Avec plus de 10 millions de jeunes âgés de 15 à 30 ans, la jeunesse marocaine représente une part majeure du tissu démographique du pays. Pourtant, cette génération semble se déchirer entre des aspirations modernes et des racines profondément ancrées dans la tradition. L'enquête menée par L’Economiste et Sunergia révèle une jeunesse fracturée, divisée non seulement par des inégalités sociales et territoriales, mais aussi par des visions de l'avenir qui semblent parfois incompatibles. D’un côté, les jeunes « oubliés », souvent issus de milieux ruraux, subissent la précarité et l’isolement. De l’autre, les jeunes « ambitieux », principalement urbains, voient l’éducation et l’entrepreneuriat comme des leviers d’émancipation.
Une jeunesse marocaine divisée : entre tradition et modernité
L’enquête met en lumière quatre profils distincts de jeunes marocains. D’un côté, il y a les "oubliés", qui représentent 34 % de l'échantillon. Souvent issus de milieux ruraux, ces jeunes se retrouvent déconnectés des nouvelles dynamiques sociales et économiques. L’accès limité aux technologies, un faible taux de bancarisation et une dépendance familiale marquent leur quotidien. Leur relation à la modernité reste fonctionnelle : le numérique reste un outil limité à des usages basiques comme la recherche académique, et l'émigration représente souvent une forme d’évasion face à la précarité persistante. Ils placent une confiance aveugle dans les valeurs traditionnelles, espérant que l'État les accompagnera vers une insertion professionnelle stable. Leur engagement associatif et politique est quasiment inexistant, leur regard se tourne plutôt vers un avenir marqué par des aspirations modestes : un travail stable, un mariage, et une vie paisible.
À l'opposé, les "ambitieux" représentent 30 % des jeunes marocains, surtout concentrés dans les grandes villes comme Casablanca et Settat. Ces jeunes ont une vision plus moderne et internationale. Ils aspirent à une ascension sociale rapide, souvent à travers l’éducation, qu’ils considèrent comme l’unique levier pour briser la précarité et accéder à une carrière professionnelle stable. Numériquement matures, ils sont les plus à même de naviguer dans l'ère numérique, intégrant l’intelligence artificielle et les technologies modernes dans leur quotidien. Toutefois, bien que très attachés à leur pays, une majorité d'entre eux envisagerait l’expatriation, principalement pour des études ou des opportunités professionnelles.
Les grandes frustrations : emploi, éducation et santé
Un des points communs à l’ensemble des jeunes marocains reste la frustration face à des systèmes sociaux qui peinent à répondre à leurs attentes. Les jeunes, qu'ils soient ruraux ou urbains, partagent une même insatisfaction vis-à-vis du système éducatif et de l’insertion professionnelle. La scolarisation, bien que souvent perçue comme un levier d’ascension sociale, reste inégale. Le fossé entre les établissements publics et privés accentue les inégalités, particulièrement pour ceux issus de familles modestes ou vivant en milieu rural. L’enseignement supérieur, bien qu’en constante amélioration, souffre encore de la surcharge des classes et du manque de moyens dans les établissements publics, ce qui laisse une partie importante de la jeunesse avec un sentiment d'abandon. Pour les jeunes en milieu rural, la fracture éducative est encore plus marquée.
L’emploi demeure l’une des préoccupations majeures. Le chômage des jeunes atteint un taux alarmant de 37,2 % en 2025, et la situation se dégrade au fur et à mesure que la jeunesse rencontre des difficultés d’insertion dans un marché du travail saturé. La recherche d’un emploi devient un processus de longue haleine, où les jeunes passent, en moyenne, 14 mois sans emploi stable. En ville, l’accès à l’emploi existe, mais il reste concentré dans des secteurs à forte rotation, comme les centres d'appel, avec une faible protection sociale et peu de perspectives de carrière. En milieu rural, l’absence de postes et de mobilité géographique rend le chômage encore plus dramatique.
Les aspirations : Autonomie et entrepreneuriat
Malgré les défis, les jeunes marocains ont des aspirations fortes. L’autonomie professionnelle est au cœur de leurs ambitions, mais rares sont ceux qui peuvent se permettre de se lancer immédiatement dans l’entrepreneuriat. La majorité des jeunes préfère d’abord accumuler de l’expérience dans le salariat avant de se lancer dans des projets personnels. L’aspiration à l'auto-entrepreneuriat apparaît clairement comme une perspective de long terme, mais elle est entravée par des obstacles financiers et un manque de soutien pour les jeunes porteurs de projets. De nombreux jeunes rêvent de créer leur propre entreprise, mais seulement après avoir acquis une certaine stabilité financière, souvent jugée indispensable pour se lancer.
