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Digressions sur l’impuissance française




Écouter le podcast en entier :


C’est en me servant ma tasse de café matinale que Rachid, l’impertinent et bavard serveur, en profite pour me décocher une flèche.

- Alors, tu vas arrêter d’écrire tes articles en français ?

Je lève mon regard pour rencontrer son large sourire narquois, les dents manquantes le rendant plus effrayant. De toute évidence, Rachid, qui ne connaît de la politique que les 200 dirhams qu’il encaisse pour « vendre » sa voix lors des élections, est décidé à me gâcher cette belle matinée de fin d’été.

- Sbahatou Allah ! Et pourquoi le ferai-je ? Si je perds mon job, tu perds un client.

- Bah, tes amis français ont reçu la séparatiste Sultana Khaya dans leur parlement. Après un tel coup bas, j’aurais honte d’écrire encore en français, la langue du colonisateur.

Et pour ponctuer son plaisir de me taquiner, il tire les poils de sa grosse moustache, en croyant se donner un air intéressant. Je n’ose pas le décevoir. Ses autres clients ne lui parlent que de football, alors qu’il nourrit de véritables illusions d’analyste politique.

D’abord les Français ne sont pas mes amis. Ni mes ennemis, d’ailleurs. Il faut faire la distinction entre francophonie et francophilie.

Avec toute la littérature produite, depuis des décennies, en français par des non-français, je me demande si cette langue appartient encore vraiment aux seuls Français. Ensuite, quand un député français invite au parlement de son pays un faux-jeton comme Sultana Khaya, c’est son image et celle de l’institution à laquelle il appartient qu’il dégrade ainsi.

Tu t’imagines cette militante à gage, spécialisée dans les manifestations sur le toit de sa maison, qui se dandine au Palais Bourbon !

Pauvre France. En plus, si elle y voit un ancien soldat qui lui plaît, elle risque de se lancer dans une nouvelle « grève de la faim » et vouloir s’incruster avec lui au Palais Bourbon, comme elle l’a déjà fait chez elle, à Boujdour, en s’enfermant pendant plusieurs semaines avec un ancien soldat américain.

Cette mythomane semble être doublée d’une nymphomane frustrée attirée par l’uniforme, ayant même accusé des agents marocains des fores de l’ordre de l’avoir violée. Un fantasme inavoué, je suppose.

Cause toujours...

- Ne me dis pas que les Français ne savent pas exactement qui elle est. Il paraît que leurs services de renseignement surveillent de près tout ce qui se passe chez nous.

- Si, je pense bien que les autorités françaises doivent tout savoir sur Sultana Khaya, mais ce n’est pas le cas du commun des citoyens.

Pour convaincre le français moyen de soutenir une quelconque cause, aussi factice soit-elle, il suffit de lui entonner la rengaine des droits de l’homme. Comme les simples citoyens français n’ont pas vraiment idée de ce qui se passe réellement dans nos provinces du Sud, ils sont prêts à gober n’importe quel bobard qui leur serait servi par leurs médias et hommes politiques gourmands des « cadeaux » offerts par un certain pays voisin qui se plaît à dilapider ainsi les recettes de ses hydrocarbures. Mais, franchement, qui se soucie encore, et ce n’importe où dans le monde, de l’avis des simples citoyens français ? Même leurs propres dirigeants, qu’ils ont pourtant élus, s’en moquent éperdument.

Rachid affiche une mine empreinte de déception. Il s’attendait plutôt de ma part, de toute évidence, à ce que je me lance dans une diatribe enflammée sur la fourberie manifeste de l’ancienne puissance impérialiste. Il sort une cigarette, l’allume et tire profondément dessus, comme pour l’aider à réfléchir, avant de me poser une nouvelle question.

- Si le fait de recevoir une séparatiste polisarienne au parlement français serait aussi insignifiant, pourquoi alors s’embêter à le faire et risquer de polluer les bonnes relations entre Paris et Rabat ?

- Cette réception au parlement français d’une pseudo-militante et véritable opportuniste représente, à mon humble avis, un acte de désespoir émanant d’une ancienne puissance qui se sait finie sur la scène internationale. Cette perte de prestige et d’influence est, pour la France, difficile à admettre, surtout concernant ses anciennes colonies en Afrique. La pilule est encore plus amère pour les Français lorsqu’il s’agit du Maghreb. Paris s’est sentie, par ailleurs, « lâchée » par Madrid et Berlin, qui soutiennent, désormais, la position de Rabat à propos du Sahara. Bref, les Français se retrouvent sans levier de pression sur Rabat pour continuer à arracher des contrats juteux et autres avantages économiques. Ils ne savent plus à quelle profiteuse se vouer pour renverser la vapeur.

