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​L'intégration des femmes sur les marchés du travail : une affaire rentable


LAHCEN HADDAD : Nous devons libérer la moitié des sociétés arabes des contraintes qui empêchent les femmes de contribuer à la prospérité et à la croissance des économies arabes, et protéger les pays de la région contre les risques et les causes du sous-développement chronique.



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La réalisation de l'équité pour les femmes n'est pas seulement une question de morale ou de politique ; elle n'est pas non plus uniquement liée à la nécessité d'une justice sociale, obtenue grâce à une approche des questions sociales fondée sur l'égalité entre les hommes et les femmes. En fait, il s'agit d'une nécessité économique par excellence.

En effet, les sociétés qui parviennent à intégrer plus complètement et plus efficacement les femmes dans la population active et à les promouvoir à des postes de direction réalisent des gains économiques significatifs, tant quantitatifs que qualitatifs, par rapport aux sociétés qui sont à la traîne dans la réalisation de l'égalité. En outre, une étude réalisée par Catalyst, une organisation qui travaille depuis des décennies avec de grandes entreprises pour parvenir à la parité hommes-femmes dans les administrations et les entreprises, a révélé que les entreprises du classement Fortune 500 qui promeuvent les femmes à des postes de direction obtiennent des rendements pour les actionnaires supérieurs de 35 % à ceux des entreprises dont les taux de participation des femmes aux postes de direction sont les plus faibles.

Cela signifie que les femmes apportent des compétences et des qualifications managériales différentes aux postes de direction, enrichissant ainsi la gestion des entreprises d'une valeur ajoutée qui se traduit par des bénéfices supplémentaires pour les actionnaires. Toutefois, cela ne signifie pas que les avantages que les femmes apportent lorsqu'elles accèdent à un poste de direction sont des capacités intrinsèques qu'elles possèdent en tant que femmes, mais plutôt qu'elles apportent une valeur ajoutée unique à leur travail, en raison de leur expérience sociale, économique et culturelle distincte dans la société. Cette expérience est forgée par un long processus de confrontation à un environnement culturel marqué par des stéréotypes et des "normes" patriarcales et sexistes, un défi qui donne une saveur particulière à la réussite et se traduit par des compétences uniques en matière de leadership et des compétences de gestion très enrichissantes.

Dans un rapport intitulé Women as Levers of Change : Unleashing the Power of Women to Transform Male-Dominated Industries, Foreign Policy Analytics affirme que "les entreprises du quartile supérieur ayant le pourcentage le plus élevé de femmes dans des rôles de direction sont, en moyenne, 47% plus rentables que celles du quartile inférieur". De plus, les entreprises qui adoptent une politique d'intégration des femmes réduisent l'impact négatif sur le climat, développent de manière significative leur responsabilité sociale et créent une culture interne basée sur l'inclusion, la diversité et la parité (ibid.). Ces aspects sont bénéfiques pour la productivité, les relations avec les clients, la motivation des ressources humaines et les bénéfices globaux.

D'autre part, un rapport du McKinsey Global Institute intitulé How Advancing Women's Equality Can Add 12 Trillion to Global Growth conclut qu'il est possible d'ajouter 12 billions de dollars au produit intérieur brut (PIB) mondial d'ici 2025 en améliorant l'intégration des femmes sur le marché du travail et en réalisant la parité hommes-femmes, principalement en réduisant les écarts dans les postes de direction et les salaires, parmi d'autres mesures. Les pays et les entreprises qui investissent dans l'intégration des femmes sur le marché du travail, qui ne perpétuent pas les écarts de salaires entre les hommes et les femmes et qui donnent aux femmes la possibilité d'occuper des postes de responsabilité et de gestion, observeront une évolution remarquable de leur PIB.

Le PIB augmente lorsque les biens d'équipement, les marchés du travail, la technologie et le capital humain se développent. À cet égard, de nombreux pays, en particulier dans le monde arabe, dépendent des biens d'équipement (c'est-à-dire de l'investissement en capital fixe) et importent des solutions technologiques, mais ils ne prennent pas, à quelques exceptions près, les mesures appropriées pour ouvrir le marché du travail aux femmes, ni n'investissent dans la qualité du capital humain en général.

Le taux d'intégration des femmes sur le marché du travail dans les pays arabes ne dépasse pas 19 %, alors que le taux mondial est de 47 % et que celui des pays à revenu faible ou moyen est de 46 %, selon l'étude du réseau de développement des ONG arabes intitulée "Drivers of Low Female labor Force Participation in the Arab Region - Political-Economy vs Culture" (Facteurs de la faible participation des femmes au marché du travail dans la région arabe - politique-économie/culture).

