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​Éducation au Maroc : investir plus, transformer, pas seulement réformer ?


Rédigé par La rédaction le Mercredi 18 Février 2026

C’est dans le cadre d'une Rencontre thématique à Casablanca de l’Alliance des Économistes Istiqlaliens (AEI), consacrées au système d’éducation et de formation, que le constat a été posé avec une rare clarté.



À Casablanca, lors de son intervention, Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, a formulé une interrogation centrale qui traverse aujourd’hui le débat public marocain : pourquoi un pays qui consacre autant de ressources à l’éducation peine-t-il encore à en faire un véritable moteur d’ascension sociale et de confiance collective ?

Le Maroc consacre environ 6 % de son produit intérieur brut à l’éducation, un niveau supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE. Les budgets du ministère de l’Éducation nationale n’ont cessé d’augmenter ces dernières années, atteignant près de 100 milliards de dirhams. Sur le papier, l’effort est indéniable. Sur le terrain, pourtant, les résultats demeurent fragiles. Décrochage scolaire massif, chômage élevé des jeunes et des diplômés, inadéquation persistante entre formation et marché du travail : le système éducatif marocain semble produire moins de transformation qu’attendu.

« La question n’est plus de savoir si le Maroc investit dans son système éducatif. Il investit. La vraie question est de savoir si cet investissement produit ce qu’il doit produire », a résumé Nizar Baraka. Cette phrase, prononcée devant un public d’experts, d’élus et d’acteurs territoriaux, résume à elle seule ce que beaucoup appellent désormais le paradoxe éducatif marocain.

Des chiffres qui interrogent

Les données présentées lors de cette Rencontre AEI sont sans appel. Chaque année, près de 280 000 élèves quittent le système éducatif sans qualification, dont 60 % au niveau du collège. Un chiffre en légère baisse par rapport aux années précédentes, mais qui reste structurellement élevé. À cela s’ajoute un taux de chômage de 37,2 % chez les 15–24 ans, et de 19,1 % chez les diplômés, signe d’un décalage profond entre les compétences produites par le système et les besoins réels de l’économie.

Plus préoccupant encore, le Maroc compte environ 1,5 million de jeunes NEET – ni en emploi, ni en études, ni en formation – dont près d’un tiers en milieu rural. Derrière cet acronyme technocratique se cache une réalité sociale lourde : une jeunesse désaffiliée, en marge des circuits de formation et de production, et souvent éloignée de toute perspective claire.

Ces chiffres posent une question fondamentale : où se perd la valeur de l’investissement éducatif ? Est-ce dans la gouvernance du système, dans la qualité des apprentissages, dans l’orientation des élèves, ou dans l’articulation avec l’économie réelle ?

Des progrès réels, mais encore insuffisants

Les responsables de l’AEI ne nient pas les avancées enregistrées. La préscolarisation des enfants de 4 à 5 ans est passée de 72 % à plus de 83 % en quelques années. Les écoles pionnières, déployées à grande échelle, accueillent désormais près de deux millions d’élèves. Le statut unifié des enseignants, mis en place en 2024, vise à mettre fin à la fragmentation des régimes et à stabiliser le corps enseignant.

Dans la formation professionnelle, les effectifs ont augmenté, et les Cités des Métiers et des Compétences (CMC) commencent à jouer leur rôle de plateformes territoriales de formation. Autant de signaux positifs qui traduisent une volonté de réforme.

Mais ces progrès restent, selon les termes mêmes utilisés lors de cette Rencontre, insuffisants au regard de l’ampleur des défis. L’amélioration des indicateurs quantitatifs ne se traduit pas encore par une amélioration qualitative homogène des apprentissages. Les disparités territoriales persistent, entre zones urbaines et rurales, entre établissements, et parfois au sein d’une même région.

Au fond, le débat posé par l’AEI dépasse la seule question budgétaire. Il touche au rendement social de l’éducation. Investir davantage ne suffit pas si le système ne parvient pas à garantir les fondamentaux, à orienter efficacement les élèves, et à créer des passerelles crédibles vers l’emploi ou l’autonomie économique.

Pour Nizar Baraka SG du Parti de l'Istiqlal, l’enjeu est aussi politique et générationnel. Une jeunesse qui investit du temps et des efforts dans la formation sans en voir les retombées concrètes finit par douter, non seulement du système éducatif, mais des institutions dans leur ensemble. La crise de confiance trouve là l’un de ses foyers les plus sensibles.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la Charte du 11 janvier, issue d’une large consultation de jeunes à travers toutes les régions du Royaume. Elle pose comme exigence fondatrice le renouvellement du contrat de confiance entre générations, en liant étroitement éducation, dignité et participation citoyenne.

Le message porté lors cette Rencontre AEI est clair : le Maroc n’a plus besoin de réformes cosmétiques ou fragmentées. Il a besoin d’une transformation systémique de son écosystème éducatif. Cela suppose une meilleure gouvernance, une évaluation rigoureuse des politiques publiques, mais aussi un changement de paradigme : passer d’une logique de moyens à une logique de résultats.

Publier les taux d’insertion des diplômés, lier la formation continue aux besoins réels des territoires, intégrer pleinement le numérique et l’intelligence artificielle dans les cursus, renforcer l’orientation dès le collège : autant de pistes évoquées pour réconcilier investissement public et impact réel.

À l’issue de cette première rencontre régionale, une certitude se dégage : la question éducative est devenue centrale dans le débat sur l’avenir du Maroc. Non comme un sujet sectoriel, mais comme un levier stratégique de confiance, de cohésion et de dignité. Investir est nécessaire. Transformer est désormais indispensable.


Débat - Podcast des chroniqueurs de la web radio R212 sur le sujet

l_ecole_marocaine_en_panne_malgre_les_milliards.m4a Débat - Podcast à écouter ici  (21.52 Mo)


Le paradoxe du système éducatif marocain, qui bénéficie d'un investissement financier massif sans pour autant garantir une ascension sociale efficace.






Mercredi 18 Février 2026

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