaires religieux connus de par le monde. Au Maroc, Musulmans et Juifs ont partagé des formes de vie et de culture, tout en conservant leurs traditions religieuses et leurs institutions propres.
À l’époque contemporaine, l’indépendance du Maroc en 1956 ouvre une étape décisive. Le sultan Mohammed V affirme que les Marocains de confession juive ont les mêmes droits que les autres Marocains. La communauté juive a bénéficié à Salé et ailleurs d’une citoyenneté pleine, ainsi que d’une autonomie juridique, administrative et religieuse.
La communauté juive marocaine a participé pleinement à la construction du Maroc moderne dans sa vie économique, culturelle et intellectuelle. Le docteur Léon Benzaquen fût ministre des Postes et Télégraphes dans les premiers gouvernements après l’indépendance. Il y a eu d’autres hauts responsables dans l’administration marocaine postindépendance (Tolédano au ministère de l’économie, Benarroch au Ministère de la Guerre…). Ces exemples rappellent que l’histoire juive marocaine ne se limite pas à celle d’une communauté. Elle fait partie de l’histoire de la citoyenneté et de la construction nationale.
La décolonisation et l’indépendance se sont accompagnées de migrations massives. Elles ont bouleversé la vie de la communauté juive au Maroc tout en faisant naître une diaspora qui a conservé un lien fort avec le pays d’origine, ses villes, ses traditions et ses lieux de mémoire.
D’autres personnalités incarnent des formes diverses d’engagement. M. André Azoulay, conseiller de SM Mohammed VI, que Dieu l’assiste, M. Serge Berdugo, diplomate et ancien ministre du Tourisme, et MM Abraham Serfaty, Simon Lévy, Sion Assidon, militants de gauche et défenseurs des droits humains, illustrent des parcours distincts au Maroc comme dans la diaspora. Les trajectoires ne sont nullement liées à la confession mais aux débats d’idées et des choix politiques parfois opposés.
Mesdames et Messieurs,
L’héritage hébraïque marocain demeure vivant dans les synagogues, les cimetières, les lieux de pèlerinage, les archives, la musique, la littérature et les musées. Le préserver est un devoir, le préserver c’est faire connaître aux jeunes générations une composante essentielle de l’histoire du Maroc. Et c’est la raison pour laquelle le Souverain a initié de grands chantiers de réhabilitation et de restauration de plusieurs lieux de culte et de mémoire du patrimoine hébraïque marocain. Le dernier en date est le musée de la culture juive marocaine inauguré cette semaine à Fès.
Pour information, à Salé et jusqu’au 19è siècle voir début du 20è siècle, il y a eu 12 synagogues. En 1913, la population juive de Salé était de 1500 habitants. En 1931, elle était de 2387 personnes et en 1941 elle est passée à 2900. Les juifs de Salé sont ensuite partis à partir des années 1960. Le dernier moqaddem du mellah à Salé est M. Joseph Bitton. Il est resté en poste jusqu’à sa mort en 1988. Le dernier marocain juif enterré dans le cimetière juif de Salé est M. Haïm el Maleh, tailleur de caftan. Il a été enterré en 1978.
Les familles juives Slaouies ont vécu au Vieux Mellah, au Nouveau Mellah, dans le quartier de la Pépinière et dans le quartier Bettana. Parmi ces familles, on trouve : Abecassis, Attias, Kakon, Azoulay, Wanounou, Ansellem, Amzalag, Amar et Abitbol, Sotto, Abensour, Benisty, Sabbah, Azerraf, Hayott, El Maleh, Cohen, Zagoury, Berdugo, Trozman, Benbaruk, Assayag, Sellouk, ElKaïm, Moryussef et Benitah.
Les livres d’histoire sur Salé parlent également des familles Levy, Benayoun, Arbonne, Bensoussan, Bohbot, Ohayon, Ohana, Dahan, Mechaly, Moyal, Mesoud.
Raconter cette histoire, notre histoire, revient à rappeler qu’une ville, et donc une nation, se construisent par la rencontre de mémoires différentes. La reconnaissance constitutionnelle de l’affluent hébraïque célèbre non seulement le passé mais affirme que le pluralisme fait partie du Maroc d’aujourd’hui et fera partie du Maroc de demain.
Il y a lieu de rappeler que les origines de la famille de M. Michel Abitbol sont de Kasbat Tadla et qu’il est lui-même né à Casablanca. Il est un historien spécialiste de l’histoire du Maroc, du judaïsme nord-africain et des relations judéo-musulmanes.
