Il y a une forme de continuité dans la politique industrielle marocaine. Et parfois, un léger virage. Le lancement du programme GEIPP II pour Global Eco-Industrial Parks Programme, phase 2 s’inscrit précisément à ce croisement.
Piloté par l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel, avec le soutien du Secrétariat d’État à l’économie, ce programme vise à transformer les zones industrielles classiques en parcs éco-industriels. Autrement dit : produire mieux, avec moins de ressources, et réduire l’impact environnemental sans sacrifier la compétitivité.
L’idée n’est pas nouvelle. Mais elle prend aujourd’hui une autre dimension. Après une première phase lancée en 2019 dans plusieurs pays, le GEIPP II entré dans une nouvelle étape à partir de 2024 cherche désormais à passer à l’échelle : généraliser les bonnes pratiques et les intégrer dans les politiques industrielles nationales.
Au Maroc, cela se traduit par une approche très concrète. Cinq zones industrielles ont été sélectionnées pour servir de pilotes. Leur mission : tester un modèle où les entreprises coopèrent davantage, mutualisent certaines ressources et optimisent leurs flux. Par exemple, la chaleur perdue par une usine peut être réutilisée par une autre. Ce type de synergies, encore marginal aujourd’hui, constitue pourtant le cœur du modèle éco-industriel.
Sur le fond, l’objectif est triple. D’abord, améliorer l’efficacité des ressources eau, énergie, matières premières. Ensuite, réduire les déchets et les émissions. Enfin, renforcer l’attractivité des zones industrielles pour les investisseurs, de plus en plus sensibles aux critères environnementaux.
Ce virage est loin d’être anecdotique. Le Maroc a déjà engagé une transformation industrielle profonde ces dernières années, avec des zones industrielles modernisées, une montée en gamme des filières et une ouverture accrue aux investissements internationaux.
Le GEIPP II vient, en quelque sorte, consolider cette trajectoire.
Mais tout n’est pas gagné. Sur le terrain, la transition vers des modèles plus durables reste un défi. Les entreprises doivent adapter leurs processus, investir, parfois revoir leurs priorités. Et surtout, changer de logique : passer d’une approche individuelle à une dynamique collective au sein des zones industrielles.
Le programme, prévu sur la période 2026-2028, avec un budget d’environ trois millions de francs suisses, mise justement sur cet accompagnement. Diagnostics environnementaux, appui technique, structuration des synergies… l’enjeu est d’installer des pratiques durables dans le temps, pas seulement de lancer des projets pilotes.
Au-delà des sites concernés, c’est tout un écosystème qui est visé. Le GEIPP II ambitionne de s’articuler avec les politiques publiques existantes et les partenaires internationaux pour créer un effet d’entraînement à l’échelle nationale.
Au fond, le GEIPP II ne promet pas une rupture spectaculaire. Il propose mieux : une transformation progressive, ancrée dans le réel. Et dans un contexte où compétitivité et durabilité ne peuvent plus être opposées, c’est peut-être là que se joue l’essentiel.












L'accueil















