L'ODJ Média

lodj






Abdelouafi Laftit ambitionne de mettre les taxis sur… le droit chemin


Le Maroc est un Etat de droit, ou du moins ainsi le présente-t-on, tout étant bien entendu perfectible en ce bas monde. Mais admettons qu’il y a quand même du droit dans ce pays, et qu’il gagne du terrain. Or, comme dans toute chose, il existe des résistances, et parmi les plus notables de ces dernières, le très fermé monde des taxis. Et le plus préoccupant est que la puissance publique paraît avoir admis le fait et l’existence prospère de cet espace de non-droit. Cela semble fini aujourd’hui, du moins on l’espère.



A lire ou à écouter en podcast :


Par Aziz Boucetta

Lui est cadre dans une grande entreprise rbatie qui organise une réunion à Tanger avec des investisseurs vietnamiens, par exemple. Il traverse la somptueuse capitale jusqu’à la gare pharaonique d’Agdal, grimpe dans le TGV et, très exactement 70 mn plus tard, il en sort pour se retrouver dans l’aussi belle et immense gare de Tanger. Il quitte la gare pour chercher un taxi qui l’emmènera à son lieu de réunion… Elle est chirurgienne ophtalmo à el Jadida, et elle a programmé une opération compliquée au CHU de Rabat.

Elle emprunte l’autoroute vers Casablanca, traverse la ville, gare sa voiture dans le grand parking de la grande gare de la grande ville, saute dans le train rapide pour Rabat, puis quitte la gare pour prendre un taxi qui l’emmènera à son lieu d’intervention… Lui vient d’Allemagne, il est professeur, il atterrit à l’aéroport Mohammed V, passe les contrôles et se retrouve sur le parvis de l’aérogare et cherche un taxi qui l’emmènera à son hôtel avant de se rendre à son lieu de conférence…
 

Les trois sont happés par des types aux mines patibulaires, souvent dépenaillés, mal rasés, parfois même hirsutes, hurlant des directions à la face des voyageurs qui arrivent et qu’ils invectivent à l’occasion. Ils s’échangent les passagers et vont les enfermer dans leurs taxis rouges, bleus, jaunes, au confort incertain, certains tenant uniquement par la peinture. Notre cadre à Tanger, notre chirurgienne à Rabat et notre visiteur étranger se trouvent alors coincés entre deux personnes qu’ils ne connaissent pas, allant dans une direction qu’ils ne reconnaissent pas ; ils constatent le verre souillé par du café séché entre les deux sièges avant et avisent les fils inquiétants qui pendent de sous le volant ; l’odeur est pesante, la clim est un luxe inconnu, le respect du code de la route une option.
 

Ce n’est pas le Maroc que nous voulons en interne et encore moins celui que nous promouvons à l’international. Ces taxis, pour la plupart, sont une indésirable survivance d’un Maroc que nous pensions révolu, que nous voulons dépasser. Et c’est là que notre ministre de l’Intérieur intervient enfin, finalement… Abdelouafi Laftit a adressé une circulaire à « ses » walis et gouverneurs, leur y demandant plus de fermeté quant à l’hygiène, la sécurité et la fiabilité.

 


Comment cela se passera-t-il ? Certainement mal, pour deux raisons. D’abord l’incivisme notoire, insistant et résistant de la plupart des conducteurs de taxis, urbains ou interurbains, et ensuite la nature des fameux agréments et le statut des gens qui en bénéficient. M. Laftit sait qui sont ces heureux élus et a donc une idée de la difficulté qu’il aura à sévir, car le problème vient de l’autorisation de circuler délivrée à ces personnes, avec les questions de mémoire et d’héritage qui se greffent et qui compliquent le tout.
 

Introduire les nouvelles technologies (applications, centres d’appel, …), remplacer le parc de taxis (comme cela été fait et réussi pour les taxis dits « grands »), sensibiliser les chauffeurs de taxis à plus de civisme et de respect, et au besoin sévir contre les récalcitrants, quels qu’ils soient… voilà les grandes mesures qui devront être prises par les walis et gouverneurs. Et la formation… ce n’est pas parce qu’on sait conduire un véhicule qu’on est forcément un bon chauffeur de taxi.
 

Mais plus important est la correction de la réglementation des taxis et des autorisations délivrées. Qui y a droit ? Comment accéder à la profession ? Quelles sont les règles du métier (ancienneté, connaissance des villes, allure du conducteur, tenue du véhicule, sanctions…) ?
 

Confier un changement à des walis et gouverneurs est une bonne chose, assurément, mais une réforme globale est par essence centrale et doit passer par la législation, au niveau du ministère. Le ministre de l’Intérieur osera-t-il s’en prendre à une profession réglementée par la coutume, les habitudes, les copinages, les passe-droits ? Pourra-t-il affronter les résistances et autres interventions ? Sera-t-il en mesure de dépasser l’effet d’annonce de sa circulaire pour procéder aux coups de semonce nécessaires, avant de procéder à la grande bascule d’un secteur dont le fonctionnement aujourd’hui ne répond plus aux exigences du Maroc et des Marocains d’aujourd’hui ?
 

