PoÚme, version mise en musique, à écouter de Adnane Benchakroun
Pour ceux qui aiment encore lire : PoĂšme de Adnane Benchakroun
Et pourtant quelque chose sâest brisĂ© dans le regard.
On a tout donnĂ©, pour lâAfrique dâabord,
Mais lâĂ©cho nâa pas rĂ©pondu comme on lâattendait.
On a tout donnĂ©âŠ
Et on nâa pas compris.
On a dressé des stades comme on élÚve des cathédrales,
Avec la patience des bĂątisseurs et la foi des jours longs.
Du béton, oui, mais surtout des promesses,
Des siĂšges pour les rĂȘves, des pelouses pour lâhistoire,
Pensant que la beauté calme toujours les colÚres.
On a veillé la nuit, protégé chaque pas,
Sécurisé les rues comme on protÚge une maison pleine.
Aucune peur, aucun mur invisible,
Juste lâidĂ©e naĂŻve que la confiance
Ătait encore une langue commune.
Les routes ont relié plus que des villes,
Les aéroports ont rapproché des mémoires dispersées.
Gares, ponts, lumiĂšres,
Tout disait : âVenez, ceci est aussi chez vousâ,
Sans demander de passeport émotionnel.
On a offert des hĂŽtels trop grands pour nos propres nuits,
Des chambres pleines dâattentions silencieuses.
On a voulu le confort comme langage,
Le soin comme diplomatie,
La dignité comme protocole.
On a souri avant de comprendre,
Accueilli avant de juger.
Le civisme comme réflexe,
LâhospitalitĂ© comme hĂ©ritage,
Parce que chez nous, recevoir est une maniĂšre dâexister.
On a tout donnĂ©, sans demander dâapplaudissements,
Sans exiger dâamour en retour.
On a tout donnĂ©, pour lâAfrique dâabord,
Et pourtant les visages se sont durcis.
On a tout donnĂ©âŠ
Et on nâa pas compris.
Puis sont venues les réactions,
Lourdes, inattendues, presque étrangÚres.
Des mots plus froids que lâhiver,
Des soupçons à la place des chants,
Comme si réussir était devenu une offense.
On a vu la jalousie se déguiser en morale,
Le doute se faire accusation.
Non pas contre ce quâon faisait,
Mais contre ce quâon devenait,
Et cela, personne ne lâavait anticipĂ©.
Peut-ĂȘtre est-ce la peur du dĂ©crochage,
Cette angoisse muette de rester derriĂšre le train.
Quand lâun avance, lâautre croit perdre,
Comme si le progrĂšs nâĂ©tait pas partageable,
Comme si lâespoir avait un quota.
On nâa rien compris parce quâon ne voulait pas comprendre ça,
Que parfois la rĂ©ussite dĂ©range plus que lâĂ©chec.
Quâelle rappelle ce que lâon nâa pas fait,
Ce que lâon a remis Ă demain,
Ce que lâon a laissĂ© sâuser.
Alors on est restés là , dignes mais meurtris,
Pas en colÚre, juste fatigués.
Ă se demander quand aimer lâAfrique
Deviendra un geste simple,
Sans procÚs, sans soupçon, sans rancune.
On a tout donné, et on donnerait encore,
Parce que renoncer ne nous ressemble pas.
On a tout donnĂ©, pour lâAfrique dâabord,
MĂȘme si lâamour nâa pas suivi le mĂȘme chemin.
On a tout donnĂ©âŠ
Et malgré tout, on continue.
âLe poĂšme raconte le dĂ©sarroi calme dâun pays qui a tout offert pour accueillir lâAfrique :
Mais face Ă cet engagement total, la rĂ©action attendue nâest pas venue. Ă la place, le poĂšme Ă©voque la stupeur devant certaines rĂ©actions marquĂ©es par la suspicion, la jalousie et la peur du dĂ©crochage. La rĂ©ussite devient source de malaise, presque de reproche. Sans colĂšre ni revanche, le texte exprime une fatigue morale, une blessure digne. Il interroge une Afrique parfois incapable de cĂ©lĂ©brer lâavancĂ©e de lâun des siens. Et malgrĂ© cette incomprĂ©hension, le poĂšme se conclut sur une fidĂ©litĂ© obstinĂ©e Ă lâidĂ©e de donner encore, sans renoncer Ă lâespoir.












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