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Revenus record, Bourse et Emploi : les bons chiffres de l’économie peuvent-ils sauver les Républicains aux midterms ?


Rédigé par La Rédaction le Mercredi 16 Septembre 2026

À quelques semaines des élections américaines de mi-mandat, Donald Trump dispose d’un argument économique puissant : le revenu médian des ménages américains n’a jamais été aussi élevé et la pauvreté officielle est au plus bas historique. Pourtant, les sondages restent difficiles pour son camp. Entre les statistiques de Washington et le prix affiché à la pompe ou la mensualité d’un crédit immobilier, c’est peut-être moins la richesse mesurée que le coût de la vie ressenti qui déterminera le climat électoral.



Donald Trump pourrait presque brandir le dernier rapport du Census Bureau dans chacun de ses meetings.

En 2025, le revenu médian réel des ménages américains a atteint 87.460 dollars, en progression de 2,6 % après inflation. La pauvreté officielle est simultanément tombée à 10,2 %, son niveau le plus bas depuis le début de cette série statistique.

Sur le papier, voilà des chiffres dont n’importe quel pouvoir en place souhaiterait disposer à quelques semaines d’élections.

Mais les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre ne se dérouleront pas sur une feuille Excel.

L'essence à 4,33 dollars change la perception

Le 15 septembre, l'AAA affichait un prix moyen national de 4,3289 dollars le gallon d'essence ordinaire. Un an auparavant, ce même gallon coûtait environ 3,19 dollars.

La différence dépasse donc un dollar par gallon en douze mois.

Pour un automobiliste remplissant un réservoir de 15 gallons, l'écart représente environ 17 dollars supplémentaires à chaque plein. Quatre pleins mensuels et ce sont près de 70 dollars qui disparaissent du budget disponible.

Politiquement, ce chiffre possède une caractéristique que le revenu médian national n'a pas : il est visible.

Chaque conducteur le lit plusieurs fois par semaine sur les panneaux des stations-service.

Le logement produit le même phénomène, mais à une échelle autrement plus importante.

Une maison neuve américaine se vendait au prix médian de 338.600 dollars fin 2020. Elle valait 412.300 dollars cinq ans plus tard. Dans le même temps, les taux hypothécaires sont passés d'environ 2,7 % à plus de 6 %.

À apport identique de 20 %, notre calcul fait passer une mensualité théorique d'environ 1.094 dollars à quelque 2.009 dollars, hors taxes et assurances.

Le revenu monte donc. Mais la barrière d'entrée dans la propriété monte parfois plus vite encore.

Le paradoxe électoral de Trump

C'est précisément là que commence le problème politique.

Un sondage Reuters/Ipsos publié le 14 septembre donne à Donald Trump un taux d'approbation de 35 %. À la question nationale sur les élections au Congrès, 44 % des personnes interrogées disent préférer les candidats démocrates, contre 37 % les candidats républicains.

Ces chiffres ne permettent pas de prévoir mécaniquement la composition future de la Chambre ou du Sénat. Le scrutin américain se joue État par État et circonscription par circonscription, avec des dynamiques locales parfois très différentes.

Mais ils montrent que le record des revenus n'a pas, pour l'instant, produit un retournement comparable de l'opinion.

Un autre sondage Reuters/Ipsos réalisé fin août permet de comprendre pourquoi : 47 % des électeurs inscrits citaient le coût de la vie comme le facteur le plus important dans leur décision pour les midterms.

C'est énorme. Et surtout, cela signifie que le débat économique ne porte plus seulement sur l'emploi ou le montant du salaire. Il porte sur ce que ce salaire permet effectivement d'acheter.

Deux mesures de la pauvreté, deux Amériques

Même le spectaculaire chiffre de la pauvreté mérite d'être regardé de près. Selon la mesure officielle, 10,2 % des Américains vivent sous le seuil de pauvreté.

