Cette réflexion ne date pas de l’apparition de ChatGPT.
Il l’a encore récemment rappelé dans une tribune publiée dans L’ODJ, en expliquant que l’intelligence artificielle générative risque de reproduire les mêmes illusions que celles qui avaient accompagné les grandes vagues précédentes du numérique : une promesse de gains automatiques de performance qui oublie souvent les réalités organisationnelles, humaines et économiques.
Wald Maâlam teste également de manière régulière les IA considérées aujourd’hui comme les plus performantes par les ingénieurs et les entreprises technologiques, notamment celles développées par les acteurs les plus influents du marché mondial de l’IA.
Depuis plusieurs mois, un discours dominant s’est installé autour de l’intelligence artificielle générative : produire plus vite, avec moins de personnes, grâce à l’IA. Cette promesse a été relayée avec une puissance marketing rarement observée dans l’histoire récente des technologies numériques.
Pourtant, derrière les démonstrations spectaculaires, la réalité opérationnelle devient aujourd’hui beaucoup plus nuancée.
Comme le souligne désormais BFMTV, certains développeurs et managers expliquent qu’après cinquante allers-retours avec des outils IA, ils finissent parfois par se demander s’ils n’auraient pas été plus rapides en réalisant eux-mêmes certaines tâches.
Cette phrase résume à elle seule une partie du problème actuel.
Autrement dit, le travail ne disparaît pas. Il se transforme. Nous retrouvons ici le paradoxe de la productivité numérique observé depuis plusieurs décennies. Dès les années 1990, de nombreux chercheurs constataient déjà que les investissements massifs dans les technologies numériques ne produisaient pas toujours les gains de productivité espérés.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle reproduit en partie ce même phénomène.
Depuis longtemps, Wald Maâlam rappelle également qu’il ne faut pas confondre algorithme et logiciel. Un algorithme est une manière de penser, une logique de raisonnement. Le logiciel n’est que la traduction informatique de cette logique dans un langage exécutable.
Cette nuance est fondamentale. Car beaucoup de discours actuels transforment des systèmes probabilistes extrêmement puissants en pseudo-intelligences autonomes auxquelles on attribue des capacités qu’elles ne possèdent pas réellement.
Le problème n’est donc pas l’existence des outils IA. Le problème réside dans les fantasmes de substitution totale qui les accompagnent. Dans le domaine informatique, cette situation devient particulièrement préoccupante pour les jeunes professionnels.
Certaines entreprises réduisent déjà les recrutements juniors en pensant qu’un développeur “augmenté” par l’IA pourra remplacer plusieurs profils débutants.
Mais paradoxalement, plus les outils automatisent certaines tâches, plus l’expérience humaine redevient centrale.
Le paradoxe est fascinant : plus nous automatisons certaines tâches intellectuelles, plus nous redécouvrons l’importance du discernement humain. L’intelligence artificielle peut accélérer certaines opérations. Elle peut assister, suggérer, reformuler, explorer ou simuler. Mais elle ne remplace ni le jugement humain, ni la responsabilité, ni la vision stratégique, ni le savoir-faire construit par l’expérience.
L’enjeu n’est donc pas de demander ce que l’IA peut faire à notre place. L’enjeu est de comprendre ce que des humains compétents, responsables et bien formés peuvent réellement faire avec elle.
Car à force de vouloir remplacer trop vite l’humain par des prédictions statistiques, certaines organisations risquent finalement de redécouvrir une évidence ancienne : la véritable productivité ne vient pas uniquement de la vitesse d’exécution, mais de la capacité à comprendre, décider et donner du sens.
Par Dr Az-Eddine Bennani.












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