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​Parents sous pression : quand l’école devient une épreuve familiale


Rédigé par le Jeudi 26 Février 2026



Dans de nombreux foyers marocains, l’école ne s’arrête plus au portail. Elle s’invite à la maison, s’installe dans les conversations quotidiennes, structure les emplois du temps familiaux et, parfois, envenime les relations. La scolarité des enfants est devenue une épreuve collective, où les parents portent une charge émotionnelle et sociale souvent sous-estimée. Derrière la réussite scolaire se joue désormais une forme de réussite parentale, scrutée, comparée et jugée.

Cette pression trouve ses racines dans une réalité largement partagée : l’école est perçue comme le principal rempart contre l’incertitude sociale. Dans un contexte économique marqué par la précarité de l’emploi, la montée du coût de la vie et la fragilité des parcours professionnels, les parents projettent sur la scolarité de leurs enfants une attente démesurée. Réussir à l’école, c’est espérer sécuriser l’avenir. Échouer, c’est craindre le déclassement.

Peu à peu, l’accompagnement scolaire glisse vers une surveillance permanente. Les devoirs deviennent un moment de tension, les notes un indicateur d’angoisse, les bulletins un verdict trimestriel. Certains parents se transforment malgré eux en répétiteurs, en contrôleurs, parfois en procureurs. Cette posture n’est pas toujours choisie ; elle est souvent subie, nourrie par la peur de “ne pas en faire assez”.

La pression est particulièrement forte dans les classes moyennes urbaines. Ces familles investissent massivement dans l’éducation : école privée, cours de soutien, activités extrascolaires, langues étrangères. Cet investissement est vécu comme nécessaire, mais il a un coût financier et psychologique élevé. L’enfant devient le centre d’un projet éducatif lourd, parfois écrasant, où l’échec n’est plus une option acceptable.

Dans les milieux plus modestes, la pression prend une autre forme. Les parents, souvent moins familiers avec les codes scolaires, vivent la scolarité avec un sentiment d’impuissance. Ils font confiance à l’institution, mais redoutent ses verdicts. L’orientation ou le redoublement sont vécus comme des décisions imposées, parfois incomprises, qui affectent l’estime de soi familiale. Là aussi, l’école devient source d’angoisse, mais sans les outils pour la canaliser.

Cette tension permanente fragilise le lien parent-enfant. Les échanges autour de l’école se réduisent parfois à des reproches, des rappels à l’ordre, des comparaisons. L’enfant peut alors associer la réussite scolaire à l’amour parental, et l’échec à la déception. Cette confusion affective est lourde de conséquences. Elle transforme l’école en terrain émotionnel miné, où chaque difficulté prend une dimension affective disproportionnée.

Les parents eux-mêmes s’épuisent. Entre travail, contraintes domestiques et suivi scolaire, beaucoup expriment une fatigue croissante. Certains ressentent de la culpabilité, d’autres de la colère ou un sentiment d’injustice. Peu d’espaces existent pour reconnaître cette fatigue parentale comme un phénomène social, et non comme un manque individuel d’organisation ou d’engagement.

L’institution scolaire, de son côté, communique peu avec les familles sur ces enjeux. Les relations école-parents sont souvent formelles, centrées sur les résultats, rarement sur le bien-être ou les dynamiques familiales. Les réunions sont brèves, les échanges limités, laissant peu de place à une compréhension mutuelle des contraintes de chacun.

Ce déséquilibre alimente un malentendu profond : l’école attend des parents qu’ils soutiennent sans interférer, tandis que les parents attendent de l’école qu’elle garantisse la réussite sans failles. Entre ces attentes contradictoires, l’enfant se retrouve pris en étau. L’école devient alors non plus un espace d’émancipation, mais un facteur de tension domestique.

Reconnaître que l’école est devenue une épreuve familiale ne revient pas à déresponsabiliser les parents ni à accuser l’institution. Il s’agit plutôt de poser une question essentielle : comment construire une relation éducative plus apaisée, où la réussite ne se confond pas avec la pression, et où l’accompagnement ne rime pas avec surveillance ?

Tant que la réussite scolaire sera vécue comme une urgence sociale permanente, les familles continueront à porter une charge excessive. Et tant que cette charge restera invisible dans le débat public, l’école marocaine continuera à produire non seulement des élèves sous pression, mais aussi des parents épuisés — silencieux, mais profondément concernés.





Jeudi 26 Février 2026

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