Mais la Supplemental Poverty Measure, qui intègre notamment les impôts, les aides publiques, le coût local du logement et certaines dépenses de santé, place la pauvreté à 13,1 %.

Près de trois points d'écart.

Cette différence illustre parfaitement le débat politique américain de 2026 : les indicateurs macroéconomiques peuvent s'améliorer sans que tous les ménages aient la sensation de respirer davantage.

Trump ne sera pas sur les bulletins

Il faut enfin préciser une chose souvent oubliée lorsque l'on parle des « élections de Trump ». Donald Trump n'est pas candidat aux élections de mi-mandat.

Les Américains renouvellent l'intégralité de la Chambre des représentants et une partie du Sénat. Ce sont donc les élus républicains qui devront transformer le bilan économique de la Maison-Blanche en votes.

Trump, lui, cherche naturellement à nationaliser l'élection autour de son action présidentielle.

Le risque pour son camp est que cette personnalisation fonctionne dans les deux sens : si les électeurs attribuent à la Maison-Blanche les bons chiffres sur les revenus, ils peuvent aussi lui imputer le gallon à 4,33 dollars, les crédits immobiliers coûteux ou leur propre difficulté à boucler le mois.

Une bataille entre le chiffre et le ticket de caisse La question des midterms n'est donc peut-être pas : « L'économie américaine va-t-elle bien ? »

Les chiffres permettent difficilement une réponse aussi simple. La vraie question pourrait être beaucoup plus prosaïque : « Les Américains ont-ils le sentiment que leur situation personnelle s'améliore ? »

Trump peut dire que le revenu médian atteint un record. Il aura raison.

Ses adversaires peuvent répondre que le plein, le logement et certaines dépenses contraintes restent extrêmement chers. Ils disposent eux aussi de chiffres pour le démontrer.

Les élections américaines de novembre permettront de mesurer lequel de ces deux récits économiques — celui du revenu qui progresse ou celui du ticket de caisse qui s'alourdit — aura été le plus présent dans l'esprit des électeurs.

La Bourse, elle, raconte une Amérique presque parallèle.

Wall Street a connu en 2026 une séquence de records portée notamment par les grandes valeurs technologiques et l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle. Début septembre, Reuters décrivait encore un marché américain engagé dans une « record-setting rally », même si la hausse des rendements obligataires et les inquiétudes sur l’inflation ont depuis fragilisé cet élan.

Pour Trump et les Républicains, c’est un argument supplémentaire : patrimoine financier, plans de retraite et confiance des investisseurs ont bénéficié d’un marché actions puissant. Mais l’effet électoral est loin d’être uniforme. Posséder un portefeuille boursier important n’est pas la même chose que payer son plein, son loyer ou son crédit immobilier chaque mois. Une Bourse proche de ses sommets peut ainsi coexister avec un électorat inquiet du coût de la vie — deux réalités économiques parfaitement compatibles.

​L’emploi constitue un autre élément plus favorable au bilan économique, sans toutefois effacer toutes les fragilités.

En août 2026, l’économie américaine a créé 162.000 emplois non agricoles, soit la meilleure progression mensuelle en cinq mois, tandis que les demandes hebdomadaires d’allocations chômage restent faibles : 206.000 nouvelles inscriptions seulement durant la semaine achevée le 5 septembre.

Le marché du travail ne donne donc pas le signal d’une récession brutale ou d’une vague de licenciements. Mais il s’est refroidi par rapport aux années de sortie de pandémie : les embauches ont ralenti par épisodes, la durée médiane du chômage s’est allongée et les personnes sans emploi mettent davantage de temps à retrouver un poste.

Là encore, le paradoxe électoral est évident : les États-Unis peuvent afficher à la fois un chômage contenu et une inquiétude croissante sur la sécurité économique. Pour un électeur, avoir encore son emploi ne signifie pas nécessairement avoir le sentiment de s’enrichir.





Mercredi 16 Septembre 2026

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