À Rabat, les grandes institutions publiques avancent souvent à bas bruit. Pourtant, la transformation engagée par la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) marque un tournant discret mais structurant. Forte d’un bilan de 382 milliards de dirhams, l’institution s’est délestée d’actifs hôteliers jugés non stratégiques et a réorganisé ses pôles financier, immobilier et touristique afin de mieux accompagner les grands chantiers de l’État.
Son directeur général, Khalid Safir, en poste depuis 2022, assume ce repositionnement. Polytechnicien passé par la Trésorerie générale du Royaume et le ministère des Finances, il défend une approche évolutive : « Chaque plan fait le bilan du précédent et fixe un nouveau cap. » Le programme CAP2030, qui prolonge la feuille de route 2017-2022, vise ainsi à mobiliser près de 100 milliards de dirhams d’ici 2030 pour financer l’économie nationale, avec une enveloppe initiale de 16 milliards de dirhams sur trois ans.
Le recentrage opéré en 2025 dans le développement territorial a permis de regrouper les compétences autour de quatre métiers : zones industrielles, immobilier locatif, aménagement urbain et conseil. Des projets emblématiques Zenata, Casa Anfa ou encore des quartiers structurants à Casablanca et Rabat bénéficient désormais d’une organisation plus intégrée. Dans le même esprit, l’entité INEE (Innovative Energy & Efficiency) accompagne collectivités et administrations dans l’efficacité énergétique, un levier devenu stratégique face à la pression climatique et budgétaire.
Dans le tourisme, la CDG privilégie désormais les établissements haut de gamme et les resorts, notamment à Saïdia et dans le nord du pays, tout en poursuivant la cession d’actifs non prioritaires. Sur le plan financier, le repositionnement concerne des filiales comme CIH Bank, Finéa et Jaida, cette dernière étant orientée vers l’économie sociale et solidaire afin de soutenir les coopératives et l’entrepreneuriat inclusif.
La souveraineté économique constitue toutefois l’axe le plus sensible. À travers CDG Incept, le groupe cible la souveraineté numérique et alimentaire : data centers, cloud souverain, dessalement de l’eau et filière semencière. « Nous ne sommes pas là pour tout faire mais pour répondre à des besoins spécifiques », souligne Safir, rappelant que les engrais sont déjà couverts par OCP Group.
Les performances financières 2024 confirment cette dynamique : produit net bancaire en hausse de 33 % et bénéfice supérieur de 2 milliards de dirhams à celui de 2023. Si certains facteurs restent conjoncturels, le dirigeant insiste sur la rentabilité durable des infrastructures et du financement de l’économie réelle.
Institution hautement régulée, la CDG gère près de 350 milliards de dirhams de ressources fonds de pension, consignations et dépôts réglementés dans un cadre prudentiel strict. L’enjeu reste d’arbitrer entre sécurité et valorisation des actifs, tout en dégageant des marges de manœuvre pour soutenir l’investissement.
Dans un contexte où le chômage dépasse 13 %, Safir rappelle que la création d’emplois dépend surtout de l’écosystème territorial et des PME. L’accès au financement, notamment pour les entreprises sans garanties suffisantes, demeure la clé pour changer d’échelle.
À l’heure où le Maroc accélère sa transition économique et énergétique, la CDG choisit la sobriété stratégique plutôt que l’expansion tous azimuts. Si CAP2030 tient ses promesses, l’institution pourrait consolider son rôle de catalyseur silencieux du développement national — un rôle rarement spectaculaire, mais souvent décisif.
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