Parfois, un chiffre suffit à révéler un changement de dimension. 850 millions de dirhams : c’est le montant que vient de lever Africa Feed & Food (AFF) auprès de RMBV, via le fonds RNAF III, et de Proparco, bras financier de l’Agence française de développement pour le secteur privé. Derrière cette opération, plus qu’un simple apport de capitaux, se dessine une étape décisive dans la montée en puissance d’un acteur marocain qui assume désormais ses ambitions à plus grande échelle.
Le montage est précis, presque chirurgical : une augmentation de capital, sans cession d’actions existantes. Résultat, le contrôle familial reste intact. Et dans l’écosystème marocain, où la gouvernance est souvent un marqueur de stabilité, ce détail compte.
Au fond, cette opération dit quelque chose de plus large. Elle traduit une volonté d’accélérer, sans renier les fondamentaux. Les fonds mobilisés seront intégralement orientés vers l’investissement productif. Avec, en ligne de mire, trois priorités.
D’abord, consolider le socle marocain. AFF prévoit d’augmenter significativement ses capacités de production dans ses filières historiques. Un choix stratégique à l’heure où les tensions sur les chaînes alimentaires rappellent l’importance de produire localement.
Ensuite, élargir le terrain de jeu. Le groupe entend investir dans de nouveaux segments à fort potentiel, en complément de sa chaîne de valeur agroalimentaire. Une diversification réfléchie, plus que dispersée.
Enfin, accélérer à l’international. Déjà présent au Mali, en Mauritanie et au Sénégal, AFF veut renforcer ses positions en Afrique subsaharienne et explorer de nouveaux marchés. Une dynamique qui s’inscrit dans l’élan continental des entreprises marocaines.
Si RMBV et Proparco ont choisi de s’engager, ce n’est pas un pari aveugle. C’est la reconnaissance d’un modèle solide : intégration verticale, ancrage territorial et capacité à générer de la valeur sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Dans un secteur exposé aux cycles, cette cohérence rassure.
La finalisation de l’opération reste conditionnée aux autorisations réglementaires, notamment celle du Conseil de la concurrence. Mais, déjà, le signal envoyé au marché est limpide.
Avec 850 MDH en poche, AFF ne change pas de cap. Il accélère. Et confirme, en creux, que l’agro-industrie marocaine reste l’un des terrains les plus stratégiques de la décennie.












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