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Carburants : tout savoir sur un secteur pas si opaque que cela


Rédigé par La rédaction le Samedi 20 Juin 2026

Volumes vendus, chiffre d’affaires, importations, nouveaux opérateurs : le dernier reporting du Conseil de la concurrence permet de mieux comprendre les mécanismes d’un marché souvent réduit à la seule question des prix à la pompe.



Le secteur des carburants traîne depuis des années une réputation tenace : celle d’un univers fermé, difficile à décrypter et dominé par quelques acteurs dont les marges alimenteraient toutes les suspicions. Le débat public, particulièrement vif à chaque hausse des prix à la pompe, se résume souvent à une formule : « on ne sait pas ce qui se passe réellement ».

Pourtant, les données publiées par le Conseil de la concurrence sur l’année 2025 montrent qu’il existe désormais une matière chiffrée suffisamment dense pour comprendre les grandes lignes du marché. Pas tout, évidemment. Mais beaucoup plus que ce que laisse entendre l’idée d’un secteur totalement opaque.

Le dernier reporting consacré aux sociétés de distribution en gros de gasoil et d’essence concernées par les accords transactionnels conclus avec le Conseil apporte plusieurs enseignements. Il permet surtout de distinguer trois réalités qui se mélangent trop souvent dans le débat : les volumes consommés, les montants facturés et la structure d’un marché qui se diversifie progressivement.

Premier constat : les Marocains et les entreprises ont consommé davantage de carburants en 2025. Les neuf sociétés concernées ont vendu environ 7,45 milliards de litres de gasoil et d’essence, contre 7,32 milliards de litres un an auparavant. Cela représente une hausse de 1,8 %.

Cette progression peut paraître modeste, mais elle confirme une tendance lourde : le pays reste très dépendant des carburants fossiles pour faire rouler son économie. Transport routier, logistique, agriculture, industrie, mobilité urbaine, chantiers, livraisons… le gasoil demeure le carburant central de l’activité nationale.

Il représente à lui seul 85 % des volumes vendus et 83 % de la valeur totale des ventes. Autrement dit, le marché marocain des carburants reste d’abord et avant tout un marché du diesel. L’essence existe, bien sûr, mais elle demeure loin derrière dans les volumes consommés.

Deuxième élément, plus révélateur : alors que les volumes vendus ont augmenté, le chiffre d’affaires global a baissé. Les neuf sociétés ont réalisé près de 70,4 milliards de dirhams de chiffre d’affaires en 2025, contre un niveau supérieur en 2024. Le recul est de 8,9 %.

Cette évolution mérite d’être regardée avec attention. Elle montre que l’augmentation des volumes ne signifie pas automatiquement une hausse des recettes. Les carburants peuvent être davantage consommés, tout en générant moins de chiffre d’affaires, notamment lorsque les prix internationaux, les coûts d’importation ou les prix de vente connaissent une baisse.

Le quatrième trimestre confirme cette tendance. Entre octobre et décembre 2025, les volumes de gasoil et d’essence vendus ont légèrement progressé, atteignant environ 1,91 milliard de litres, contre 1,9 milliard un an auparavant. Mais le chiffre d’affaires trimestriel a reculé de 3,7 %, à près de 17,7 milliards de dirhams.

Ce décalage entre quantité et valeur est l’un des éléments les plus importants du reporting. Il rappelle que le débat sur les carburants ne peut pas être réduit à une lecture binaire : « les volumes augmentent donc les distributeurs gagnent plus ». La réalité est plus complexe. Elle dépend à la fois des prix du pétrole, du raffinage, du fret maritime, du dollar, des taxes, des coûts logistiques, des stocks et des conditions commerciales.

Autre donnée éclairante : le marché ne reste pas figé. À la fin de 2025, le nombre d’opérateurs disposant d’un agrément provisoire de reprise en raffinerie pour la distribution des produits pétroliers liquides est passé de 35 à 39. Quatre nouveaux opérateurs ont donc fait leur entrée sur le marché national.

Même évolution du côté des importations. Le nombre de sociétés agréées pour importer des produits pétroliers liquides est passé de 31 à 35 en une année. Le secteur reste concentré autour de grands groupes connus du public, mais il n’est plus totalement verrouillé. De nouveaux entrants apparaissent, ce qui peut favoriser une concurrence plus active, à condition qu’ils disposent réellement des capacités logistiques, financières et commerciales nécessaires pour s’installer durablement.

Les importations donnent, elles aussi, une indication précieuse sur l’ampleur du marché. En 2025, le Maroc a importé environ 6,9 millions de tonnes de gasoil et d’essence, contre 6,5 millions de tonnes en 2024. Le volume a ainsi progressé de 6,7 %.

En revanche, la valeur globale de ces importations a diminué de 9,1 %, passant de 51,82 milliards de dirhams à 47,1 milliards. Là encore, les chiffres racontent une histoire moins simple qu’il n’y paraît : le pays a importé davantage de carburants, mais pour une facture financière moins élevée.

Au quatrième trimestre, le gasoil a représenté 88 % des importations, aussi bien en volume qu’en valeur. Ce poids confirme la structure du marché marocain : le diesel reste le nerf énergétique de la mobilité et du transport national.

Faut-il en conclure que tout est transparent et que les interrogations sur les prix n’ont plus lieu d’être ? Certainement pas. Les consommateurs ont le droit de demander davantage de lisibilité sur la formation des prix, les marges, la fiscalité, les coûts de stockage, de transport et de distribution.

Mais il faut aussi reconnaître que le secteur n’est plus une boîte noire totale. Les données du Conseil de la concurrence permettent désormais de suivre les volumes, les chiffres d’affaires, les importations et l’évolution du nombre d’opérateurs. Elles ne règlent pas toutes les controverses, mais elles obligent à sortir des slogans.

Le vrai enjeu consiste désormais à transformer cette transparence statistique en transparence intelligible. Car publier des chiffres est une chose. Les expliquer clairement aux citoyens, aux entreprises et aux décideurs en est une autre.





Samedi 20 Juin 2026

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