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De la lucidité à l’action




Écouter le podcast en entier :


Dr Samir Belahsen

 
« La lucidité est la blessure la plus proche du soleil. »
 René Char

« Je crois que la lucidité rend le succès amer alors que la médiocrité espère toujours quelque chose… »
 Muriel Barbery

Dr Samir Belahsen
Dr Samir Belahsen
Dans la conclusion de mon précédent billet, j’avais nuancé mon optimisme quant à l’avènement d’un nouvel ordre mondial et modéré mon espérance d’un monde multipolaire par la phrase :

« Lucide, je vois que le chemin est long… »

C’était une tentative de rationaliser l’espoir, une façon d’éviter de sombrer…

« L’essai sur la lucidité » est l’œuvre du Portugais José Saramago, lauréat du Nobel de littérature en 1998 et auteur de « l’aveuglement ».

Athée, communiste et notoirement pessimiste, il n’a jamais caché sa peur de voir le Portugal englouti par la commission de Bruxelles et le parlement de Strasbourg donc un peu souverainiste. Altermondialiste déclaré, il avait signé le manifeste de Porto Alegre.

Dans cet essai, Saramago décrit une capitale dirigée par un parti de droite qui est frappée par une épidémie de votes blancs qui dépassaient les suffrages exprimés… Même s’il ne parle jamais du Portugal, il persiste dans le texte traduit un parfum de Lisbonne un vent humide de Cascais.
 
Qu’est-ce que la lucidité ?

Selon les dictionnaires, ce serait le fonctionnement normal des facultés intellectuelles.
On est lucide lorsqu’on voit clairement et objectivement les choses avec une certaine perspicacité, un brin de clairvoyance et un peu de sagesse.
La question de l’essai de Saramago est aussi universelle que perpétuelle. On la retrouve dans plusieurs textes philosophiques et littéraires traversant les civilisations.

Peut-on être heureux dans la lucidité ?

Al Moutanabbi avait écrit dans ce sens ce que je pourrais traduire par :
 « Celui qui a l'esprit souffre dans son intellect, l'ignorant jouit dans la misère. »
Dans son chef d’œuvre : « L’éloge de la lucidité » (2014) Ilios Kotsou propose de déconstruire les quatre grandes illusions sur la nature du bonheur :
 
  1. Chercher à éviter toute forme d'inconfort ou toute souffrance.
  2. La nécessité d'avoir toujours des pensées positives.
  3. La course éperdue à l'estime de soi et à la perfection.
  4. L’épanouissement personnel dont l’excès n’est que nombrilisme.

Ce qui peut réellement nous rendre heureux, nous donner une vraie liberté, c’est la douceur envers soi et envers les autres, une tolérance de nos limites humaines universelles, de nos fragilités inhérentes, le détachement de soi et une compréhension plus profonde de la nature de nos émotions.

Le voyage de vie, selon les enseignements Bouddhistes, devrait être joie et lucidité. 

Dans un entretien avec Lori Saint Martin, Nicole Brossard, la poète et romancière Québécoise explique : « … j’ai toujours besoin des mots « solidarité », « énergie », « désir », « lucidité », « conscience ». Selon le mouvement de notre propre vie, je pense qu’il y a des mots qui passent, d’autres qui surgissent dont on a un besoin urgent. »

Pour moi, l’ennui conçu et compris par Heidegger ne déboucherait que sur le néant s’il n’est le ferment de l’action d’écrire, de la manifestation du discernement, de la pénétration intellectuelle, d’une certaine lucidité et d’un désespoir vivace mais engageant.
La lucidité serait donc cette dose de clairvoyance qui rend l’espoir raisonnable et non illusion et qui adoucit le désespoir pour le rendre engageant, même si le chemin parait long.

Si ce mot a surgi cette année dans ma vie et dans mes billets, c’est que je dois en avoir un besoin urgent au sens de Nicole Brossard, tout comme les mots : Energie, espoir, désir, et j’oserais ajouter action…





Jeudi 11 Août 2022

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