Et si je n'avais rien compris !
Au fond, la question n’est pas de savoir si tout cela relève d’un “complot secret” parfaitement ficelé. La vraie question est plus simple, et plus redoutable : existe-t-il une convergence d’intérêts entre Trump, Israël et plusieurs monarchies du Golfe pour remodeler la région autour d’un affaiblissement durable de l’Iran ? À ce stade, les faits disponibles ne permettent pas d’établir l’existence d’un pacte clandestin du type “normalisation contre destruction du croissant chiite”. En revanche, ils montrent clairement un faisceau d’intérêts convergents, économiques, militaires et géopolitiques.
Le premier élément, c’est Trump lui-même. Lors de son premier mandat, il a fait des accords d’Abraham un trophée diplomatique majeur. Lors de son retour à la Maison-Blanche, son premier grand déplacement international a bien été dirigé vers le Golfe, avec une priorité assumée : investissements massifs vers les États-Unis, contrats commerciaux, accords de défense et réaffirmation du lien stratégique avec l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats. La Maison-Blanche a revendiqué plus de 2 000 milliards de dollars d’engagements économiques régionaux, dont 600 milliards annoncés avec Riyad, 1,2 trillion d’échanges économiques avec le Qatar, et plus de 200 milliards en nouveaux accords avec les Émirats.
Le deuxième élément, c’est Israël. Pour l’État hébreu, l’Iran n’est pas un dossier parmi d’autres. C’est la menace structurante : nucléaire, balistique, réseaux alliés dans la région, profondeur stratégique hostile. Dans ce contexte, toute reconfiguration régionale qui isole Téhéran, fragilise ses relais ou réduit sa capacité de nuisance est perçue à Jérusalem comme un gain stratégique majeur. Reuters rapportait encore le 24 mars 2026 que, selon de hauts responsables israéliens, Trump paraît déterminé à obtenir un accord avec l’Iran pour mettre fin aux hostilités, même si la réussite d’un tel processus reste jugée incertaine côté israélien. Cela dit une chose essentielle : même lorsqu’il parle de deal, Washington reste pris entre sa logique transactionnelle et la lecture sécuritaire israélienne.
Le troisième élément, ce sont les monarchies sunnites. C’est ici que l'intuition est la plus forte, mais aussi celle qui demande le plus de nuances.
Oui, l’Arabie saoudite et d’autres États du Golfe voient l’Iran comme une menace systémique.
Oui, ils ont intérêt à l’endiguement du “croissant chiite”.
Oui, leurs intérêts stratégiques peuvent converger ponctuellement avec ceux d’Israël contre l’expansion régionale iranienne.
Mais non, cela ne signifie pas automatiquement qu’ils souhaitent une guerre totale menée à leur place par les États-Unis. Reuters a montré ces derniers jours que les États du Golfe ont au contraire averti Washington qu’une escalade contre les infrastructures iraniennes pourrait provoquer des représailles massives sur leurs propres installations énergétiques et de dessalement. Autrement dit : contenir l’Iran, oui ; brûler avec lui, non.
C’est là que la lecture purement confessionnelle, “sunnites contre chiites”, devient insuffisante. Bien sûr, la fracture confessionnelle existe et pèse sur les imaginaires politiques de la région. Mais les États agissent d’abord selon une logique de survie, de puissance et de coût. L’Arabie saoudite ne raisonne pas seulement en sunnite face au chiite ; elle raisonne en puissance régionale exposée, dépendante de ses infrastructures, soucieuse de sa stabilité interne et de son attractivité internationale. Les Émirats et le Qatar suivent la même logique de sécurité matérielle. Quand les missiles volent, les raffineries, les terminaux, les hubs aériens et les usines de dessalement deviennent plus importants que les slogans.
Reste alors la question centrale : la normalisation saoudo-israélienne dépend-elle surtout de l’Iran, ou de la Palestine ? Officiellement, la réponse saoudienne est sans ambiguïté. Riyad a répété qu’il n’y aurait pas de relations diplomatiques avec Israël sans création d’un État palestinien, ou au moins sans trajectoire crédible en ce sens. Reuters l’a rapporté à plusieurs reprises, y compris en réponse directe à des déclarations de Trump et de Netanyahu. Il serait donc inexact de dire que les Saoudiens ont publiquement remplacé la condition palestinienne par une condition iranienne.
Mais l’erreur inverse serait de prendre cette position publique comme l’unique vérité stratégique. Car dans les calculs réels, le dossier iranien structure une grande partie de l’équation. Une Arabie saoudite qui se sentirait mieux protégée, un Iran affaibli, des garanties américaines consolidées et une région davantage verrouillée par Washington changeraient mécaniquement le contexte de la normalisation. En d’autres termes, la Palestine reste la condition officielle ; l’Iran pèse comme variable décisive de l’arrière-plan. C’est moins un marché occulte qu’un empilement d’intérêts tacites.
La thèse la plus solide n’est donc pas celle d’un “deal secret” simple. Elle est plus subtile, et peut-être plus inquiétante.
Trump cherche à convertir le parapluie militaire américain en capitaux, en achats d’armes et en influence diplomatique.
Israël cherche à transformer la lutte contre l’Iran en principe organisateur du nouvel ordre régional.
Les monarchies du Golfe, elles, veulent profiter de cette architecture pour réduire la pression iranienne, mais sans s’exposer à un embrasement incontrôlable. Chacun avance avec ses objectifs propres. Et c’est précisément cette asymétrie qui rend la situation instable.
