À force de focaliser l’attention sur les examens, les moyennes et les classements, une question s’impose, discrète mais essentielle : que fabrique réellement l’école marocaine aujourd’hui ? Des citoyens capables de comprendre le monde, d’exercer leur esprit critique et de participer à la vie collective, ou des candidats entraînés à franchir des épreuves successives sans toujours en saisir le sens ?
Dans le quotidien scolaire, la logique du concours s’est progressivement imposée. Chaque étape prépare la suivante : contrôle, examen, orientation, sélection. L’élève avance de palier en palier, souvent sans prendre le temps de relier les savoirs, de questionner leur utilité sociale ou leur portée citoyenne. L’école devient un parcours balisé, où l’objectif principal est de rester dans la course.
Cette évolution n’est pas propre au Maroc, mais elle y prend une forme particulière. Dans un contexte marqué par la rareté des opportunités et la peur du déclassement, la réussite scolaire est perçue comme une nécessité vitale. Cette pression collective pousse l’école à privilégier l’efficacité mesurable : notes, diplômes, taux de réussite. La formation du citoyen, plus diffuse, moins quantifiable, passe au second plan.
Or, former un citoyen ne se résume pas à transmettre des connaissances. Cela suppose de développer des capacités essentielles : comprendre des enjeux complexes, débattre sans violence, exercer son jugement, respecter des règles communes tout en les questionnant. Ces compétences se construisent dans le temps long, par la discussion, l’erreur, l’exposition à la pluralité des points de vue. Autant de dimensions que la logique de l’évaluation permanente tend à marginaliser.
Dans les salles de classe, le temps manque souvent pour le débat, la réflexion collective, l’analyse critique. Les programmes sont chargés, les échéances serrées. L’enseignant doit avancer, terminer le programme, préparer aux examens. Dans ce cadre contraint, l’éducation civique risque de se réduire à des contenus formels, déconnectés de l’expérience vécue des élèves.
Cette situation crée un paradoxe. L’école parle de citoyenneté, mais fonctionne sur un mode essentiellement compétitif. Elle prône la solidarité, mais organise la sélection. Elle valorise l’esprit critique, mais sanctionne parfois la prise de risque intellectuelle. L’élève apprend alors à répondre correctement plutôt qu’à penser librement. Il devient un bon candidat, pas nécessairement un citoyen engagé.
Les effets se font sentir au-delà de l’école. Beaucoup de jeunes arrivent à l’âge adulte avec des diplômes, mais avec un rapport distancié à la chose publique. La participation civique apparaît abstraite, l’engagement collectif risqué ou inutile. Ce désengagement n’est pas une fatalité générationnelle, mais le produit d’un parcours éducatif où la réussite individuelle a été constamment priorisée sur la construction du commun.
Les enseignants sont conscients de cette tension. Nombre d’entre eux tentent, malgré les contraintes, d’ouvrir des espaces de discussion, de relier les savoirs à l’actualité, d’encourager la réflexion personnelle. Mais ces initiatives reposent souvent sur la bonne volonté individuelle, sans cadre institutionnel solide pour les soutenir. L’éducation à la citoyenneté reste fragile, dépendante des marges laissées par le système.
La question n’est pas de choisir entre former des candidats ou des citoyens. L’école doit évidemment préparer aux examens et à l’insertion professionnelle. Mais lorsque cette mission absorbe toutes les autres, un déséquilibre s’installe. Une société ne peut durablement se construire sur des individus performants mais désengagés, compétents mais déconnectés du collectif.
Reposer la question du rôle citoyen de l’école, ce n’est pas introduire un discours idéologique. C’est interroger les finalités du système éducatif à l’heure où les sociétés font face à des défis complexes : transformations économiques, mutations technologiques, tensions sociales. Dans ce contexte, la capacité à comprendre, dialoguer et coopérer devient aussi essentielle que la réussite académique.
Tant que l’école restera principalement un espace de sélection, elle produira avant tout des candidats. Redonner toute sa place à la formation citoyenne suppose un changement de regard : accepter que l’éducation ne se mesure pas uniquement en résultats chiffrés, mais aussi en capacités humaines, sociales et civiques. C’est à cette condition que l’école marocaine pourra former des individus capables non seulement de réussir, mais aussi de participer pleinement à la vie de la cité.
