Mais rassurez-vous : rien n’est trop beau pour éloigner le mauvais œil du voisin qui poste sa bête sur Instagram avant même que le sang n’ait coulé.
Les foyers les plus indigents ont la ceinture noire de l’art du serrage : ils serrent, enfoncent la boucle jusqu’à ce que l’estomac vienne frapper à la porte des poumons.
Le but ? Remplir le bide des petits. Pas trop non plus. Mais suffisamment pour qu’ils aient l’air normaux devant les voisins. Pour que le gamin puisse dire : « Chez nous, on a un mouton. »
Pas de crédit, mais un mouton ; pas de chauffage, mais un mouton ; pas de manuels scolaires, mais un mouton. L’ovin, nouveau produit d’appel social.
Oui on expose tout. La viande comme un trophée sur Instagram. Et on poste la photo avec la légende : « Al Hamdoullah, nous sommes bénis. »
Pendant que le compte bancaire, lui, hurle dans le vide.
Comment appelle-t-on cette folie collective ? C’est quoi cette débandade générale des comptes et des estomacs, cette transformation du mouton en cause nationale et ruinante ?
On peut l’appeler tradition, fierté nationale, ou même thérapie de groupe.
Mais si on devait être un tout petit peu honnêtes, on dirait : le vrai sacrifice n’est pas celui d’Abraham.
Sacrifier son mouton, soit. Mais sacrifier sa dignité, sa santé, l’avenir de ses gosses ?
Ce n’est plus de la piété. D’ailleurs le sacrifice n’est pas une obligation religieuse (une fareda) ; c’est une recommandation (une sounna).
Se saigner pour un animal qui ne sauvera personne, parce que le système pousse à se ruiner pour maintenir l’illusion d’exister dans le regard des autres.
Cette aliénation déguisée en tradition, cette course au sacrifice financier laisse les vrais problèmes – l’école, la santé, le logement – sur le bas-côté.
Par Anissa MEKOUAR SENHADJI.












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