Je ne suis pas journaliste mais je fais du journalisme !
Certes, je n’ai que quatre années d’expérience journalistique. À l’échelle d’un métier aussi ancien que le journalisme, ce n’est presque rien. Ce n’est ni une carrière, ni une autorité morale, ni une expertise consacrée par le temps. Mais quatre ans, c’est suffisant pour apprendre à douter, pour se tromper, pour corriger, pour observer, et surtout pour formuler une conviction intime, forgée loin des théories abstraites : le journalisme n’est pas une accumulation de techniques, encore moins un don naturel. C’est une posture, une manière d’être au monde.
Depuis quelques années, une idée s’est imposée à moi avec de plus en plus de clarté : le journaliste d’aujourd’hui doit devenir un capteur actif du réel. Non pas un simple relais d’informations, non pas un copieur de dépêches, encore moins un amplificateur de bruit. Mais un filtre intelligent, conscient, capable de transformer le tumulte permanent du monde en contenu journalistique pertinent, lisible et diffusé avec discernement.
Nous vivons dans une époque saturée d’informations. Jamais l’humanité n’a produit autant de contenus, de données, de commentaires, d’images et de récits simultanés. Notifications permanentes, réseaux sociaux, chaînes d’information en continu, indignations instantanées, opinions prêtes à consommer : tout est urgent, tout est prioritaire, tout se contredit. Dans ce brouhaha généralisé, le danger n’est plus le silence, mais le bruit.
Dans ce contexte, le rôle du journaliste ne peut plus être celui qui arrive le premier. La vitesse n’est plus un avantage compétitif durable. L’information brute circule plus vite que n’importe quelle rédaction. Le véritable enjeu est ailleurs : comprendre mieux, donner du sens, hiérarchiser, contextualiser. Prendre le temps là où tout pousse à la précipitation.
C’est là, selon moi, que commence la redéfinition du métier.
Le journaliste n’est pas un scribe.
Il n’est pas là pour recopier fidèlement ce que d’autres disent plus fort que lui. Il n’est pas un simple exécutant du flux informationnel, ni un automate éditorial soumis aux tendances du moment. Réduire le journalisme à l’écriture serait une erreur profonde. L’écriture n’est qu’un outil. Le métier commence bien avant le clavier.
Le journaliste est d’abord un radar.
Un radar ne cherche pas le spectaculaire. Il capte des signaux faibles, parfois invisibles pour le reste du monde. Il détecte ce qui se répète, ce qui insiste, ce qui dérange sans encore faire la une. Le journaliste-radar écoute ce qui se dit à voix basse : dans les taxis, les cafés, les files d’attente, les discussions ordinaires. Il prête attention aux phrases banales qui reviennent souvent, aux colères diffuses, aux incompréhensions persistantes.
Une société se raconte rarement d’abord dans ses communiqués officiels. Elle se raconte dans ses conversations quotidiennes. Le journaliste qui ne regarde que vers le haut rate souvent ce qui se joue en bas.
Mais capter ne suffit pas.
Le journaliste est aussi un arbitre.
Arbitrer, c’est choisir. Et choisir, c’est renoncer. Dans un monde où tout semble important, décider ce qui mérite d’être traité devient un acte éditorial majeur. Chaque publication est un signal envoyé au lecteur : “ceci est important”. Ce pouvoir est immense, et il engage une responsabilité.
Arbitrer, ce n’est pas suivre mécaniquement les tendances ou les chiffres. Les statistiques éclairent, mais elles ne décident pas. L’expérience aide, mais elle ne remplace pas l’intuition. Le journaliste arbitre en croisant plusieurs éléments : la connaissance de son lectorat, la compréhension du contexte, l’urgence réelle du sujet, et parfois une conviction difficile à justifier autrement que par le ressenti professionnel.
Ce choix est rarement parfait. Il est souvent discutable. Mais ne pas choisir par peur de se tromper conduit à un journalisme tiède, sans ligne, sans relief. À l’ODJ Media, comme ailleurs, j’ai appris qu’un choix assumé vaut toujours mieux qu’une neutralité molle.
Après le radar et l’arbitre vient le narrateur.
Un fait brut n’est pas encore un récit. Un empilement d’informations n’est pas encore un article. Le narrateur organise le réel pour le rendre compréhensible, sans le trahir. Il contextualise, relie, met en perspective. Il accepte la complexité, mais refuse la confusion.
