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Deux poids, deux regards : quand le ministère écoute les pharmaciens et ignore les ophtalmologistes.


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication médicale et journalisme de santé.

Dans la vie publique, certains gestes politiques, même discrets, parlent parfois plus fort que de longs discours.
Ils dessinent des priorités, révèlent des rapports de force et éclairent, malgré eux, la manière dont une administration choisit d’entendre — ou d’ignorer — les acteurs du système de santé.

L’épisode récent impliquant  Amine Tahraoui, ministre de la santé et de la orotection sociale, illustre parfaitement ce type de situation.

Sous la menace de fermer leurs officines à l’échelle nationale, les représentants des pharmaciens ont obtenu une audience rapide auprès du ministre.



Le message était clair : une mobilisation économique et corporatiste peut provoquer une réaction immédiate de l’autorité publique.

Le ministre a donc reçu les pharmaciens, écouté leurs doléances et ouvert la porte et même revenir sur une décision déjà prise. Dans le même temps, une autre catégorie essentielle du système de santé marocain attend toujours d’être entendue : les médecins ophtalmologistes.

Depuis plusieurs mois, les représentants de cette spécialité multiplient les demandes d’audience auprès du ministère.

Leur objectif n’est pas de défendre un intérêt corporatiste immédiat, mais de discuter de l’évolution des soins oculaires au Maroc, des défis de la cécité évitable, et des moyens d’améliorer l’accès aux traitements pour des milliers de patients.

Jusqu’à présent, ces demandes sont restées sans réponse.

Cette différence de traitement interroge. Personne ne conteste que la disponibilité des médicaments constitue une question majeure. Elle relève à la fois d’un enjeu médical, économique, social et même politique.

Le réseau des pharmacies assure un maillage indispensable du territoire et participe à la continuité des soins. Mais une autre question mérite d’être posée avec la même gravité : les soins oculaires ne relèvent-ils pas, eux aussi, d’un enjeu médical, social et national ?

Chaque année, au Maroc, des milliers de patients souffrent de pathologies visuelles qui pourraient être traitées ou évitées grâce à un diagnostic précoce et à des techniques chirurgicales éprouvées.

Cataracte, glaucome, rétinopathies, traumatismes oculaires : autant de situations où l’intervention d’un ophtalmologiste peut faire la différence entre la lumière et l’obscurité.

Les ophtalmologistes ne demandent pas des privilèges.

Ils demandent simplement d’être entendus. Ils souhaitent exposer au ministère les obstacles rencontrés dans l’organisation des soins oculaires, les besoins en modernisation des équipements, les programmes de prévention nécessaires et les stratégies permettant de réduire le fardeau de la cécité évitable.

Autrement dit : parler de la vue des Marocains. Dans ce contexte, l’attitude du ministère soulève une question de cohérence politique.

Lorsque ceux qui vendent les médicaments obtiennent une audience sous pression, tandis que ceux qui rendent la vue aux patients peinent à obtenir un rendez-vous, un malaise s’installe.

Car la santé publique ne peut pas se gérer uniquement sous la pression des rapports de force. Elle doit aussi écouter les voix de ceux qui, chaque jour, dans les blocs opératoires et les cabinets médicaux, réparent patiemment ce que la maladie menace de détruire.

Au fond, la question est simple.

Si l’accès aux médicaments constitue un enjeu national, l’accès à la vision l’est tout autant. Et la réponse à cette question se trouve peut-être, symboliquement, là où tout commence : entre les yeux du ministre de la Santé et de la Protection sociale.

Par Dr Anwar CHERKAOUI.



Lundi 9 Mars 2026

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