Le premier élément, c’est Trump lui-même. Lors de son premier mandat, il a fait des accords d’Abraham un trophée diplomatique majeur. Lors de son retour à la Maison-Blanche, son premier grand déplacement international a bien été dirigé vers le Golfe, avec une priorité assumée : investissements massifs vers les États-Unis, contrats commerciaux, accords de défense et réaffirmation du lien stratégique avec l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats. La Maison-Blanche a revendiqué plus de 2 000 milliards de dollars d’engagements économiques régionaux, dont 600 milliards annoncés avec Riyad, 1,2 trillion d’échanges économiques avec le Qatar, et plus de 200 milliards en nouveaux accords avec les Émirats.
Le deuxième élément, c’est Israël. Pour l’État hébreu, l’Iran n’est pas un dossier parmi d’autres. C’est la menace structurante : nucléaire, balistique, réseaux alliés dans la région, profondeur stratégique hostile. Dans ce contexte, toute reconfiguration régionale qui isole Téhéran, fragilise ses relais ou réduit sa capacité de nuisance est perçue à Jérusalem comme un gain stratégique majeur. Reuters rapportait encore le 24 mars 2026 que, selon de hauts responsables israéliens, Trump paraît déterminé à obtenir un accord avec l’Iran pour mettre fin aux hostilités, même si la réussite d’un tel processus reste jugée incertaine côté israélien. Cela dit une chose essentielle : même lorsqu’il parle de deal, Washington reste pris entre sa logique transactionnelle et la lecture sécuritaire israélienne.
Le troisième élément, ce sont les monarchies sunnites. C’est ici que l'intuition est la plus forte, mais aussi celle qui demande le plus de nuances.
Oui, l’Arabie saoudite et d’autres États du Golfe voient l’Iran comme une menace systémique.
Oui, ils ont intérêt à l’endiguement du “croissant chiite”.
Oui, leurs intérêts stratégiques peuvent converger ponctuellement avec ceux d’Israël contre l’expansion régionale iranienne.
Mais non, cela ne signifie pas automatiquement qu’ils souhaitent une guerre totale menée à leur place par les États-Unis. Reuters a montré ces derniers jours que les États du Golfe ont au contraire averti Washington qu’une escalade contre les infrastructures iraniennes pourrait provoquer des représailles massives sur leurs propres installations énergétiques et de dessalement. Autrement dit : contenir l’Iran, oui ; brûler avec lui, non.
C’est là que la lecture purement confessionnelle, “sunnites contre chiites”, devient insuffisante. Bien sûr, la fracture confessionnelle existe et pèse sur les imaginaires politiques de la région. Mais les États agissent d’abord selon une logique de survie, de puissance et de coût. L’Arabie saoudite ne raisonne pas seulement en sunnite face au chiite ; elle raisonne en puissance régionale exposée, dépendante de ses infrastructures, soucieuse de sa stabilité interne et de son attractivité internationale. Les Émirats et le Qatar suivent la même logique de sécurité matérielle. Quand les missiles volent, les raffineries, les terminaux, les hubs aériens et les usines de dessalement deviennent plus importants que les slogans.
Reste alors la question centrale : la normalisation saoudo-israélienne dépend-elle surtout de l’Iran, ou de la Palestine ? Officiellement, la réponse saoudienne est sans ambiguïté. Riyad a répété qu’il n’y aurait pas de relations diplomatiques avec Israël sans création d’un État palestinien, ou au moins sans trajectoire crédible en ce sens. Reuters l’a rapporté à plusieurs reprises, y compris en réponse directe à des déclarations de Trump et de Netanyahu. Il serait donc inexact de dire que les Saoudiens ont publiquement remplacé la condition palestinienne par une condition iranienne.
Mais l’erreur inverse serait de prendre cette position publique comme l’unique vérité stratégique. Car dans les calculs réels, le dossier iranien structure une grande partie de l’équation. Une Arabie saoudite qui se sentirait mieux protégée, un Iran affaibli, des garanties américaines consolidées et une région davantage verrouillée par Washington changeraient mécaniquement le contexte de la normalisation. En d’autres termes, la Palestine reste la condition officielle ; l’Iran pèse comme variable décisive de l’arrière-plan. C’est moins un marché occulte qu’un empilement d’intérêts tacites.
La thèse la plus solide n’est donc pas celle d’un “deal secret” simple. Elle est plus subtile, et peut-être plus inquiétante.
Trump cherche à convertir le parapluie militaire américain en capitaux, en achats d’armes et en influence diplomatique.
Israël cherche à transformer la lutte contre l’Iran en principe organisateur du nouvel ordre régional.
Les monarchies du Golfe, elles, veulent profiter de cette architecture pour réduire la pression iranienne, mais sans s’exposer à un embrasement incontrôlable. Chacun avance avec ses objectifs propres. Et c’est précisément cette asymétrie qui rend la situation instable.
Alors non, l'expression “Et si je n'avais rien compris !” n'est pas si évidente
Elle a probablement identifié la colonne vertébrale du moment : derrière les discours officiels, il y a bien une tentative de réorganiser le Moyen-Orient autour d’un axe de sécurité anti-iranien, financé par les monarchies du Golfe, garanti par Washington et stratégiquement souhaité par Israël.
Là où il faut être précis, c’est que cette mécanique ne remplace pas totalement la question palestinienne, et qu’elle ne prend pas la forme d’un pacte unique signé dans l’ombre.
C’est plus flou, plus transactionnel, plus cynique aussi : une convergence d’intérêts sans alliance parfaitement assumée. Et souvent, dans la géopolitique réelle, c’est exactement ainsi que commencent les grandes bascules.
Là où il faut être précis, c’est que cette mécanique ne remplace pas totalement la question palestinienne, et qu’elle ne prend pas la forme d’un pacte unique signé dans l’ombre.
C’est plus flou, plus transactionnel, plus cynique aussi : une convergence d’intérêts sans alliance parfaitement assumée. Et souvent, dans la géopolitique réelle, c’est exactement ainsi que commencent les grandes bascules.












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