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Aïe, mon dos, aïe ma nuque : et si le vrai problème n’était pas seulement votre chaise ?


On accuse la chaise. On accuse l’écran. On accuse le télétravail. Et parfois, on a raison. Mais pas complètement. Le mal de dos et la douleur de nuque sont devenus les colocataires silencieux d’une génération qui travaille assise, longtemps, souvent mal, parfois trop. Faut-il alors acheter une chaise ergonomique, repenser tout son espace, ou simplement arrêter de croire au gadget miracle ? Entre médecine, hygiène de vie et petit théâtre du marketing du confort, il est temps de remettre un peu d’ordre dans ce dossier qui touche le quotidien de milliers d’actifs marocains.



Télétravail, posture, lombalgie : pourquoi votre chaise ne dit pas toute la vérité

Pendant des années, la chaise a été un objet banal. Un meuble, rien de plus. Elle servait à manger, à discuter, à attendre, à travailler un peu. Puis nos vies ont glissé. Le bureau est entré dans le salon, l’ordinateur a gagné la table, le téléphone a colonisé la nuque, et l’assise est devenue un sujet de santé ordinaire. Ce n’est pas spectaculaire. Ce n’est pas une urgence de film médical. Mais c’est un problème réel.

La lombalgie n’a rien d’un caprice moderne. L’Organisation mondiale de la santé rappelle qu’en 2020, 619 millions de personnes vivaient avec une douleur lombaire dans le monde, et que ce nombre pourrait grimper à 843 millions d’ici 2050. Surtout, la lombalgie reste la première cause de handicap dans le monde. Elle n’abîme pas seulement le dos ; elle rogne la mobilité, le moral, la qualité de vie et, très concrètement, la capacité à travailler.

Le plus troublant, c’est sa banalisation. On se lève à peu près bien. On s’assoit. Deux heures passent. Puis quatre. Le bassin s’écrase, le dos s’arrondit, la tête part vers l’avant comme un éclaireur mal inspiré, les épaules montent, la nuque se contracte. À la fin de la journée, beaucoup ne parlent même pas de douleur. Ils parlent d’une pesanteur. D’un corps qui “tire”. D’une fatigue qui semble physique mais qui finit par brouiller la tête, raccourcir la patience, émousser l’attention.

Il faut être clair : rester assis longtemps n’est pas anodin. Le problème, en médecine du dos, n’est pas seulement la position assise. C’est la répétition, le manque de variation, l’absence de soutien correct, le défaut de mouvement. Les organismes de santé au travail, notamment le NIOSH américain, rappellent que l’ergonomie vise précisément à réduire les troubles musculo-squelettiques liés aux conditions de travail. Et une littérature de plus en plus nette associe le temps assis prolongé, surtout au travail, à davantage d’inconfort musculo-squelettique, en particulier au bas du dos.

C’est ici que le débat devient intéressant. D’abord : oui, beaucoup de postes de travail à domicile ont été bricolés comme des solutions provisoires devenues permanentes. Une chaise de salle à manger. Un tabouret “pour dépanner”. Un écran trop bas. Un ordinateur portable posé là où il pouvait. Au début, cela passe. Le corps compense. Il compense même admirablement. Puis il facture. Et la facture arrive souvent le soir, parfois le week-end, souvent par la nuque avant même le bas du dos.

Ensuite : non, la chaise n’est pas l’ennemi unique. Il y a une petite mythologie contemporaine qui mérite d’être démontée. Acheter une chaise ergonomique ne rachète pas huit heures d’immobilité, trois mois sans activité physique et une journée entière passée à fixer un écran sans pause. L’OMS, dans ses recommandations de 2023 sur la lombalgie chronique, insiste justement sur une approche non chirurgicale fondée sur l’éducation, l’exercice, certaines interventions physiques ou psychologiques selon les cas, et non sur un objet miracle.

Autrement dit, le marché du confort raconte parfois une histoire un peu trop simple. Comme si un bon fauteuil allait régler, à lui seul, ce que notre mode de vie dérègle en continu. C’est faux. Une assise intelligente aide. Elle n’abolit ni la sédentarité ni la mauvaise hygiène gestuelle. Elle ne soigne pas une sciatique, ne remplace pas un avis médical, et ne transforme pas une journée absurde en journée saine. Le cuir, la mousse et les accoudoirs ne font pas de miracles. Le dos se moque assez royalement du storytelling produit.

