Le discours du Trône, cette année, déroge quelque peu par rapport aux précédents :
Pour ce qui est des acquis, des indicateurs positifs traduisent une étape des deux dernières décennies:
Un rebond de la croissance de 4,9 % en 2025 et un taux comparable en 2027; une transformation des exportations avec 40 % environ couvrant l'automobile et l'aéronautique devant les ventes de phosphates et ses dérivés ; 80 % des besoins nationaux dans les secteurs de l'agroalimentaire et pharmaceutique; le lancement opérationnel de l'"Offre Maroc hydrogène vert" à hauteur de 300.000 hectares dans le cadre d'un programme d'un million d'hectares; le boom du tourisme traduit par près de 20 millions de touristes.
Stabilité
C'est la marque du Maroc : elle est un facteur important de l'attractivité économique ; elle renforce ainsi la confiance des opérateurs - "une monnaie rare inestimable". Elle tranche assurément avec l'environnement régional marqué, lui, par l'instabilité et tant d'incertitudes.
Quant à la seconde, elle a trait à plusieurs aspects : le "Made in Morocco" enregistre une profonde mutation, un changement d'échelle.
De quoi s'agit-il au vrai ? Cet axe regarde la consolidation de filières devenues structurantes. Le tissu productif s'est ainsi modifié avec de nouveaux piliers tels l'automobile, l'aéronautique, les énergies renouvelables ou encore l'agriculture.
Ce qui en ressort ? C’est pratiquement la mise en place progressive d'un fait structurel : celui d'une montée en valeur ajoutée. De nouvelles usines de moteurs et systèmes d'atterrissage d'aéronefs, une filière intégrée de batteries électriques aussi : les voies, entre autres, d'une économie inscrite désormais dans la réunion des pré requis et de l'émergence.
Une nouvelle trajectoire industrielle donc, illustrée par l'équation énergétique et hydrique. Dans ce domaine, que trouve-t-on en substance ? L'"Offre Maroc en hydrogène vert" avec l'octroi de licences à un premier groupe de projets de grande envergure.
Il faut y ajouter les ressources en eau, une saison agricole favorable aussi-de quoi renforcer la sécurité hydrique et alimentaire.
Transformer le secteur financier
Il est marqué encore par bien des rigidités: un marché largement captif, à certains égards rentier même alors qu'il devrait s'impliquer davantage dans le financement des PME, des TPME et dans des secteurs innovants comme les (start-up).
Que faire? Commercialiser de nouveaux produits adaptés à ces secteurs.
Le Souverain a fermement appelé de ses vœux la nécessité d'"opérer un saut qualitatif dans l'élargissement de l'accès aux financement bancaires et non bancaires" tournés vers l'innovation, l'industrialisation et l'export.
Un message fort qui va bien au- delà de l'incitation. Un appel à la mobilisation de l'épargne nationale.
Elle doit être en effet au cœur des priorités économiques pour financer les grands chantiers (infrastructures, Coupe du Monde 2030, transition énergétique). Elle doit également réduire la dépendance aux capitaux étrangers. Cette épargne est aujourd’hui importante avec un fort volume dormant ou encore sous forme fiduciaire informelle estimé à plus de 400 milliards de dirhams.
C'est une réserve en or pour l'économie réelle. Il importe à cet égard d'actionner plusieurs leviers stratégiques et opérationnels.
Lesquels ? La capture du potentiel informel et l'élargissement de l'inclusion financière, le taux de bancarisation en progrès n'est cependant que de 62 %.
Il faut également mentionner la modernisation et la diversification des produits d'épargne: de nouveaux cadres réglementaires pour les Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM) et les rendre plus accessibles; un développement de la finance participative en élargissant la gamme de produits conformes à la chari'a (sukus, OPCVM participatifs) pour attirer une frange de la population encore rétive aux produits financiers classiques; de nouveaux instruments de retraite et d'assurance -vie; des incitations fiscales et réglementaires; orienter et canalyser l'épargne vers l'investissement productif.
En somme, passer d'une épargne passive (dépôts à vue, cash) à une épargne active.
Une doctrine d'État tournée non plus sur la capacité de résilience et la maîtrise des équilibres macroéconomiques mais prenant en charge les défis d'un modèle devant être marqué du sceau du développement.
Le Roi a parlé comme Roi. Il a ainsi enjambé le calendrier électoral et l'action du gouvernement pour une mise en perspective les axes des politiques publiques du prochain cabinet et plus encore de la prochaine décennie.
Plus qu'un programme, une feuille de route. Une vision devant se décliner en action durable. Grandement réformatrice. Et mobilisatrice...
PAR MUSTAPHA SEHIMI/QUID.MA












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