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Avons-nous réellement un football féminin digne de ce nom

Pourra-t-on être performant au prochain championnat du monde ?


Ce sont des questions parfaitement légitimes, et même nécessaires. Mais il faut être précis : le Maroc vient de se qualifier pour la Coupe du Monde féminine 2027 en atteignant les demi-finales de la CAN 2026. Il a ensuite été éliminé par le Cameroun aux tirs au but après 0-0, ce qui signifie que la question n'est pas celle de la qualification mondiale, mais celle de la capacité à devenir durablement une grande nation du football féminin africain et à être compétitif au Brésil.



Nous avons incontestablement une équipe nationale féminine. Mais avons-nous encore un véritable système de football féminin ?

Sakina Ouzraoui Diki
Sakina Ouzraoui Diki
Le Maroc a franchi un cap extraordinaire depuis quelques années : finale de la CAN 2022, première qualification au Mondial 2023, puis qualification pour le Mondial 2027. La Fédération a également mis en place des structures importantes autour du football féminin.

Mais une sélection nationale performante ne suffit pas à démontrer qu'un pays possède une filière féminine complète de là a se poser la vraie question est : D'où viennent les joueuses qui doivent remplacer les internationales actuelles dans cinq ou dix ans ?

Si la réponse repose essentiellement sur quelques clubs, sur des joueuses formées à l'étranger ou sur un petit nombre de talents détectés tardivement, alors nous avons une sélection compétitive, mais pas encore une véritable pyramide du football féminin.

L'élimination contre le Cameroun est particulièrement révélatrice. Le Maroc avait pourtant battu l'Afrique du Sud 2-1 en quart de finale et s'était donc qualifié pour le Mondial 2027.

Mais perdre encore au stade des demi-finales pose une question de fond : sommes-nous capables de franchir le dernier obstacle ?

Il ne faudrait surtout pas transformer cette défaite en procès contre les joueuses ou contre le sélectionneur. Un match perdu aux tirs au but ne signifie pas que tout est mauvais.
En revanche, trois finales africaines manquées ou trois campagnes où le Maroc bute au même niveau doivent conduire à une évaluation beaucoup plus profonde du système.
Et le problème le plus préoccupant : c’est la formation ; c’est probablement ici que se trouve le cœur du problème.

Un grand football féminin ne se construit pas uniquement avec une équipe A, des rassemblements internationaux et des joueuses expérimentées.

Il faut une pyramide :U10 → U12 → U14 → U16 → U18 → U20 → équipe A ,avec des entraîneurs spécialisés, des compétitions régulières, des infrastructures, de la détection, un suivi médical et physique, et surtout des centaines de jeunes filles pratiquant le football de manière structurée chaque semaine.

Sans cette pyramide, chaque génération recommence pratiquement à zéro. Et c'est extrêmement dangereux.

Nousavons pourtant une occasion historique, la qualification pour le Mondial 2027 doit être considérée non comme l'aboutissement, mais comme le début d'une nouvelle étape.
 Mais être au Mondial n'est pas la même chose que pouvoir y rivaliser avec les meilleures nations mondiales.

La différence entre une sélection africaine ambitieuse et une sélection mondiale se construit principalement dans les 8 à 12 années qui précèdent la compétition, dans les centres de formation et les championnats de jeunes.

Il faut donc changer de logique , le Maroc ne devrait plus se demander : « Comment préparer notre équipe pour le prochain Mondial ? »

Mais plutôt : « Comment construire aujourd'hui les joueuses qui seront titulaires du Maroc en 2030, 2031 et 2035 ? » pour y arriver cela implique, à mon sens, cinq priorités :
 
  1. Créer de véritables centres de formation féminins, régionaux et nationaux.
  2. Obliger les clubs professionnels à disposer de filières féminines U15, U17 et U20, avec un cahier des charges sérieux.
  3. Multiplier les compétitions de jeunes, et non seulement les compétitions seniors.
  4. Former massivement des entraîneurs féminins et masculins spécialisés dans la formation des jeunes filles.
  5. Détecter les Marocaines évoluant à l'étranger, tout en évitant que le système national dépende essentiellement de la diaspora.
 
Le paradoxe marocain. C'est là que le débat devient intéressant.

Le Maroc dispose aujourd'hui d'une visibilité internationale considérable. La FIFA présente d'ailleurs Sakina Ouzraoui Diki pensionnaire au CD Tenerife après un passage par Bruges, comme l'une des joueuses marocaines portant l'ambition d'une deuxième Coupe du Monde consécutive.

Nous avons donc les résultats, l'intérêt du public, les infrastructures et une génération de joueuses talentueuses.Ce qui manque encore, c'est la profondeur.C'est-à-dire :
20 bonnes joueuses ,100 joueuses compétitives , 1 000 joueuses formées, 10 000 jeunes filles pratiquant régulièrement ,une véritable culture du football féminin.

C'est cette transformation qui fera passer le Maroc d'une équipe nationale performante à une nation de football féminin.

Pour le Mondial du Brésil. Il faut être ambitieux mais réaliste.

Le Maroc peut y être performant, mais il serait dangereux de croire qu'un changement radical de niveau peut être obtenu en quelques mois.

L'objectif raisonnable devrait être double :À court terme : préparer intelligemment la génération actuelle pour être compétitive au Brésil.À moyen et long terme : construire une véritable industrie du football féminin marocain.Et c'est là finalement la question la plus importante :

Voulons-nous seulement avoir une équipe féminine capable de participer aux Coupes du Monde, ou voulons-nous construire un football féminin marocain capable, un jour, de gagner la Coupe d'Afrique régulièrement et de rivaliser avec les meilleures équipes du monde ?

Si nous choisissons la deuxième option, le centre de formation féminin ne doit plus être considéré comme un projet secondaire. Il doit devenir une priorité nationale du football marocain.

Et à mon avis, c'est précisément à partir de cette question qu'il faudrait ouvrir un grand débat national sur l'avenir du football féminin marocain.

Et non taper sur les joueuses et le staff technique. C’est trop facile.

M.K
 



Jeudi 20 Août 2026

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