Mais il serait tout aussi paresseux de balayer l’ergonomie d’un revers de main en la traitant de luxe ou de snobisme de bureau. Là encore, les faits résistent. Un poste de travail mieux pensé peut réduire l’inconfort, améliorer la stabilité posturale et limiter les compensations inutiles. Des travaux relayés par le CDC ont montré que la réduction du temps assis au travail, notamment via des postes assis-debout, pouvait diminuer les douleurs du haut du dos et de la nuque, tout en améliorant certains indicateurs de bien-être.

Le vrai sujet, donc, n’est pas “chaise design” contre “chaise ordinaire”. Le vrai sujet est plus modeste et plus sérieux : le corps est-il soutenu de façon durable ? Une bonne assise, au sens clinique du terme, permet au bassin d’être stable, au dos d’être accompagné, aux bras de ne pas tirer en permanence sur les épaules, et à la tête de ne pas s’exiler dix centimètres devant le tronc. Le confort utile n’est pas celui qui séduit pendant cinq minutes en showroom. C’est celui qu’on oublie presque pendant une matinée entière.

C’est aussi là que certaines marques spécialisées, souvent citées dans les comparatifs, attirent l’attention. Des noms comme Sihoo reviennent parce qu’ils promettent des réglages plus fins, un soutien lombaire plus cohérent, une adaptation aux longues journées hybrides. Très bien. Pourquoi pas. Mais gardons la tête froide. Une marque n’est pas une preuve médicale. Ce qui compte, ce n’est pas le logo. Ce sont les réglages, la morphologie de l’utilisateur, la durée d’utilisation, le bureau, la hauteur de l’écran, les pauses, le mouvement. Le marketing adore vendre “la” chaise. Le corps, lui, réclame un système.

Il faut aussi le dire sans détour : toute douleur du dos ou de la nuque n’est pas une simple histoire de posture. Certaines situations imposent une vigilance rapide. Les recommandations cliniques déconseillent l’imagerie systématique en première intention pour une lombalgie commune, car radio, scanner ou IRM ne changent pas toujours la prise en charge quand aucun signe de gravité n’est présent.

En revanche, des signaux d’alerte doivent pousser à consulter : douleur qui descend franchement dans la jambe, faiblesse, fourmillements, troubles de l’équilibre, perte de contrôle des urines ou des selles, douleur après traumatisme, douleur intense la nuit ou associée à une perte de poids inexpliquée. Pour la nuque, engourdissement du bras, faiblesse, trouble de la marche ou douleur qui s’aggrave en position allongée méritent également un avis médical.

C’est une précision importante, parce qu’au Maroc comme ailleurs, beaucoup de lecteurs de 24 à 54 ans naviguent entre deux excès. Le premier consiste à banaliser à outrance : “c’est juste la chaise”, “c’est le stress”, “ça va passer”. Le second consiste à surdramatiser dès la première raideur et à réclamer une IRM comme on réclame une preuve ultime. La médecine du dos déteste ces deux réflexes. Elle préfère l’observation, l’examen clinique, le contexte, le temps d’évolution, la qualité des symptômes.

Alors, que faire sans tomber dans l’obsession ergonomique ni dans le déni ? Repenser son poste, oui. Monter l’écran. Ajuster l’assise. Soutenir la région lombaire. Poser les pieds correctement. Lever le regard. Faire des pauses vraies, pas des pauses passées à scroller debout comme un lampadaire nerveux. Bouger un peu entre deux séquences de travail. Marcher. Respirer. Relâcher les épaules. Et accepter cette idée très simple, presque décevante : le dos préfère la variété à la perfection.

Le confort utile n’est pas une affaire de décoration intérieure. C’est une forme d’hygiène quotidienne. Une discipline douce. Un détail qui finit par peser lourd. Et il faut bien l’admettre : dans une époque où l’on optimise tout, on a souvent oublié l’essentiel, à savoir que le corps humain n’a jamais été conçu pour rester immobile devant un écran du matin au soir sans protester.

La bonne question, au fond, n’est donc pas : ma chaise est-elle belle ? Ni même : ma chaise est-elle ergonomique ?

La bonne question est plus honnête, presque médicale dans sa simplicité : dans quel état mon corps termine-t-il la journée ? Si le soir vous vous sentez tassé, crispé, vidé, avec la nuque en avant et le dos qui réclame une trêve, le signal est déjà là. Il ne faut ni le dramatiser, ni l’ignorer. Il faut le traiter pour ce qu’il est : un avertissement.

Et parfois, oui, cela commence par la chaise. Mais cela ne s’arrête jamais à elle.

Dimanche 15 Mars 2026



Rédigé par La rédaction le Dimanche 15 Mars 2026


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