La danse de la vipère

Réduire l’ancienne puissance coloniale française à une âme tourmentée qui erre encore sur la scène internationale, en quête d’une seconde virginité qui lui permettrait de jouer les prolongations, a eu un effet plutôt apaisant sur Rachid, qui me regarde enfin à nouveau comme son compatriote.

- Bon, si j’en crois tes propos, la visite de Sultana Khaya au parlement français, ce serait juste du spectacle ?

- Ce n’est pas « juste » du spectacle. Ledit spectacle, que tu sembles sous-estimer, ignorant que tu es qui ose troubler mon agréable matinée, est désormais l’outil principal de la diplomatie française. La France ne dispose plus de beaucoup de moyens de pression véritablement efficaces pour amener le Maroc à se plier à ses désidératas, si ce n’est la menace de ternir sa réputation avec des campagnes vicieuses de dénigrement.

- Nous n’allons quand même pas les laisser faire. Et puis, tu arrêtes de me traiter d’ignorant, sinon ton café, il aura désormais un goût amer.

- Eh bien, tu vois que tu comprends à merveille la politique internationale. Partons de l’hypothèse que la tasse de café au goût amer, comme celle que tu veux me fourguer, est Sultana Khaya. Qui sera le malheureux qui l’ingurgiter ? Nos autorités, qui savent combien cette femme est venimeuse, la traitent comme une espèce de vipères en voie de disparition. Il faut s’en méfier, sans pouvoir la confiner, au risque de susciter un tollé à l’international.

Les Français, par contre, s’imaginent avoir trouvé en Sultana Khaya un épouvantail pour effrayer les Marocains. Bien sûr, les Français ne se rendent pas compte que Sultana Khaya est un pétard mouillé, qui se ferait étriper allègrement par les femmes sahraouies croupissant dans la misère des camps de Tindouf, tellement elles détestent son « militantisme » sonnant et trébuchant. Je pense que la « prise de conscience » quand à l’ampleur de la bêtise commise au Palais Bourbon devrait émaner des opérateurs français au Maroc n’aiment pas, non plus, le café au goût amer. Ils ne vont pas manquer d’expliquer à Paris qu’à courir derrière une opportuniste aux mœurs douteuses en mlahfa, dans l’espoir de faire boire la tasse à Rabat, tout ce que les Français vont finir par ingurgiter, c’est du sable du désert.

Et maintenant apportes moi un verre d’eau, j’ai soif à force de tenter d’expliquer à une tête de mule que de la fausse monnaie comme Sultana Khaya, l’imbécile qui l’encaisse ne peut que boire le calice jusqu’à la lie.

Pitoyable agonie

Rachid me regarde de travers.

- Je ne sais plus si je dois t’offrir un café pour m’avoir flatté, au début, ou plutôt t’apporter un verre d’eau et te le verser sur la tête pour m’avoir traité, à la fin, de tête de mule.

- C’est, à peu près, le dilemme auquel sont confrontés les Français. Remercier l’Algérie de lui avoir fourni un épouvantail à agiter à la face du Maroc, pour le distraire des marchés d’Afrique subsaharienne, ou lui reprocher la qualité défectueuse de la marchandise livrée, qui lui a coûté un bon verre de thé à la menthe. Tu vois, tu es un génie en politique internationale et moi, je ne dirais pas non à une deuxième tasse de café gratuite.

Ebahi, Rachid me regardait, la bouche ouverte. Les rares dents noircies qui lui restaient ressemblaient aux vestiges de l’influence française en Afrique.

N’ayant pas trouvé mes piques à son goût, Rachid ne m’apporta pas plus qu’un verre d’eau, qu’il ne m’a heureusement pas versé sur la tête. Comme quoi, la diplomatie est sûrement l’art de mettre à l’eau et au pain sec les mal inspirés qui ne mesurent pas l’impact de leurs provocations sur leurs vis-à-vis, sans avoir à lui passer un savon.

« Voici que meurt l’Afrique des empires, c’est l’agonie d’une princesse pitoyable » (Léopold Sédar Senghor 1906-2001).





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Lundi 12 Septembre 2022

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