En creusant les chiffres récents, notamment ceux du rapport 2024 de la Direction des entreprises publiques et de la privatisation (DEPP), on mesure combien ces entités restent au cœur des recettes publiques tout en devant composer avec des transformations importantes.
Entre 2015 et 2024, les contributions des EEP au budget général de l’État ont culminé à une moyenne annuelle de près de 10,89 milliards de dirhams sous forme de dividendes, parts de bénéfices, redevances d’occupation du domaine public et autres versements. Parmi les principaux contributeurs figurent quatre acteurs incontournables : OCP, l’Agence Nationale de la Conservation Foncière, du Cadastre et de la Cartographie (ANCFCC), Maroc Telecom et Bank Al-Maghrib.
Ce chiffre, impressionnant en soi, reflète la vitalité du secteur public dans la mobilisation des ressources nationales. Les chiffres consolidés s’approchent d’un niveau record de 16,61 milliards de dirhams en 2024, une progression notable par rapport aux années précédentes.
Pourtant, la dynamique n’est pas uniforme lorsqu’on regarde la contribution fiscale. En 2024, la contribution des EEP au titre de l’Impôt sur les Sociétés (IS), l’Impôt sur le Revenu (IR) et la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) a atteint 22,63 milliards de dirhams, contre 26,63 milliards en 2023. Cette baisse n’est pas anodine : elle met en lumière une dépendance plus forte des revenus publics à certaines taxes sensibles aux cycles économiques, notamment la TVA dont la performance a fléchi.
Une réalité souvent mise sous silence est que, malgré ces contributions fiscales conséquentes (représentant environ 12 % de la recette globale au titre de ces impôts), elles demeurent inférieures aux niveaux observés l’année précédente, signe de la vulnérabilité du modèle face à des aléas économiques et sectoriels.
Encore plus révélateur, 78 % de cette contribution fiscale émane des EEP intégrés au périmètre de l’Agence Nationale de Gestion Stratégique des Participations de l’État (ANGSPE), une indication claire que la concentration des recettes repose sur un nombre réduit de structures stratégiques.
Entreprises publiques en liquidation : une transition délicate
Dans un signe moins rassurant, 82 entités publiques étaient en cours de liquidation à fin 2024. Ce portefeuille est divers, tant sur le plan juridique que sectoriel agriculture, énergie, mines, commerce et industrie y figurent largement.
Gérer efficacement ces liquidations n’est pas qu’une question comptable : elle implique des enjeux socio-économiques importants, notamment la réalisation des actifs et l’apurement des passifs tout en minimisant l’impact sur l’emploi et les communautés locales.C’est là que se joue une partie essentielle de la modernisation du secteur public : une liquidation maîtrisée peut libérer des ressources, renforcer la transparence et préparer le terrain à des réformes plus ambitieuses.
Ce que disent ces chiffres
Ces résultats ne sont pas que des lignes dans un rapport. Ils racontent une histoire économique palpable : le secteur public au Maroc est à la fois un contributeur majeur au financement de l’État et un chantier de réformes permanent. Les performances financières favorables, conjuguées à des défis structurels (liquidations, concentration des recettes, dépendance à certaines taxes), dessinent un paysage complexe.
Pour une jeunesse avide d’opportunités et soucieuse de transparence, comme pour les décideurs publics, ces données appellent à une lecture équilibrée : reconnaître le rôle stabilisateur des entreprises publiques tout en poursuivant les efforts pour améliorer la gouvernance, la performance économique et la justice fiscale.
En définitive, si ces chiffres donnent une image encourageante de la contribution financière des EEP, ils rappellent aussi une vérité plus nuancée : la durabilité de ces recettes dépendra de la capacité à réformer, diversifier et optimiser la gestion des entreprises publiques, au service d’une économie marocaine plus forte, inclusive et résiliente.












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