Dans le quotidien scolaire, la logique du concours s’est progressivement imposée. Chaque étape prépare la suivante : contrôle, examen, orientation, sélection. L’élève avance de palier en palier, souvent sans prendre le temps de relier les savoirs, de questionner leur utilité sociale ou leur portée citoyenne. L’école devient un parcours balisé, où l’objectif principal est de rester dans la course.
Cette évolution n’est pas propre au Maroc, mais elle y prend une forme particulière. Dans un contexte marqué par la rareté des opportunités et la peur du déclassement, la réussite scolaire est perçue comme une nécessité vitale. Cette pression collective pousse l’école à privilégier l’efficacité mesurable : notes, diplômes, taux de réussite. La formation du citoyen, plus diffuse, moins quantifiable, passe au second plan.
Or, former un citoyen ne se résume pas à transmettre des connaissances. Cela suppose de développer des capacités essentielles : comprendre des enjeux complexes, débattre sans violence, exercer son jugement, respecter des règles communes tout en les questionnant. Ces compétences se construisent dans le temps long, par la discussion, l’erreur, l’exposition à la pluralité des points de vue. Autant de dimensions que la logique de l’évaluation permanente tend à marginaliser.
Dans les salles de classe, le temps manque souvent pour le débat, la réflexion collective, l’analyse critique. Les programmes sont chargés, les échéances serrées. L’enseignant doit avancer, terminer le programme, préparer aux examens. Dans ce cadre contraint, l’éducation civique risque de se réduire à des contenus formels, déconnectés de l’expérience vécue des élèves.
Cette situation crée un paradoxe. L’école parle de citoyenneté, mais fonctionne sur un mode essentiellement compétitif. Elle prône la solidarité, mais organise la sélection. Elle valorise l’esprit critique, mais sanctionne parfois la prise de risque intellectuelle. L’élève apprend alors à répondre correctement plutôt qu’à penser librement. Il devient un bon candidat, pas nécessairement un citoyen engagé.
Les effets se font sentir au-delà de l’école. Beaucoup de jeunes arrivent à l’âge adulte avec des diplômes, mais avec un rapport distancié à la chose publique. La participation civique apparaît abstraite, l’engagement collectif risqué ou inutile. Ce désengagement n’est pas une fatalité générationnelle, mais le produit d’un parcours éducatif où la réussite individuelle a été constamment priorisée sur la construction du commun.
Les enseignants sont conscients de cette tension. Nombre d’entre eux tentent, malgré les contraintes, d’ouvrir des espaces de discussion, de relier les savoirs à l’actualité, d’encourager la réflexion personnelle. Mais ces initiatives reposent souvent sur la bonne volonté individuelle, sans cadre institutionnel solide pour les soutenir. L’éducation à la citoyenneté reste fragile, dépendante des marges laissées par le système.
La question n’est pas de choisir entre former des candidats ou des citoyens. L’école doit évidemment préparer aux examens et à l’insertion professionnelle. Mais lorsque cette mission absorbe toutes les autres, un déséquilibre s’installe. Une société ne peut durablement se construire sur des individus performants mais désengagés, compétents mais déconnectés du collectif.
Reposer la question du rôle citoyen de l’école, ce n’est pas introduire un discours idéologique. C’est interroger les finalités du système éducatif à l’heure où les sociétés font face à des défis complexes : transformations économiques, mutations technologiques, tensions sociales. Dans ce contexte, la capacité à comprendre, dialoguer et coopérer devient aussi essentielle que la réussite académique.
Tant que l’école restera principalement un espace de sélection, elle produira avant tout des candidats. Redonner toute sa place à la formation citoyenne suppose un changement de regard : accepter que l’éducation ne se mesure pas uniquement en résultats chiffrés, mais aussi en capacités humaines, sociales et civiques. C’est à cette condition que l’école marocaine pourra former des individus capables non seulement de réussir, mais aussi de participer pleinement à la vie de la cité.












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