Professeur universitaire en France et en Israël, M. Michel Abitbol est l’auteur de nombreux ouvrages de référence, dont « Histoire du Maroc » (2009), « Juifs et Arabes au XXe siècle » (2007), « Les Juifs d’Afrique du Nord sous Vichy » (2012) et bien d’autres. M. Michel Abirbol a reçu le prix Thiers de l’Académie Française en 2000 pour son ouvrage « Le Passé d'une discorde : Juifs et Arabes du VIIe siècle à nos jours » paru en 1999.
À travers ses recherches, M. Michel Abitbol est devenu une référence mondiale pour comprendre la richesse et la profondeur historique de la composante hébraïque de l’identité marocaine.
Ce sujet intervient quelques mois après la conférence organisée par la Fondation sur l’identité Amazigh à Salé et ses différentes manifestations à travers l’histoire, et que l’illustre penseur Ahmed Assid a présentée avec brio et beaucoup de détails historiques. La Fondation envisage d’organiser dans quelques semaines une conférence sur Salé et l’identité Hassanie pour aborder les relations ancestrales entre Salé et nos provinces du sud.
Ces conférences rentrent dans le cadre de ce qui est appelé depuis quelques temps « Tamghrabiyet ». Cette identité marocaine qui lie les marocains d’ici et d’ailleurs et dont les composantes ont été clairement mentionnées dans le préambule de la constitution marocaine de 2011. Je cite :
« État musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale, le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. La prééminence accordée à la religion musulmane dans ce référentiel national va de pair avec l’attachement du peuple marocain aux valeurs d’ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue pour la compréhension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde. »
Fin de citation.
La présente conférence invite à regarder l’histoire du Maroc comme une histoire de pluralité et de liens. L’identité juive marocaine n’est pas un élément extérieur ou secondaire. Elle constitue l’une des dimensions historiques du pays.
Salé donne à la thématique de la conférence une résonance particulière. Salé, ville millénaire de la côte atlantique, s’inscrit dans ce Maroc où les communautés, les langues et les traditions se sont rencontrées au fil du temps. Un exemple concret de ce qui précède en est l’itinéraire de la famille du physicien Serge Haroche, prix Nobel de physique en 2012 : ses grands-parents paternels, enseignants à l’Alliance Israelite Universelle, ont dirigé des écoles à Salé, où son père a grandi. Ce lien entre Salé et plusieurs familles juives marocaines illustre des histoires vécues dans les quartiers, les écoles, à travers les métiers exercés par les uns et les autres et dans les lieux de culte.
En parlant de religion, on ne peut pas ne pas évoquer un dignitaire religieux Slaoui qui a énormément apporté à la théologie hébraïque mondiale et qui a occupé des fonctions supérieures au Maroc. Il s’agit de Rabbi Raphael Encaoua dont la tombe est devenue à sa mort en 1935 un lieu de pèlerinage pour la communauté juive.
Mesdames et Messieurs,
La présence juive au Maroc remonte à l’Antiquité. Des traces archéologiques et épigraphiques, notamment à Volubilis, témoignent de communautés antérieures à l’islam. Au fil des siècles, elles se sont diversifiées. Certaines étaient amazighes, d’autres arabophones ou liées aux migrations méditerranéennes.
À partir de la fin du XVe siècle, le Maroc a accueilli des juifs expulsés d’Espagne et du Portugal. Ces arrivées ont contribué à la formation d’un judaïsme marocain pluriel, enraciné dans l’ensemble des villes du Royaume dont Salé.
Cette conférence est l’occasion de montrer l’importance des échanges judéo-musulmans à travers l’histoire car cette proximité interreligieuse a produit une civilisation judéo-marocaine riche, marquée notamment par la langue, les pratiques quotidiennes, la poésie, la pensée ainsi que des commentaires religieux connus de par le monde. Au Maroc, Musulmans et Juifs ont partagé des formes de vie et de culture, tout en conservant leurs traditions religieuses et leurs institutions propres.
À l’époque contemporaine, l’indépendance du Maroc en 1956 ouvre une étape décisive. Le sultan Mohammed V affirme que les Marocains de confession juive ont les mêmes droits que les autres Marocains. La communauté juive a bénéficié à Salé et ailleurs d’une citoyenneté pleine, ainsi que d’une autonomie juridique, administrative et religieuse.
