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Festival des Musiques Sacrées de Fès, l'exigence d'une gouvernance


Il faudra bien que d’une manière ou d’une autre, il soit mis bon ordre à la situation passablement confuse qui pèse sur la direction du Festival de Fès des Musiques Sacrées et ce depuis plus de quatre ans. La justice est saisie de ce dossier depuis cette date. Un nouvel acte d’instruction a eu lieu , le 23 décembre dernier, avec le magistrat saisi, Mohamed Touileb, spécialisé dans les questions financières et commerciales. Il a entre les mains des auditions, des documents, des rapports d’expertise.



A lire ou à écouter en podcast :

festival_des_musiques_sacrees_de_fes,_l__exigence_d__une_gouvernance,_par_mustapha_sehimi.mp3 Festival des Musiques Sacrées de Fès, l'exigence d'une gouvernance, par Mustapha Sehimi.mp3  (5.98 Mo)

Au commencement, c’est une plainte commune du secrétaire général de la Fondation de Fès, Me. Abdelhamid Benmakhlouf et du trésorier, Mohamed Amouri, qui a enclenché cette enquête pénale. Elle se fondait sur deux motifs : détournement de biens publics, faux et usage de faux. Le premier vise une hisoire d’affrètement par Abderrafie Zouitene d’un avion Falcon de la société Dassault (France), le 23 mai 2015, pour un vol Fès-Milan-Fès avec retour le lendemain.

La justification de ce déplacement est confuse… Du côté de Abderrafie Zouitene, alors directeur général de l’ONMT, on met en avant une obligation professionnelle sur décision de l’Etat-il s’agirait d’assister à la Journée du Maroc, le dimanche 24 mai, lors du salon international du Tourisme dans la capitale lombarde. La facture est de 46.000 euros. Elle est réglée et dument signée par Abderrafie Zouitene, président, et Tajeddine Badou, directeur général, sur le compte bancaire BMCE Bank-Rabat de la Fondation Esprit de Fès. Par suite de la plainte de MM. Benmakhlouf et Amouri, Zouitene effectue alors le 4 juin un virement personnel de 506.000 DH au profit de la Fondation Esprit de Fès pour régulariser la situation.

Mais la machine judiciaire qui s’était entretemps mise en branle est de nouveau saisie par les deux plaignants à propos de faux et usage de faux. Sont visés et incriminés ici des PV de l’Assemblée générale ordinaire.  Les deux premiers sont  authentiques , signés par MM. Zouitene et Benmakhlouf. Mais les seconds font état des travaux de l’Assemblée générale et du Conseil d’administration dans des PV distincts signés par MM. Zouitene… et Baddou, directeur général de la Fondation esprit de Fès. Dans cette deuxième version les plaignants ont tout simplement disparu du Conseil d’Administration dans lequel ils figuraient en tant que membres du bureau. Ils considèrent que c’est là une falsification du PV et s’en remettent à la justice…
 

Du côté de la défense de Zouitene , l’on argue en mettant en relief plusieurs points. Que les accusations de « malversations et de dilapidation de fonds de la Fondation », sont diffamatoires ; qu’elles ne sont dictées que par esprit de vengeance par suite des opérations d’audit qu’il avait décidées sur la gestion de la Fondation par la précédente direction ; et que les mesures qu’il a décidées au titre d’une gestion rigoureuse portaient atteinte à des intérêts personnels et à des privilèges indus de certaines personnes.
 

Qu’en est-il au vrai de cette gestion ? Dans son rapport en date du 25 juillet 2014, le commissaire aux comptes formule ses observations sur la conformité des états financiers avec les livres comptables de la Fondation. Il note, tout en signalant des insuffisances notamment sur les procédures de contrôle et d’achat, que « les états financiers ne comportent pas d’anomalies significatives ».
 

Dans cette même ligne, l’assemblée générale ordinaire de la Fondation, le 25 novembre 2015, adopte une première résolution après avoir entendu les rapports moral et financier, ainsi que celui de M. Aziz Bidah, commissaire aux comptes. Elle « adopte les deux rapports et valide les comptes des exercices 2013 et 2014 ». Elle « donne quitus global et sans réserves au conseil d’administration pour sa gestion administrative et financière pour les deux exercices précités ». Un PV dûment signé par M. Zouitene lui-même et le secrétaire général de la Fondation. 
 

Mais il y a plus. Il faut en effet citer un nouveau contentieux lié, lui, à l’utilisation de la marque « Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde ». Celle-ci est la propriété de l’Association Fès Saïss présidée jusqu’à il y a peu par Mohamed Kabbaj. Elle seule est la seule titulaire du droit de propriété intellectuelle de la marque « Festival de Fès des Musiques Sacrées ». Ce droit a été inscrit et a fait l’objet d’un double dépôt, national (OMPIC, N° 59622, 13/05/1996) et même international (OMPI, Genève, 25/07/1996).
 

Compte tenu de la situation de confusion qui s’était installée Mohamed Kabbaj  a tenu à prendre des mesures : retrait de l’Association Fès-Saïss  du conseil d’administration de la Fondation Esprit de Fès; reprise de la gestion directe du Festival ; nomination, en novembre dernier, de Me. Abdelhamid Benmakhlouf en tant que président de l’Association Fès-Saïss ainsi que de Faouzi Skali, directeur général du Festival et de son Colloque . Or, Abderrafie Zouiten continue à utiliser cette manifestation au titre de la Fondation Esprit de Fès. Ce qui lui a valu une mise en demeure judicaire de l’Association Fès-Saïss, datée du 02 février courant.
 

Au total, au titre d’une reddition bien comprise des comptes, la justice a été saisie ; il faut lui faire confiance. En attendant, il faut veiller à préserver l’image du Festival de Fès des Musiques sacrées.  En un quart de siècle, il a capitalisé un acquis, une crédibilité et une visibilité internationale. Avec le Festival international du film de Marrakech et Mawazine, ce sont les trois grandes manifestations qui ont beaucoup fait pour le renom culturel du Royaume.


Celles-ci étaient éligibles à une ouverture culturelle et artistique du Maroc ; celle de Fès, dédiée aux musiques sacrées, est inscrite au chapitre de la préservation de valeurs patrimoniales et spirituelles.

Par Mustapha Sehimi

 







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