Cela signifie que les pays arabes ne verront pas leurs économies se développer à un niveau comparable à celui des pays occidentaux, asiatiques, africains ou américains, puisque les quatre cinquièmes des femmes du monde arabe ne participent pas au cycle économique. Les facteurs sont multiples, y compris les sources culturelles, législatives et politiques d'inhibition et d'entrave. Mais à mon avis, la plupart des facteurs sont d'ordre économique. Lorsque les femmes ne se voient pas confier de plus hautes responsabilités dans l'administration publique, l'injustice en termes de promotion a un impact négatif sur les salaires des femmes. Ainsi, même dans les administrations publiques censées traiter les hommes et les femmes sur un pied d'égalité, la discrimination est structurelle : les salaires de base sont similaires, mais les hommes sont plus nombreux que les femmes à bénéficier d'opportunités de promotion, ce qui crée une injustice salariale flagrante.


Le secteur privé dans le monde arabe connaît une injustice encore plus grande, où les femmes sont préférées aux hommes pour certains emplois manuels (comme le textile, l'agroalimentaire, etc.), mais leurs salaires sont inférieurs au salaire minimum, et elles ne sont pas promues à des postes de superviseurs ou de responsables hiérarchiques. L'attrait du secteur privé (source d'emploi dans toutes les économies libres) est donc faible dans les pays arabes. Ajoutez à cela le fait que les emplois techniques dans les secteurs nécessitant des compétences avancées en ingénierie sont réservés aux hommes plutôt qu'aux femmes ; les femmes sont non seulement orientées vers le secteur des services, mais l'enseignement des sciences, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques (STEM) est considéré comme une affaire d'hommes dans de nombreux pays arabes et dans d'autres pays du Sud. Ainsi, la présence réduite des femmes aux postes de direction technique est due à la faiblesse de l'offre (nombre de femmes ingénieurs, par exemple), ainsi que de la demande (la croyance selon laquelle les hommes sont plus aptes à occuper des emplois techniques complexes sur le terrain).

Par conséquent, les pays arabes doivent améliorer l'attractivité du secteur privé en se concentrant sur l'égalité salariale, en respectant le salaire minimum et en récompensant les entreprises qui placent des femmes à des postes de cadres moyens et supérieurs ; investir dans l'amélioration des conditions de travail en fournissant des installations spécifiques pour les femmes, telles que des installations privées d'allaitement ou de garde d'enfants sur le lieu de travail, ainsi que des installations sanitaires spéciales mieux adaptées aux besoins menstruels des femmes, améliorera l'attractivité du lieu de travail pour les femmes. Il est également nécessaire d'adopter une législation obligeant les entreprises, en particulier les grandes, à publier des rapports annuels sur la réduction des écarts entre les hommes et les femmes à tous les niveaux.

Les mesures de cet indicateur seraient le nombre d'hommes et de femmes dans l'entreprise, l'équité des salaires, le nombre de femmes occupant des postes d'encadrement, d'encadrement intermédiaire et d'encadrement supérieur, etc. La participation aux conseils d'administration ou de surveillance est un autre indicateur dont il faut rendre compte régulièrement.

​Les pays arabes doivent tirer parti de l'énorme potentiel que représentent les femmes, en particulier à une époque où l'éducation est répandue et où l'accès à l'université est élargi.

Il faudra des années pour combler le fossé entre les pays arabes et les autres pays, mais cela ne pourra se faire qu'avec des politiques proactives comprenant des actions positives, des investissements dans l'attractivité des principaux secteurs économiques et la promotion de l'égalité salariale ainsi que de l'équité en matière d'accès, de rétention et de promotion. En fin de compte, l'intégration des femmes est une nécessité économique qui contribuera à long terme à deux ou trois points supplémentaires de croissance économique dans les pays arabes.

Cette opportunité ne doit pas être gâchée par des débats stériles sur le rôle des femmes dans les sociétés arabes qui durent depuis bien trop longtemps. Nous devons libérer la moitié des sociétés arabes des contraintes qui empêchent les femmes de contribuer à la prospérité et à la croissance des économies arabes, et protéger les pays de la région contre les risques et les causes du sous-développement chronique.

Par Lahcen Haddad Ministre du Tourisme (2012-2016), Gouvernement du Maroc

Traduction de la rédaction



Mercredi 5 Juin 2024

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