Au-delà des volumes de nourriture perdus, le gaspillage entraîne également un coût important en ressources naturelles. Produire des aliments qui ne seront finalement jamais consommés mobilise environ 1,6 milliard de mètres cubes d’eau, selon les estimations mentionnées par le CESE. Dans un contexte marqué par un stress hydrique croissant, cette réalité renforce la nécessité d’une gestion plus rationnelle de la production et de la consommation alimentaires.
Le Conseil souligne que les pertes alimentaires ont des répercussions multiples. Sur le plan économique, elles représentent une destruction de valeur pour les producteurs, les distributeurs et l’ensemble des acteurs de la chaîne agroalimentaire. Sur le plan social, elles contribuent indirectement aux tensions sur les prix et privent les populations les plus vulnérables d’une partie des ressources alimentaires disponibles.
Pour limiter ces pertes, le CESE propose une feuille de route structurée autour de plusieurs mesures. L’une des recommandations majeures consiste à instaurer une gouvernance renforcée, notamment à travers la création d’un observatoire national chargé du suivi des pertes et du gaspillage alimentaires. Cet outil permettrait de mieux mesurer l’ampleur du phénomène et d’évaluer l’efficacité des politiques publiques.
L’institution préconise également de réduire le nombre d’intermédiaires entre producteurs et consommateurs, afin de limiter les pertes liées aux multiples étapes de commercialisation. L’amélioration des conditions de stockage et de transport figure aussi parmi les priorités, en particulier pour les produits agricoles sensibles.
Car les pertes apparaissent souvent bien avant la distribution finale. Selon les analyses citées par le Conseil, certaines filières agricoles notamment les fruits, les légumes et les céréales enregistrent des pertes estimées entre 20 % et 40 % lors des phases de production, de récolte, de stockage ou de transport.
Le rapport insiste également sur le rôle que peuvent jouer les acteurs associatifs. Le développement des banques alimentaires et des initiatives de redistribution pourrait contribuer à réduire le gaspillage tout en renforçant la solidarité envers les populations les plus fragiles.
Pour Mina Rouchati, membre du Conseil et rapporteure de l’avis, la lutte contre les pertes alimentaires nécessite une approche globale. Elle appelle à une meilleure coordination entre les ministères concernés, le secteur privé et la société civile, afin de garantir la cohérence des actions engagées.
Parmi les pistes évoquées figure également la clarification des dates de péremption des produits alimentaires, un sujet souvent à l’origine de gaspillage chez les distributeurs comme chez les consommateurs.
Au-delà de la question du gaspillage, l’enjeu renvoie à une réflexion plus large sur la souveraineté et la sécurité alimentaires du Maroc. Dans un contexte marqué par les défis climatiques et la pression sur les ressources agricoles, chaque tonne de nourriture préservée devient un levier stratégique pour renforcer la résilience du système alimentaire national.
La lutte contre le gaspillage alimentaire ne relève donc pas seulement d’un changement de comportement individuel. Elle suppose une mobilisation collective, une meilleure organisation de la chaîne alimentaire et des politiques publiques cohérentes. Un chantier de long terme, mais désormais incontournable pour l’avenir alimentaire du Royaume.