Maroc, futur hub de l’hydrogène vert
Dans un paysage énergétique en pleine mutation, l’hydrogène propre s’impose progressivement comme un nouvel instrument d’influence économique. L’Afrique, qui concentre près de 60 % du potentiel solaire mondial, attire désormais les stratégies énergétiques internationales.
Dans cette nouvelle cartographie énergétique, le Maroc figure parmi les “front runners” africains capables de développer une économie nationale de l’hydrogène vert, aux côtés de l’Égypte, de la Namibie et de l’Afrique du Sud.
Ce positionnement repose sur plusieurs atouts structurels. Le pays dispose d’un fort potentiel solaire et éolien, déjà valorisé par des infrastructures renouvelables en expansion. À cela s’ajoutent des infrastructures portuaires et industrielles adaptées aux exportations ainsi qu’une stratégie nationale dédiée au développement de l’hydrogène.
Mais l’un des avantages les plus structurants reste la présence d’une demande industrielle locale, notamment dans la production d’engrais. Cette industrie constitue un “Anchor Demand” naturel, capable d’absorber une partie de la production d’hydrogène vert sur le marché domestique.
OCP accélère la transition énergétique
L’engagement du groupe OCP apparaît comme un pilier central de cette dynamique. Le géant marocain des phosphates prévoit, dans le cadre d’un plan d’investissement global de 13 milliards de dollars, la mise en place d’une unité de production d’ammoniac vert estimée à 7 milliards de dollars.
Le projet repose notamment sur 3,8 gigawatts d’énergies renouvelables issues de sources éoliennes et solaires. L’objectif est d’atteindre 3 millions de tonnes d’ammoniac renouvelable d’ici 2032.
Cette stratégie vise à réduire la dépendance aux importations d’ammoniac et d’intrants énergétiques, tout en préservant la compétitivité carbone des exportations d’engrais marocains. L’enjeu est d’autant plus important que l’Union européenne met progressivement en œuvre son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, qui impose de nouvelles exigences environnementales aux exportateurs.
L’Europe, marché stratégique pour le Royaume
La proximité géographique avec l’Europe constitue un atout majeur pour le Maroc. L’Union Européenne prévoit en effet 10 millions de tonnes d’importations d’hydrogène renouvelable d’ici 2030, ouvrant un marché potentiel considérable pour les producteurs nord-africains.
Dans ce contexte, le Maroc apparaît comme un candidat naturel pour répondre à cette demande, à condition d’aligner ses projets sur les critères européens liés aux carburants renouvelables d’origine non biologique.
La compétition internationale reste toutefois intense. La montée en puissance de la Chine et de l’Inde dans les technologies de l’hydrogène renforce la pression sur les nouveaux producteurs.
Malgré ces défis, le Royaume bénéficie d’une fenêtre d’opportunité stratégique. Sur les 8 milliards de dollars investis mondialement dans l’hydrogène propre, le continent africain n’en a capté qu’environ 13 millions, et seuls cinq projets ont atteint une décision finale d’investissement.












L'accueil















