On relit le document. On vérifie la date : 2 octobre 2026. On cherche un indice de parodie. Mais la lettre présente tous les attributs du sérieux : papier à en-tête, cachet, signature et formules de respect. Son contenu, lui, laisse perplexe.
Adressée à « Madame la cheffe du gouvernement », cette correspondance portant le nom du Forum des éthiques et valeurs dénonce des salutations échangées avec des responsables politiques masculins lors de rencontres consacrées à la formation du gouvernement. Plusieurs médias marocains et groupe Whatsapp ont relayé cette lettre en identifiant sa destinataire comme Fatima-Zahra El Mansouri.
Le document fourni ne discute ni programme, ni arbitrages économiques, ni engagements sociaux. Il s’attarde sur des bises sur les joues, présentées comme une atteinte à la pudeur des familles marocaines. Il rappelle à sa destinataire qu’elle est une femme mariée et une mère. Il lui reproche également, selon ses propres termes, de se présenter tête découverte à une réception royale, tout en couvrant sa tête au mausolée Mohammed V.
Si c’est une blague, elle ne fait pas rire. Si c’est sérieux, le malaise est plus profond.
Une responsable publique ramenée à sa condition de femme
Une association peut exprimer une sensibilité conservatrice. Elle peut défendre une conception exigeante des usages, de la réserve et du protocole. Cette liberté appartient au débat public. Mais pourquoi convoquer le mariage et la maternité pour apprécier le comportement d’une responsable politique ? Que viennent faire ces éléments dans une discussion sur l’exercice de ses fonctions ?
C’est là que la lettre révèle son angle mort. La destinataire doit répondre de ses gestes comme responsable publique, mais aussi comme épouse, comme mère et comme modèle supposé pour toutes les jeunes filles. Les hommes qu’elle salue, eux, ne font pas l’objet d’un rappel équivalent à leurs obligations de maris ou de pères.
Cette différence de traitement mérite davantage d’attention que les salutations elles-mêmes.
On peut préférer une poignée de main à une bise. On peut choisir de ne pratiquer ni l’une ni l’autre. On peut souhaiter davantage de sobriété lors des rencontres officielles. Mais transformer une marque de courtoisie en faute morale exige autre chose qu’une indignation couchée sur du papier à en-tête.
Les traditions méritent mieux qu’un réquisitoire
La lettre invoque l’identité marocaine, l’islam et l’institution de la Commanderie des croyants. Ce sont des références majeures, qui méritent d’être abordées avec rigueur.
Or le document ne cite aucune règle précise de protocole à l’appui du reproche concernant la tenue. Il rapproche deux lieux, deux circonstances et deux pratiques pour en tirer un jugement sur la personne. Une différence vestimentaire suffit-elle à établir une incohérence morale ? Le raisonnement est pour le moins fragile.
Le Maroc possède des traditions vivantes, des sensibilités diverses et des usages qui varient selon les familles, les générations et les circonstances. Prétendre résumer cette réalité à une seule manière de saluer ou de se couvrir la tête revient à appauvrir ce que l’on affirme protéger.
Le respect des valeurs ne gagne rien à devenir une surveillance permanente des femmes.
Et l’éthique de l’action publique ?
Le nom du Forum invite pourtant à une discussion autrement féconde. L’éthique en politique concerne la probité, les conflits d’intérêts, le respect de la parole donnée, l’usage des moyens publics et la responsabilité devant les citoyens.
Voilà des exigences capables de rassembler bien au-delà des sensibilités partisanes ou culturelles.
Une responsable politique doit être interrogée sur ses décisions, ses résultats et ses engagements. Avec fermeté. Sans complaisance. Lui opposer une critique exigeante est même une marque de reconnaissance de sa pleine responsabilité.
Mais déplacer le débat vers ses joues, ses cheveux et sa vie familiale produit l’effet inverse : on réduit la place qu’elle occupe à la manière dont elle devrait se comporter en tant que femme.
Le pays mérite une discussion publique à la hauteur de ses défis. Les traditions marocaines méritent mieux qu’une lecture soupçonneuse de chaque geste. Et les femmes engagées dans la vie politique méritent d’être jugées sur ce qu’elles font pour les citoyens.