Les jeunes urbains sont les plus enclins à l’expatriation, avec une forte appétence pour des pays comme la France, le Canada, et les États-Unis, attirés par une meilleure qualité de vie, une offre éducative plus diversifiée et des opportunités professionnelles. Cependant, cette volonté d’émigration reste conditionnée par un désir de retour si les conditions au Maroc s’améliorent. Ce sentiment de désenchantement temporaire vis-à-vis du Maroc s'accompagne d’un rêve d'une société plus juste, égalitaire, et ouverte à la modernité.
Les attentes vis-à-vis de l'État : des réformes urgentes
Les jeunes marocains demandent des réformes structurelles immédiates, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, et de l’emploi. Selon l’enquête, 69 % des jeunes estiment que la santé est la priorité absolue pour l’État, suivie par l’éducation (52 %) et l’emploi (43 %). La réforme du système de santé est perçue comme indispensable pour réduire les inégalités entre le public et le privé, mais aussi entre les zones urbaines et rurales. En matière d’éducation, les jeunes souhaitent une amélioration de la qualité de l’enseignement public et un accès plus équitable aux ressources éducatives.
Les jeunes attendent également des politiques d’accompagnement pour l’insertion professionnelle, avec un renforcement de l’orientation scolaire et des passerelles visibles entre la formation et l’emploi. L’engagement civique et associatif reste encore faible, mais il existe un potentiel important pour faire émerger une nouvelle génération de leaders locaux, prêts à prendre en main le destin du pays.
Conclusion : Une jeunesse résolue à construire son avenir
En dépit des clivages sociaux et territoriaux, la jeunesse marocaine porte un potentiel énorme. Elle est résolue à se projeter dans l’avenir, même si la voie semble semée d’embûches. Entre tradition et modernité, entre précarité et ambition, cette génération cherche à construire un Maroc en pleine transformation. Libérer ce potentiel nécessite des réformes profondes, une meilleure prise en charge des inégalités sociales et territoriales, et une véritable prise en compte des attentes de cette jeunesse pour qu'elle puisse pleinement s’épanouir dans un avenir prometteur.
Une jeunesse marocaine divisée : entre tradition et modernité
L’enquête met en lumière quatre profils distincts de jeunes marocains. D’un côté, il y a les "oubliés", qui représentent 34 % de l'échantillon. Souvent issus de milieux ruraux, ces jeunes se retrouvent déconnectés des nouvelles dynamiques sociales et économiques. L’accès limité aux technologies, un faible taux de bancarisation et une dépendance familiale marquent leur quotidien. Leur relation à la modernité reste fonctionnelle : le numérique reste un outil limité à des usages basiques comme la recherche académique, et l'émigration représente souvent une forme d’évasion face à la précarité persistante. Ils placent une confiance aveugle dans les valeurs traditionnelles, espérant que l'État les accompagnera vers une insertion professionnelle stable. Leur engagement associatif et politique est quasiment inexistant, leur regard se tourne plutôt vers un avenir marqué par des aspirations modestes : un travail stable, un mariage, et une vie paisible.
À l'opposé, les "ambitieux" représentent 30 % des jeunes marocains, surtout concentrés dans les grandes villes comme Casablanca et Settat. Ces jeunes ont une vision plus moderne et internationale. Ils aspirent à une ascension sociale rapide, souvent à travers l’éducation, qu’ils considèrent comme l’unique levier pour briser la précarité et accéder à une carrière professionnelle stable. Numériquement matures, ils sont les plus à même de naviguer dans l'ère numérique, intégrant l’intelligence artificielle et les technologies modernes dans leur quotidien. Toutefois, bien que très attachés à leur pays, une majorité d'entre eux envisagerait l’expatriation, principalement pour des études ou des opportunités professionnelles.
