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Et les 30-40 ans, qui leur parle ?


Rédigé par le Samedi 12 Septembre 2026

En cette période électorale, il suffit de regarder les discours des partis pour constater à quel point le mot « jeunesse » occupe une place centrale. Jeunesse, emploi des jeunes, entrepreneuriat des jeunes, formation des jeunes, logement des jeunes, mobilité des jeunes… La jeunesse est partout. Et c’est évidemment compréhensible : elle représente une force démographique, sociale et électorale majeure.



Mais en écoutant toutes ces promesses, une question m’est venue : à partir de quand cesse-t-on d’être jeune ? À 30 ans ? À 35 ans ? À 40 ans ? Et surtout, que se passe-t-il entre-temps ?

Parce qu’entre la catégorie des « jeunes » et celle des « seniors », il existe toute une génération qui semble parfois disparaître des radars politiques : les 30-40 ans. Des adultes qui travaillent, cherchent encore leur stabilité, remboursent parfois un crédit, essaient d’accéder à un logement, élèvent des enfants, soutiennent leurs parents et tentent, tant bien que mal, de construire une carrière.

Ils ne sont plus vraiment considérés comme des jeunes. Mais ils sont encore loin d’avoir les garanties que l’on associe à une vie adulte stabilisée. C’est peut-être là que se trouve le paradoxe.

À 25 ans, on vous parle de votre premier emploi. À 45 ans, on vous parle de retraite, de protection sociale ou de santé. Mais à 35 ans, que vous propose-t-on ? C’est pourtant souvent à cet âge que les responsabilités s’accumulent.

Il y a le loyer ou le crédit immobilier. Les dépenses liées aux enfants. Les frais de scolarité. La santé. Les parents vieillissants qu’il faut parfois aider. Une carrière qu’il faut consolider, avec la crainte de perdre son emploi ou de ne jamais réellement progresser. Et, pour beaucoup, le sentiment d’avoir atteint l’âge où l’on devrait enfin être installé alors que cette stabilité reste encore très fragile.

Cette génération n’est pas nécessairement pauvre. Elle n’est pas nécessairement précaire. Elle se situe parfois même dans ce que les discours politiques appellent la « classe moyenne ». Mais cette classe moyenne peut vivre avec une sensation permanente de tension : gagner suffisamment pour ne pas être considérée comme vulnérable, mais pas assez pour se sentir réellement à l’abri.

C’est peut-être cette zone grise que les programmes électoraux ont encore du mal à nommer. Car parler de « jeunesse » permet de construire des politiques ciblées autour du premier emploi, de la formation ou de l’entrepreneuriat.

Mais que fait-on du salarié de 37 ans qui a déjà un emploi, mais dont le salaire ne suit plus le coût de la vie ? Du couple de 34 ans qui travaille mais ne parvient pas à accéder à la propriété ? Du parent de 39 ans qui doit financer les besoins de ses enfants tout en aidant ses propres parents ? Du professionnel qui souhaite se reconvertir mais qui ne peut pas abandonner son revenu pour retourner étudier ?

Ces personnes ne demandent pas nécessairement un « dispositif pour les jeunes ». Elles demandent peut-être quelque chose de beaucoup plus simple : pouvoir avancer.

C’est là que la question électorale devient intéressante. Une politique publique ne devrait pas seulement accompagner l’entrée dans la vie adulte. Elle devrait aussi accompagner cette période où l’on essaie de construire une vie durable.

Le logement, par exemple, n’est pas seulement une question de jeunesse. Il devient souvent une question centrale au moment où l’on fonde une famille. La formation ne s’arrête pas au premier diplôme. La reconversion professionnelle ne concerne pas uniquement les jeunes. Le pouvoir d’achat n’est pas seulement une question de panier alimentaire : il devient aussi une question de capacité à épargner, à investir dans l’éducation de ses enfants ou à préparer l’avenir.

Et puis il y a une autre dimension, rarement évoquée : le temps.

À 35 ou 40 ans, beaucoup de personnes n’ont plus la disponibilité qu’elles avaient à 20 ans. Elles travaillent, s’occupent de leurs enfants, prennent en charge certaines obligations familiales et doivent gérer une multitude de responsabilités. Se former, entreprendre, participer à la vie associative ou même simplement suivre la politique devient plus compliqué.

Cette génération est donc parfois prise dans un drôle d’entre-deux : trop âgée pour certaines politiques destinées aux jeunes, trop jeune pour celles qui ciblent les seniors, mais suffisamment adulte pour porter une grande partie des responsabilités économiques et familiales du pays. Alors, qui lui parle ?

La question n’est pas de demander aux partis de créer une nouvelle catégorie administrative appelée « 30-40 ans ». Il s’agit plutôt de se demander si les politiques publiques sont réellement pensées autour des différentes étapes de la vie ou si elles restent enfermées dans des catégories trop rigides. Car la vie ne s’arrête pas au premier emploi et ne commence pas à la retraite.

Entre les deux, il y a vingt ou trente années durant lesquelles les individus travaillent, consomment, élèvent leurs enfants, accompagnent leurs parents, changent parfois de métier, achètent un logement, créent une entreprise, reprennent des études et participent pleinement à la société.

À l’approche des élections, les partis ont donc intérêt à regarder cette génération autrement. Non pas comme une catégorie oubliée à laquelle il faudrait promettre quelques mesures supplémentaires, mais comme une génération qui se trouve au cœur même du fonctionnement de la société.

Car derrière les statistiques sur la jeunesse et les seniors, il y a des millions d’adultes qui ne demandent pas forcément qu’on leur promette de « réussir ». Ils demandent simplement de pouvoir construire leur vie sans avoir constamment l’impression de courir après la stabilité. Et peut-être que la vraie question électorale est finalement celle-ci : si les jeunes sont l’avenir et les seniors la mémoire d’un pays, qui s’occupe de ceux qui font tourner le présent ?
 





Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Samedi 12 Septembre 2026

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