La Direction de l’aviation civile (DAC) n’a pas parlé de crise, mais le signal envoyé au secteur est sans équivoque. En raison d’une limitation temporaire de l’approvisionnement en carburant aviation dans tous les aéroports marocains, l’autorité appelle les compagnies aériennes opérant vers le Royaume à adapter leur planification. L’objectif est d’éviter toute rupture dans le trafic et de préserver la sécurité des passagers, dans un contexte déjà marqué par de fortes contraintes logistiques.
Concrètement, les vols long-courriers sont invités à embarquer, dès le départ, le maximum de carburant possible, dans le respect strict des limites techniques, de performance et de sécurité des appareils. Pour les vols court et moyen-courriers, la recommandation est encore plus explicite : prévoir une quantité suffisante pour assurer l’aller-retour sans dépendre des ravitaillements locaux, sauf pour les besoins strictement liés à la sécurité. Cette consigne concerne l’ensemble des vols, qu’ils soient réguliers, charter ou cargo.
La DAC insiste sur le caractère temporaire de ces mesures, présentées comme un dispositif de précaution. Les compagnies sont également invitées à limiter le ravitaillement sur le sol marocain au strict nécessaire, afin de gérer au mieux les stocks disponibles dans les aéroports et d’éviter toute tension supplémentaire. Dans les milieux du transport aérien, cette consigne n’est pas anodine : embarquer davantage de carburant alourdit les avions et augmente les coûts d’exploitation. Mais, selon plusieurs professionnels du secteur, ce surcroît de charge reste préférable à des retards ou des annulations en chaîne, dont l’impact économique et réputationnel serait bien plus lourd.
À l’origine de cette situation figure un facteur largement exogène : la météo. Depuis plusieurs semaines, tempêtes et fortes houles perturbent l’activité portuaire sur le littoral marocain, ralentissant le déchargement des navires transportant carburants et gaz butane. Dans un communiqué officiel, le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable a reconnu l’impact de ces conditions météorologiques exceptionnelles sur le fonctionnement de certains ports du Royaume.
Selon les données communiquées par le ministère, plus d’un million de tonnes supplémentaires de produits pétroliers se trouvent actuellement à bord de navires en attente de déchargement, prêtes à être mises à terre dès l’amélioration des conditions en mer. En attendant, les autorités assurent suivre de près l’évolution des niveaux de stocks, en coordination avec les professionnels du secteur énergétique et portuaire, afin d’anticiper toute tension prolongée.
Au 5 février, le stock national de produits pétroliers s’élevait à 617.000 tonnes. Un chiffre qui n’est pas passé inaperçu au Parlement. Le 6 février, la députée Fatima Tamni, membre de la Fédération de la gauche démocratique, a adressé une question écrite à la ministre de tutelle, s’interrogeant sur un niveau de réserve jugé faible au regard de la consommation nationale. Pour rappel, le Maroc consomme plus de 12 millions de tonnes de produits pétroliers par an, soit environ un million de tonnes par mois.
Sur cette base, le volume de stocks annoncé correspondrait à moins de trois semaines de consommation, autour de 18 jours d’autonomie. La députée rappelle, à juste titre, que la législation marocaine prévoit la constitution de réserves stratégiques couvrant 60 jours de consommation, ce qui représenterait près de deux millions de tonnes. Sans céder à l’alarmisme, cette situation relance le débat sur la résilience énergétique du pays face aux aléas climatiques et logistiques.
Cet épisode, bien que conjoncturel, agit comme un révélateur. Il rappelle que la sécurité aérienne, la fluidité du transport et la souveraineté énergétique sont étroitement liées. Pour un Maroc engagé dans une trajectoire de modernisation économique et d’ouverture, renforcer l’anticipation, la coordination et la gestion durable des stocks n’est plus un luxe, mais une exigence stratégique au service de la stabilité et de la confiance collective.












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