Les grandes frustrations : emploi, éducation et santé
Un des points communs à l’ensemble des jeunes marocains reste la frustration face à des systèmes sociaux qui peinent à répondre à leurs attentes. Les jeunes, qu'ils soient ruraux ou urbains, partagent une même insatisfaction vis-à-vis du système éducatif et de l’insertion professionnelle. La scolarisation, bien que souvent perçue comme un levier d’ascension sociale, reste inégale. Le fossé entre les établissements publics et privés accentue les inégalités, particulièrement pour ceux issus de familles modestes ou vivant en milieu rural. L’enseignement supérieur, bien qu’en constante amélioration, souffre encore de la surcharge des classes et du manque de moyens dans les établissements publics, ce qui laisse une partie importante de la jeunesse avec un sentiment d'abandon. Pour les jeunes en milieu rural, la fracture éducative est encore plus marquée.
L’emploi demeure l’une des préoccupations majeures. Le chômage des jeunes atteint un taux alarmant de 37,2 % en 2025, et la situation se dégrade au fur et à mesure que la jeunesse rencontre des difficultés d’insertion dans un marché du travail saturé. La recherche d’un emploi devient un processus de longue haleine, où les jeunes passent, en moyenne, 14 mois sans emploi stable. En ville, l’accès à l’emploi existe, mais il reste concentré dans des secteurs à forte rotation, comme les centres d'appel, avec une faible protection sociale et peu de perspectives de carrière. En milieu rural, l’absence de postes et de mobilité géographique rend le chômage encore plus dramatique.
Les aspirations : Autonomie et entrepreneuriat
Malgré les défis, les jeunes marocains ont des aspirations fortes. L’autonomie professionnelle est au cœur de leurs ambitions, mais rares sont ceux qui peuvent se permettre de se lancer immédiatement dans l’entrepreneuriat. La majorité des jeunes préfère d’abord accumuler de l’expérience dans le salariat avant de se lancer dans des projets personnels. L’aspiration à l'auto-entrepreneuriat apparaît clairement comme une perspective de long terme, mais elle est entravée par des obstacles financiers et un manque de soutien pour les jeunes porteurs de projets. De nombreux jeunes rêvent de créer leur propre entreprise, mais seulement après avoir acquis une certaine stabilité financière, souvent jugée indispensable pour se lancer.
Les jeunes urbains sont les plus enclins à l’expatriation, avec une forte appétence pour des pays comme la France, le Canada, et les États-Unis, attirés par une meilleure qualité de vie, une offre éducative plus diversifiée et des opportunités professionnelles. Cependant, cette volonté d’émigration reste conditionnée par un désir de retour si les conditions au Maroc s’améliorent. Ce sentiment de désenchantement temporaire vis-à-vis du Maroc s'accompagne d’un rêve d'une société plus juste, égalitaire, et ouverte à la modernité.
Les attentes vis-à-vis de l'État : des réformes urgentes
Les jeunes marocains demandent des réformes structurelles immédiates, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, et de l’emploi. Selon l’enquête, 69 % des jeunes estiment que la santé est la priorité absolue pour l’État, suivie par l’éducation (52 %) et l’emploi (43 %). La réforme du système de santé est perçue comme indispensable pour réduire les inégalités entre le public et le privé, mais aussi entre les zones urbaines et rurales. En matière d’éducation, les jeunes souhaitent une amélioration de la qualité de l’enseignement public et un accès plus équitable aux ressources éducatives.
Les jeunes attendent également des politiques d’accompagnement pour l’insertion professionnelle, avec un renforcement de l’orientation scolaire et des passerelles visibles entre la formation et l’emploi. L’engagement civique et associatif reste encore faible, mais il existe un potentiel important pour faire émerger une nouvelle génération de leaders locaux, prêts à prendre en main le destin du pays.
Conclusion : Une jeunesse résolue à construire son avenir
En dépit des clivages sociaux et territoriaux, la jeunesse marocaine porte un potentiel énorme. Elle est résolue à se projeter dans l’avenir, même si la voie semble semée d’embûches. Entre tradition et modernité, entre précarité et ambition, cette génération cherche à construire un Maroc en pleine transformation. Libérer ce potentiel nécessite des réformes profondes, une meilleure prise en charge des inégalités sociales et territoriales, et une véritable prise en compte des attentes de cette jeunesse pour qu'elle puisse pleinement s’épanouir dans un avenir prometteur.












L'accueil