Une bise ne constitue pas un programme de gouvernement. Son absence non plus.
Adressée à « Madame la cheffe du gouvernement », cette correspondance portant le nom du Forum des éthiques et valeurs dénonce des salutations échangées avec des responsables politiques masculins lors de rencontres consacrées à la formation du gouvernement. Plusieurs médias marocains et groupe Whatsapp ont relayé cette lettre en identifiant sa destinataire comme Fatima-Zahra El Mansouri.
Le document fourni ne discute ni programme, ni arbitrages économiques, ni engagements sociaux. Il s’attarde sur des bises sur les joues, présentées comme une atteinte à la pudeur des familles marocaines. Il rappelle à sa destinataire qu’elle est une femme mariée et une mère. Il lui reproche également, selon ses propres termes, de se présenter tête découverte à une réception royale, tout en couvrant sa tête au mausolée Mohammed V.
Si c’est une blague, elle ne fait pas rire. Si c’est sérieux, le malaise est plus profond.
Une responsable publique ramenée à sa condition de femme
Une association peut exprimer une sensibilité conservatrice. Elle peut défendre une conception exigeante des usages, de la réserve et du protocole. Cette liberté appartient au débat public. Mais pourquoi convoquer le mariage et la maternité pour apprécier le comportement d’une responsable politique ? Que viennent faire ces éléments dans une discussion sur l’exercice de ses fonctions ?
C’est là que la lettre révèle son angle mort. La destinataire doit répondre de ses gestes comme responsable publique, mais aussi comme épouse, comme mère et comme modèle supposé pour toutes les jeunes filles. Les hommes qu’elle salue, eux, ne font pas l’objet d’un rappel équivalent à leurs obligations de maris ou de pères.
Cette différence de traitement mérite davantage d’attention que les salutations elles-mêmes.
On peut préférer une poignée de main à une bise. On peut choisir de ne pratiquer ni l’une ni l’autre. On peut souhaiter davantage de sobriété lors des rencontres officielles. Mais transformer une marque de courtoisie en faute morale exige autre chose qu’une indignation couchée sur du papier à en-tête.
Les traditions méritent mieux qu’un réquisitoire
La lettre invoque l’identité marocaine, l’islam et l’institution de la Commanderie des croyants. Ce sont des références majeures, qui méritent d’être abordées avec rigueur.
Or le document ne cite aucune règle précise de protocole à l’appui du reproche concernant la tenue. Il rapproche deux lieux, deux circonstances et deux pratiques pour en tirer un jugement sur la personne. Une différence vestimentaire suffit-elle à établir une incohérence morale ? Le raisonnement est pour le moins fragile.
Le Maroc possède des traditions vivantes, des sensibilités diverses et des usages qui varient selon les familles, les générations et les circonstances. Prétendre résumer cette réalité à une seule manière de saluer ou de se couvrir la tête revient à appauvrir ce que l’on affirme protéger.
Le respect des valeurs ne gagne rien à devenir une surveillance permanente des femmes.
Et l’éthique de l’action publique ?
Le nom du Forum invite pourtant à une discussion autrement féconde. L’éthique en politique concerne la probité, les conflits d’intérêts, le respect de la parole donnée, l’usage des moyens publics et la responsabilité devant les citoyens.
Voilà des exigences capables de rassembler bien au-delà des sensibilités partisanes ou culturelles.
Une responsable politique doit être interrogée sur ses décisions, ses résultats et ses engagements. Avec fermeté. Sans complaisance. Lui opposer une critique exigeante est même une marque de reconnaissance de sa pleine responsabilité.
Mais déplacer le débat vers ses joues, ses cheveux et sa vie familiale produit l’effet inverse : on réduit la place qu’elle occupe à la manière dont elle devrait se comporter en tant que femme.
Le pays mérite une discussion publique à la hauteur de ses défis. Les traditions marocaines méritent mieux qu’une lecture soupçonneuse de chaque geste. Et les femmes engagées dans la vie politique méritent d’être jugées sur ce qu’elles font pour les citoyens.
Une bise ne constitue pas un programme de gouvernement. Son absence non plus.












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