En un mot, Abdelouafi Laftit jettera-t-il prématurément l’éponge, laissant les taxis déraper sur la voie publique ?
 

On sait que les walis et gouverneurs new generation font des miracles quand ils le veulent, et ils le veulent souvent. Mais parfois, même s’ils le veulent, une implication personnelle et directe du ministère est salutaire. Attendons donc de voir se matérialiser cette bonne volonté d’Abdelouafi Laftit et voyons s’il s’arrêtera en chemin ou non, et si oui, à quel niveau ? S’il laissera ces chauffeurs de taxis, chauffards pour être plus précis, qui connaissent la foi mais ignorent la loi, sévir sur nos avenues et nos routes ?
 

Dans l’intervalle, bâtir des infrastructures de mobilité ultramodernes, construire des ponts et creuser des tunnels, ériger des gares et des aéroports, tout cela est bien, mais sans taxis au niveau requis et de taximen (women) avec un savoir-vivre bien acquis, la tâche restera inachevée. Bon courage, M. Laftit.
 

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost 




Jeudi 21 Novembre 2024

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

L’ODJ Média

Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

Par ordre alphabétique. Retrouvez les articles de chaque auteur : FR en français, AR en arabe.

  • Abdallah BenzekriFR
  • Abdelaziz KoukasFRAR
  • Abdelfettah EssadikiAR
  • Abdelghani El ArrasseFR
  • Abdeslam SeddikiFRAR
  • Abdessamad AlhyanFRAR
  • Adel GhallabFR
  • Adil BenhamzaFRAR
  • Adnan DebbarhFR
  • Ali BouallouFRAR
  • Ali TounsiAR
  • Anissa Mekouar SenhadjiFR
  • Ayoub MechmoumAR
  • Aziz BoucettaFRAR
  • Aziz DaoudaFRAR
  • Aziz RabbahFRAR
  • Aziza BenkiraneFRAR
  • Badr Ben AllachAR
  • Badreddine AitlekhouiAR
  • Bargach LarbiFR
  • Dr Anwar CherkaouiFRAR
  • Dr Az-Eddine BennaniFR
  • Dr Hassan BennaniFR
  • Dr Idriss QorichAR
  • Dr Khalid FathiFRAR
  • Dr Mustapha BelaouniAR
  • Dr Zakaria Benomar FarèsFR
  • El Montacir BensaidFRAR
  • Fawzia Talout MeknassiFR
  • Hassan AbdelkhalekFRAR
  • Hicham El AadnaniFRAR
  • Lahcen HaddadFRAR
  • Marwane El BouzdainiFR
  • Mohamed El OuardiFRAR
  • Mohamed Yasser MoulineFRAR
  • Mustapha SehimiFRAR
  • Naïm KamalFRAR
  • Najib MikouFRAR
  • Omar HasnaouiFR
  • Rachid BoufousFRAR
  • Saâd FaouziFR
  • Saïd TemsamaniFRAR
  • Souad MekkaouiFR
  • Taoufiq BoudchicheFRAR
  • Yasser DerkouliFR
  • Younes AmimiAR
  • Zakaria BeralaFR


Bannière Lodj DJ

Avertissement éditorial — L’ODJ

Avertissement éditorial

Les textes publiés dans les rubriques « Quartier libre », « Chroniqueurs invités », « Coup de cœur » et « Communiqué de presse » doivent respecter la charte de L’ODJ ainsi que les règles suivantes.

  1. Un espace de libre expression. L’ODJ ouvre cet espace aux internautes et aux confrères invités, avec leur accord, afin qu’ils puissent s’exprimer sur les sujets de leur choix, dans le respect de sa charte éditoriale.
  2. Une publication soumise à modération. La rédaction de lodj.ma examine les contributions avant leur publication et veille à leur conformité avec la charte de L’ODJ.
  3. Des opinions qui engagent leurs auteurs. Les auteurs assument la responsabilité des propos et des informations contenus dans leurs contributions. Leur publication ne signifie pas que la rédaction de lodj.ma adhère aux opinions exprimées. Cette règle s’applique sans préjudice des responsabilités prévues par la législation applicable.
  4. Aucun contenu illicite ou abusif. Les propos diffamatoires, menaçants, abusifs ou obscènes, ainsi que tout contenu contraire à la loi, sont refusés.
  5. Aucune discrimination. Les propos racistes, sexistes ou portant atteinte à une personne ou à un groupe en raison de sa religion, de son origine, de son genre ou de son orientation sexuelle ne sont pas admis.
  6. Le respect du travail d’autrui. Toute forme de plagiat est proscrite. Les contributions doivent respecter les droits d’auteur et mentionner les sources des citations ou des contenus repris.
  7. Une rédaction à votre écoute. Vous pouvez nous signaler tout manquement éventuel à la charte éditoriale de L’ODJ Média en écrivant à radio.lodj@gmail.com. Merci de préciser le texte concerné et les raisons de votre signalement afin de permettre à la rédaction de l’examiner.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo