À Casablanca, lors de son intervention, Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, a formulé une mise en garde claire : former des jeunes sans esprit critique mène à la manipulation, mais former des jeunes critiques sans leur ouvrir d’espaces réels de participation produit frustration et rupture. Les deux dimensions sont indissociables.
Une défiance existe et ne tombe pas du ciel
La défiance d’une partie de la jeunesse marocaine vis-à-vis des institutions n’est ni soudaine ni irrationnelle. Elle s’est construite progressivement, au fil d’expériences vécues : orientation scolaire subie, diplômes peu valorisés, accès limité à l’emploi décent, et sentiment persistant de ne pas être écouté.
Les données présentées lors de cette Rencontre AEI montrent que le désengagement civique va souvent de pair avec le décrochage scolaire ou l’inactivité prolongée. Lorsque l’école n’est plus perçue comme un espace d’émancipation, et que l’espace public semble fermé, la citoyenneté devient abstraite, voire suspecte.
Les données présentées lors de cette Rencontre AEI montrent que le désengagement civique va souvent de pair avec le décrochage scolaire ou l’inactivité prolongée. Lorsque l’école n’est plus perçue comme un espace d’émancipation, et que l’espace public semble fermé, la citoyenneté devient abstraite, voire suspecte.
L’esprit critique comme compétence centrale
L’un des apports majeurs du débat AEI est d’avoir placé l’esprit critique au rang de compétence prioritaire du XXIᵉ siècle. Il ne s’agit pas d’un slogan, mais d’une nécessité dans un monde saturé d’informations, de rumeurs et de manipulations numériques.
Former à l’esprit critique signifie apprendre à distinguer le fait de l’opinion, à comprendre les mécanismes de la désinformation, à exercer le doute raisonné sans tomber dans le cynisme. Cela suppose une transformation des pratiques pédagogiques, encore trop souvent fondées sur la restitution plutôt que sur l’analyse.
Mais, comme l’a souligné Nizar Baraka, l’esprit critique ne peut être une fin en soi. Sans accès réel aux espaces de décision, il risque de se retourner contre les institutions qu’il était censé renforcer.
Former à l’esprit critique signifie apprendre à distinguer le fait de l’opinion, à comprendre les mécanismes de la désinformation, à exercer le doute raisonné sans tomber dans le cynisme. Cela suppose une transformation des pratiques pédagogiques, encore trop souvent fondées sur la restitution plutôt que sur l’analyse.
Mais, comme l’a souligné Nizar Baraka, l’esprit critique ne peut être une fin en soi. Sans accès réel aux espaces de décision, il risque de se retourner contre les institutions qu’il était censé renforcer.
Citoyenneté numérique et nouvelles responsabilités
Cette Rencontre AEI a également insisté sur la citoyenneté numérique comme nouveau champ d’apprentissage. Accès aux technologies, protection des données personnelles, éthique de l’intelligence artificielle, lutte contre le harcèlement en ligne : ces enjeux concernent directement les jeunes, premiers usagers du numérique.
Ignorer cette dimension revient à laisser le champ libre à des formes de radicalisation, de manipulation ou de désinformation qui fragilisent le lien social. À l’inverse, intégrer la citoyenneté numérique dans les parcours éducatifs permet de transformer les outils technologiques en instruments de participation et de responsabilité.
Ignorer cette dimension revient à laisser le champ libre à des formes de radicalisation, de manipulation ou de désinformation qui fragilisent le lien social. À l’inverse, intégrer la citoyenneté numérique dans les parcours éducatifs permet de transformer les outils technologiques en instruments de participation et de responsabilité.
Donner accès à la décision, pas seulement à la parole
L’un des points les plus sensibles abordés lors de cette Rencontre AEI concerne l’accès réel des jeunes à la décision publique. Consultations ponctuelles, forums symboliques ou discours laudateurs ne suffisent plus à convaincre une jeunesse de plus en plus lucide.
La Charte du 11 janvier propose des mécanismes concrets : budgets participatifs ouverts aux jeunes, consultations effectives, procédures de pétition simplifiées, tableaux de bord publics. L’objectif est de passer d’une participation décorative à une participation structurante.
La question des quotas dans les institutions élues a également été évoquée comme un levier possible d’autonomisation politique, non pas comme une fin en soi, mais comme un outil transitoire pour corriger des déséquilibres persistants.
La Charte du 11 janvier propose des mécanismes concrets : budgets participatifs ouverts aux jeunes, consultations effectives, procédures de pétition simplifiées, tableaux de bord publics. L’objectif est de passer d’une participation décorative à une participation structurante.
La question des quotas dans les institutions élues a également été évoquée comme un levier possible d’autonomisation politique, non pas comme une fin en soi, mais comme un outil transitoire pour corriger des déséquilibres persistants.
Transparence et reddition des comptes
Former des citoyens critiques implique aussi de renforcer la transparence de l’action publique. Budgets accessibles, gestion par résultats, reddition des comptes : autant d’éléments évoqués lors de cette rencontre AEI à Casablanca pour restaurer la confiance.
Pour beaucoup de jeunes, la politique reste associée à l’opacité et à l’impunité. La moralisation de la vie publique, la lutte contre la corruption et la réhabilitation du mérite ne sont donc pas des thèmes abstraits, mais des conditions concrètes du réengagement citoyen.
Pour beaucoup de jeunes, la politique reste associée à l’opacité et à l’impunité. La moralisation de la vie publique, la lutte contre la corruption et la réhabilitation du mérite ne sont donc pas des thèmes abstraits, mais des conditions concrètes du réengagement citoyen.
Une citoyenneté active à construire
Au fil des débats, une idée s’impose : la citoyenneté ne s’enseigne pas uniquement dans les manuels. Elle se construit par l’expérience, l’implication et la reconnaissance. Donner des droits sans moyens crée de la frustration ; donner des moyens sans responsabilité crée de l’assistanat.
C’est cet équilibre que les membres d'AEI cherchent à poser : former des jeunes capables de comprendre le monde, mais aussi d’y agir. Une jeunesse critique, oui, mais aussi actrice, responsable et associée aux choix collectifs.
C’est cet équilibre que les membres d'AEI cherchent à poser : former des jeunes capables de comprendre le monde, mais aussi d’y agir. Une jeunesse critique, oui, mais aussi actrice, responsable et associée aux choix collectifs.
Un enjeu politique majeur
À l’issue de cette premiére rencontre régionale, la dimension démocratique du chantier éducatif apparaît avec force. L’éducation, la formation et la participation ne sont pas des politiques séparées. Elles forment un tout, au cœur du nouveau pacte de confiance recherché entre l’État et la jeunesse.
Le défi est immense. Ouvrir l’espace public à une jeunesse exigeante, formée et connectée suppose d’accepter le débat, la contradiction et parfois la remise en question. Mais c’est aussi le prix à payer pour une stabilité durable et une cohésion nationale renforcée.
Former des citoyens critiques et leur ouvrir l’espace public n’est pas un risque. C’est une nécessité stratégique pour l’avenir du Maroc.
Le défi est immense. Ouvrir l’espace public à une jeunesse exigeante, formée et connectée suppose d’accepter le débat, la contradiction et parfois la remise en question. Mais c’est aussi le prix à payer pour une stabilité durable et une cohésion nationale renforcée.
Former des citoyens critiques et leur ouvrir l’espace public n’est pas un risque. C’est une nécessité stratégique pour l’avenir du Maroc.
Nizar Baraka : former des jeunes sans esprit critique mène à la manipulation, mais former des jeunes critiques sans leur ouvrir d’espaces réels de participation produit frustration et rupture.
Podcast - Débat des chroniqueurs de la Web Radio R212 sur le sujet
Débat - Podcast à écouter ici (23.58 Mo)












L'accueil
