Raconter, ce n’est pas manipuler. Ce n’est pas embellir. C’est structurer. Un bon récit journalistique guide le lecteur sans l’enfermer. Il éclaire sans asséner. Il montre qu’un sujet peut être regardé sous plusieurs angles, y compris contradictoires.
C’est ici que la rigueur intellectuelle devient essentielle. Traiter un sujet “à charge et à décharge” n’est pas une posture de neutralité feinte. C’est une exigence de crédibilité. Montrer que l’on connaît les arguments opposés, même quand on tranche, est une marque de respect envers le lecteur.
Enfin, le journaliste est un diffuseur stratégique.
Publier un article n’est plus un aboutissement. C’est le début d’un parcours. Les publics ont des usages multiples : certains lisent, d’autres écoutent, d’autres regardent. Le même contenu peut – et doit parfois – vivre sous plusieurs formes : texte, visuel, podcast, vidéo. Non pas pour se disperser, mais pour aller à la rencontre du lecteur là où il se trouve.
Transformer un article en d’autres formats n’est pas une trahison du journalisme. C’est une adaptation stratégique. Le fond reste identique, la forme évolue. Le journaliste devient alors un organisateur de rencontres entre un contenu et ses publics.
Mais cette diffusion ne doit jamais faire oublier l’essentiel : la rigueur.
Avant publication, le journaliste doit devenir son propre contradicteur. Relire non pour le style, mais pour la solidité. Se demander : est-ce plausible ? est-ce proportionné ? est-ce honnête ? Le conditionnel, souvent mal compris, est ici un outil précieux. Il permet de dire “on ne sait pas encore” sans renoncer à informer.
Au fond, devenir un capteur actif du réel, c’est accepter l’inconfort. Celui du doute. Celui de l’erreur possible. Celui de la remise en question permanente. Le journalisme n’est pas une certitude, c’est une recherche.
Avec seulement quatre années d’expérience, je ne prétends pas détenir une vérité définitive. Mais je sais une chose : le journalisme qui survit, qui compte et qui mérite la confiance du public est celui qui accepte de penser avant de produire, de comprendre avant de juger, d’observer avant de commenter.
Le journaliste n’est pas un scribe.
Il est un radar, un arbitre, un narrateur, puis un diffuseur stratégique.
Et c’est peut-être dans cette exigence, humble mais ferme, que se joue l’avenir du métier.
Depuis quelques années, une idée s’est imposée à moi avec de plus en plus de clarté : le journaliste d’aujourd’hui doit devenir un capteur actif du réel. Non pas un simple relais d’informations, non pas un copieur de dépêches, encore moins un amplificateur de bruit. Mais un filtre intelligent, conscient, capable de transformer le tumulte permanent du monde en contenu journalistique pertinent, lisible et diffusé avec discernement.
Nous vivons dans une époque saturée d’informations. Jamais l’humanité n’a produit autant de contenus, de données, de commentaires, d’images et de récits simultanés. Notifications permanentes, réseaux sociaux, chaînes d’information en continu, indignations instantanées, opinions prêtes à consommer : tout est urgent, tout est prioritaire, tout se contredit. Dans ce brouhaha généralisé, le danger n’est plus le silence, mais le bruit.
Dans ce contexte, le rôle du journaliste ne peut plus être celui qui arrive le premier. La vitesse n’est plus un avantage compétitif durable. L’information brute circule plus vite que n’importe quelle rédaction. Le véritable enjeu est ailleurs : comprendre mieux, donner du sens, hiérarchiser, contextualiser. Prendre le temps là où tout pousse à la précipitation.
C’est là, selon moi, que commence la redéfinition du métier.
Le journaliste n’est pas un scribe.
Il n’est pas là pour recopier fidèlement ce que d’autres disent plus fort que lui. Il n’est pas un simple exécutant du flux informationnel, ni un automate éditorial soumis aux tendances du moment. Réduire le journalisme à l’écriture serait une erreur profonde. L’écriture n’est qu’un outil. Le métier commence bien avant le clavier.
Le journaliste est d’abord un radar.