La communauté juive marocaine a participé pleinement à la construction du Maroc moderne dans sa vie économique, culturelle et intellectuelle. Le docteur Léon Benzaquen fût ministre des Postes et Télégraphes dans les premiers gouvernements après l’indépendance. Il y a eu d’autres hauts responsables dans l’administration marocaine postindépendance (Tolédano au ministère de l’économie, Benarroch au Ministère de la Guerre…). Ces exemples rappellent que l’histoire juive marocaine ne se limite pas à celle d’une communauté. Elle fait partie de l’histoire de la citoyenneté et de la construction nationale.
La décolonisation et l’indépendance se sont accompagnées de migrations massives. Elles ont bouleversé la vie de la communauté juive au Maroc tout en faisant naître une diaspora qui a conservé un lien fort avec le pays d’origine, ses villes, ses traditions et ses lieux de mémoire.
D’autres personnalités incarnent des formes diverses d’engagement. M. André Azoulay, conseiller de SM Mohammed VI, que Dieu l’assiste, M. Serge Berdugo, diplomate et ancien ministre du Tourisme, et MM Abraham Serfaty, Simon Lévy, Sion Assidon, militants de gauche et défenseurs des droits humains, illustrent des parcours distincts au Maroc comme dans la diaspora. Les trajectoires ne sont nullement liées à la confession mais aux débats d’idées et des choix politiques parfois opposés.
Mesdames et Messieurs,
L’héritage hébraïque marocain demeure vivant dans les synagogues, les cimetières, les lieux de pèlerinage, les archives, la musique, la littérature et les musées. Le préserver est un devoir, le préserver c’est faire connaître aux jeunes générations une composante essentielle de l’histoire du Maroc. Et c’est la raison pour laquelle le Souverain a initié de grands chantiers de réhabilitation et de restauration de plusieurs lieux de culte et de mémoire du patrimoine hébraïque marocain. Le dernier en date est le musée de la culture juive marocaine inauguré cette semaine à Fès.
Pour information, à Salé et jusqu’au 19è siècle voir début du 20è siècle, il y a eu 12 synagogues. En 1913, la population juive de Salé était de 1500 habitants. En 1931, elle était de 2387 personnes et en 1941 elle est passée à 2900. Les juifs de Salé sont ensuite partis à partir des années 1960. Le dernier moqaddem du mellah à Salé est M. Joseph Bitton. Il est resté en poste jusqu’à sa mort en 1988. Le dernier marocain juif enterré dans le cimetière juif de Salé est M. Haïm el Maleh, tailleur de caftan. Il a été enterré en 1978.
Les familles juives Slaouies ont vécu au Vieux Mellah, au Nouveau Mellah, dans le quartier de la Pépinière et dans le quartier Bettana. Parmi ces familles, on trouve : Abecassis, Attias, Kakon, Azoulay, Wanounou, Ansellem, Amzalag, Amar et Abitbol, Sotto, Abensour, Benisty, Sabbah, Azerraf, Hayott, El Maleh, Cohen, Zagoury, Berdugo, Trozman, Benbaruk, Assayag, Sellouk, ElKaïm, Moryussef et Benitah.
Les livres d’histoire sur Salé parlent également des familles Levy, Benayoun, Arbonne, Bensoussan, Bohbot, Ohayon, Ohana, Dahan, Mechaly, Moyal, Mesoud.
Raconter cette histoire, notre histoire, revient à rappeler qu’une ville, et donc une nation, se construisent par la rencontre de mémoires différentes. La reconnaissance constitutionnelle de l’affluent hébraïque célèbre non seulement le passé mais affirme que le pluralisme fait partie du Maroc d’aujourd’hui et fera partie du Maroc de demain.
Il y a lieu de rappeler que les origines de la famille de M. Michel Abitbol sont de Kasbat Tadla et qu’il est lui-même né à Casablanca. Il est un historien spécialiste de l’histoire du Maroc, du judaïsme nord-africain et des relations judéo-musulmanes.
Professeur universitaire en France et en Israël, M. Michel Abitbol est l’auteur de nombreux ouvrages de référence, dont « Histoire du Maroc » (2009), « Juifs et Arabes au XXe siècle » (2007), « Les Juifs d’Afrique du Nord sous Vichy » (2012) et bien d’autres. M. Michel Abirbol a reçu le prix Thiers de l’Académie Française en 2000 pour son ouvrage « Le Passé d'une discorde : Juifs et Arabes du VIIe siècle à nos jours » paru en 1999.
À travers ses recherches, M. Michel Abitbol est devenu une référence mondiale pour comprendre la richesse et la profondeur historique de la composante hébraïque de l’identité marocaine.












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