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Colporters sans frontières


Dans son dernier classement, Reporters Sans Frontières (RSF) s’enfonce… un classement établi en fonction des intérêts du moment, ou des ennemis du moment, ou des gêneurs du moment. L’ONG, comme d’autres, tant d’autres, persiste à s’inscrire dans une logique de fin de 20ème siècle qui défend une vision unilatérale et fermée des droits et des libertés.



Par Aziz Boucetta

Et cette année, ce classement intervient alors que les lignes de fracture bougent sensiblement, essentiellement en Afrique et en Europe, et que les médias des uns et des autres distillent leur vérité et dessinent le monde tel qu’ils le veulent, qu’ils voudraient le voir. Ainsi par exemple de la nature de la  couverture en France, aux Etats-Unis, en Espagne, au Royaume-Uni de la guerre en Ukraine… Et là, l’approche est très simple, type Tom et Jerry, avec le méchant, brutal et grossier d’un côté, le gentil, contraint à la brutalité et angélique de l’autre. Le héros grec ici, le tyran glauque là.

RSF divise ainsi le monde, sur la base d’une « asymétrie entre, d’une part, les sociétés ouvertes et, d’autre part, les régimes despotiques qui contrôlent leurs médias et leurs plateformes tout en menant des guerres de propagande », dit le patron de l’ONG. Or, si les Russes font très clairement de la propagande, ils n’en ont pas le monopole et il n’est qu’à suivre les informations ukrainiennes sur les chaînes européennes pour s’en convaincre. Mais de cela, RSF ne pipe mot.

Un hôpital est bombardé à Marioupol, une école est détruite à Donetsk, et voilà qu’on brandit le spectre du crime de guerre, alourdi de tous les qualificatifs de type tueur, criminel de guerre, dictateur pour Vladimir Poutine… mais oubliant ces mariages, immeubles de résidence ou centres médicaux régulièrement ciblés par les forces de la coalition en Irak, en Syrie, en Afghanistan puis, en Afrique, essentiellement au Mali. Les Etats « bombardeurs » taisent ces faits, et c’est naturel… ce qui l’est moins en revanche, c’est le mutisme des médias de ces pays et le silence encore plus grand de RSF face à cette grande retenue médiatique.

Tonton Sam a détruit l’Irak pour une histoire de gros sous, anéanti l’Afghanistan par vengeance, tués des civils par cohortes, mais cela est passé à la trappe après quelques timides protestations.

Autre exemple de l’orientation des médias dans les pays européens et dans la Grande Amérique… Alors qu’en 2005, une journaliste du New York Times étaient incarcérée pour avoir refusé de divulguer ses sources dans une affaire portant sur la guerre en Irak, cette semaine un prix Pulitzer « spécial » a été annoncé en faveur des journalistes ukrainiens pour « la couverture de la guerre dans leur pays »

Plus encore, dès le déclenchement de la guerre en Ukraine, l’une des premières décisions prises par l’UE fut la suspension de la diffusion de RT et de Sputnik, des médias russes… RSF regarde ailleurs… tiens, vers le Mali par exemple ! Quand le gouvernement de Bamako a interdit RFI et France24, l’ONG est montée au créneau pour « dénoncer fermement cette décision qui porte un nouveau coup à l’indépendance et à la liberté de l’information au Mali »…

Question : Pourquoi l’UE s’autorise-t-elle des interdictions de médias que RSF et que l’UE interdisent au Mali ?

Mais RSF est dans son droit, elle agit comme elle l’entend, et personne ne doit s’arroger le droit de juger car ainsi est la politique et ainsi sont les blocs nationaux et les cultures. Ce qui est gênant en revanche, ce sont nos Marocains, et autres, qui font une religion des infos venues d’ailleurs, ces gens qui appréhendent leur pays en fonction du regard porté sur lui par des étrangers aux intérêts bien compris. Amnesty International jadis et aujourd’hui, HRW hier et aujourd’hui aussi, RSF encore et toujours.

De quel droit, donc, et au nom de quels principes des ONG se permettent-elles de porter des jugements sur des pays et leur politique médiatique, sur des journalistes et leur positionnement, sur des médias et leur approche ? Et pourquoi tant de gens préfèrent les croire ? Un complexe du colonisé qui fait, forcément, pendant à un réflexe du colonisateur ? Une idée à méditer, peut-être…

La bonne nouvelle est que RSF s’est amendée, mais sans pour autant faire amende honorable. En effet, l’ONG a fait évoluer sa méthodologie en introduisant 5 nouveaux concepts pour mesurer la liberté de la presse dans les pays, dit-elle : contexte politique, cadre légal, contexte économique, contexte socioculturel et sécurité.

Mais avec, ou malgré, ces nouveaux critères, le Maroc est classé 135ème, pas loin de la Somalie, par exemple, 140ème… En cas de morosité ou de mauvaise humeur, on peut consulter ce classement ici, il rendrait le sourire.

Rédigé par Aziz Boucetta sur PanoraPost



Mardi 10 Mai 2022


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