Un radar ne cherche pas le spectaculaire. Il capte des signaux faibles, parfois invisibles pour le reste du monde. Il détecte ce qui se répète, ce qui insiste, ce qui dérange sans encore faire la une. Le journaliste-radar écoute ce qui se dit à voix basse : dans les taxis, les cafés, les files d’attente, les discussions ordinaires. Il prête attention aux phrases banales qui reviennent souvent, aux colères diffuses, aux incompréhensions persistantes.
Une société se raconte rarement d’abord dans ses communiqués officiels. Elle se raconte dans ses conversations quotidiennes. Le journaliste qui ne regarde que vers le haut rate souvent ce qui se joue en bas.
Mais capter ne suffit pas.
Le journaliste est aussi un arbitre.
Arbitrer, c’est choisir. Et choisir, c’est renoncer. Dans un monde où tout semble important, décider ce qui mérite d’être traité devient un acte éditorial majeur. Chaque publication est un signal envoyé au lecteur : “ceci est important”. Ce pouvoir est immense, et il engage une responsabilité.
Arbitrer, ce n’est pas suivre mécaniquement les tendances ou les chiffres. Les statistiques éclairent, mais elles ne décident pas. L’expérience aide, mais elle ne remplace pas l’intuition. Le journaliste arbitre en croisant plusieurs éléments : la connaissance de son lectorat, la compréhension du contexte, l’urgence réelle du sujet, et parfois une conviction difficile à justifier autrement que par le ressenti professionnel.
Ce choix est rarement parfait. Il est souvent discutable. Mais ne pas choisir par peur de se tromper conduit à un journalisme tiède, sans ligne, sans relief. À l’ODJ Media, comme ailleurs, j’ai appris qu’un choix assumé vaut toujours mieux qu’une neutralité molle.
Après le radar et l’arbitre vient le narrateur.
Un fait brut n’est pas encore un récit. Un empilement d’informations n’est pas encore un article. Le narrateur organise le réel pour le rendre compréhensible, sans le trahir. Il contextualise, relie, met en perspective. Il accepte la complexité, mais refuse la confusion.
Raconter, ce n’est pas manipuler. Ce n’est pas embellir. C’est structurer. Un bon récit journalistique guide le lecteur sans l’enfermer. Il éclaire sans asséner. Il montre qu’un sujet peut être regardé sous plusieurs angles, y compris contradictoires.
C’est ici que la rigueur intellectuelle devient essentielle. Traiter un sujet “à charge et à décharge” n’est pas une posture de neutralité feinte. C’est une exigence de crédibilité. Montrer que l’on connaît les arguments opposés, même quand on tranche, est une marque de respect envers le lecteur.
Enfin, le journaliste est un diffuseur stratégique.
Publier un article n’est plus un aboutissement. C’est le début d’un parcours. Les publics ont des usages multiples : certains lisent, d’autres écoutent, d’autres regardent. Le même contenu peut – et doit parfois – vivre sous plusieurs formes : texte, visuel, podcast, vidéo. Non pas pour se disperser, mais pour aller à la rencontre du lecteur là où il se trouve.
Transformer un article en d’autres formats n’est pas une trahison du journalisme. C’est une adaptation stratégique. Le fond reste identique, la forme évolue. Le journaliste devient alors un organisateur de rencontres entre un contenu et ses publics.
Mais cette diffusion ne doit jamais faire oublier l’essentiel : la rigueur.
Avant publication, le journaliste doit devenir son propre contradicteur. Relire non pour le style, mais pour la solidité. Se demander : est-ce plausible ? est-ce proportionné ? est-ce honnête ? Le conditionnel, souvent mal compris, est ici un outil précieux. Il permet de dire “on ne sait pas encore” sans renoncer à informer.
Au fond, devenir un capteur actif du réel, c’est accepter l’inconfort. Celui du doute. Celui de l’erreur possible. Celui de la remise en question permanente. Le journalisme n’est pas une certitude, c’est une recherche.
Avec seulement quatre années d’expérience, je ne prétends pas détenir une vérité définitive. Mais je sais une chose : le journalisme qui survit, qui compte et qui mérite la confiance du public est celui qui accepte de penser avant de produire, de comprendre avant de juger, d’observer avant de commenter.
Le journaliste n’est pas un scribe.
Il est un radar, un arbitre, un narrateur, puis un diffuseur stratégique.
Et c’est peut-être dans cette exigence, humble mais ferme, que se joue l’avenir du métier.












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